Livre Jaune, I, n° 213, 30 juin
Mais celle-ci trouvait au contraire la convention de Halepa insuffisante, puisqu’elle n’avait pas empêché le retour des abus ; elle exigeait d’autres garanties ; elle voulait que le gouverneur-général fût toujours chrétien, nommé pour cinq ans par le sultan avec l'agrément des puissances, qu’il eût le droit de veto sur les délibérations de l’Assemblée, qu’il nommât tous les fonctionnaires de l’île, qu’il eût la disposition des troupes de garnison, que la langue grecque fût la seule langue officielle du pays, que la Crète, sauf un tribut à la Porte, pût disposer de ses revenus pour l’amélioration de ses intérêts économiques, que ces modifications à la convention de Halepa fussent placées sous le contrôle des grandes puissances ^
Quelques-uns ne voyaient de salut que dans l’annexion à la Grèce, et les comités d’Athènes les encourageaient à n’accepter aucun compromis. Un grand nombre de volontaires grecs continuaient à venir au secours des insurgés, apportant des armes et des munitions. Les chrétiens de la montagne, autour des députés qui n’étaient pas encore partis pour La Canée, formaient une assemblée insurrectionnelle, organisaient un gouvernement provisoire. Le roi Georges et ses ministres, pressés par l’opinion publique de jour en jour plus fiévreuse, manifestaient l’intention d’envoyer un cuirassé dans les eaux crétoises. De nombreux officiers et soldats de l’armée régulière quittaient les rangs, et cette « désertion héroïque », qui sans doute leur serait pardonnée, leur permettait d’aUer servir en Crète la Grande -Idée. D’autres se formaient en bandes sur la frontière turque, entraient en Épire, en Macédoine, tentaient de soulever toutes les populations helléniques contre l’oppresseur musulman. Il devenait de plus en plus difficile d’empêcher un conflit entre la Grèce et la Turquie.
Les ambassadeurs des puissances à Constantinople y firent pourtant un nouvel effort. Le 25 août 1896, ils obtinent de la Porte un arrangement qui donnait une satisfactmn presque entière aux réclamations des chrétiens de Crète. Le sultan promit de nommer Berovitch-pacha gouverneurgénéral pour cinq ans, et même, pour donner une marque toute particulière de ses bonnes dispositions, de l’élever au rang de vizir. Les ambassadeurs, en exécution de cette nouvelle convention, étudièrent l’organisation de la gendarme-