‹ La question d'Orient: La Macédoine. Le chemin de fer de Bagdad. Ouvrage accompagné de six cartesChapitre 13 sur 41 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

Cette Grande-Allemagne, elle aurait besoin de colonies plus encore que lEmpire d'aujourd'hui. Or, il existe dès maintenant un fait dont malheureusement beaucoup de coloniaux français ne paraissent pas frappés. Cest qtien raison de sa population, de son commerce et de ses médiocres acquisitions d'outre mer, dans des régions tropicales impropres à la colonisation dépeuplement, f Allemagne a plm d'intérêt encore que r Angleterre à s'emparer des colonies françaises.

Imaginez ce que seraient l'Algérie, la Tunisie, Madagascar, l'Indo-Chine, pour la Grande-Allemagne dont certains coloniaux admettent ou souhaitent même la réalisation.

Or, ces territoires coloniaux que nous avons et que nous devons conserver, est-ce une France de 40 millions d'habitants qui pourrait s'opposer à leur conquête, alors qu'elle aurait laissé détruire TAutriche et refouler la Russie en Asie par une Allemagne de 70 millions d'habitants?

Le bon sens seul suffît à répondre.

Donc, bien loin d'être contradictoires, le problème de l'Europe centrale et celui de la grandeur de la France outre mer sont complémentaires et tout Français connaissant ce qui est dans le monde devrait reconnaître que la stabilité colo-

PREFACt: XV

niale de la France a pour condition même Tintégrité de TAutriche.

Cessons de faire des distinctions étroites et absolues.

Il n'y a de bonne politique possible que celle qui procède de « vues panoramiques », c'est-àdire que celle en mesure d'attribuer à chaque élément essentiel, sans en excepter un seul, sa valeur propre. C'est pourquoi, selon moi, il n'y a pas de politique coloniale et pas de politique continentale séparées; aucun choix fatal entre l'une ou l'autre ne s'impose.

Il y a la politique extérieure de la France, comportant tantôt des opérations coloniales, lesquelles d'ailleurs ne réussissent que si la métropole est puissante et respectée, et tantôt des actes de sauvegarde continentale, possibles seulement si l'armée française est en bon état matériel et surtout moral.

Paris, l6 3 avril 1903.

LE

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