XII
Voilà la situation qui a été farte à Cuba, et par l'Espagne et par les États-Unis; mais il ne faut pas se le dissimuler, les fautes et les mécomptes n'y ont pas changé la nature des choses. La révolution cubaine a été comprimée, elle n'est pas anéantie. Les causes qui lui donnèrent naissance subsistent toujours ; et loin de s'affaiblir, elles se sont aggravées de toute la baine et de toute la vengeance qu'inspirent aux partis, aussi bien les préoccupatious du vainqueur que les malheurs et la bonté du vaiucu. Entre l'Espagne et sa colonie, il y a aujourd'hui un abime de sang, que là première creusé chaque jour davantage, en voulant le combler par de nouvelles rigueurs et par un accroissent C incessant de spoliation et d'injustice. Le soleil ne se ratine pas un seul jour à Cuhîa sans y voir débarquer dé imdvëaùv régiments espagnols pitfiir river ses chaînes, ou de Abu Veaux esclaves africains dont l'Espagne fait sa grande réserve pour Favenîr.
'Que l'Europe le sache : plus la révolution cubaine sera réduite à l'impuissance dans ses propres moyens, et plus elle sera teutée d'oublier les griefs dont elle a à se plaindre de la part de l'Union américaine. Celle-ci ne voulut pas ou n'était pas prête à l'heure de l'appel cubain. Son jour parait enfin arrivé ! Le cabinet de Washington vient d'inaugurer une nouvelle politique. Le mot Cuba retentit d'un bout à l'autre de la grande république ; c'est un mot de ralliement qui peut être entendu de vingt-huit millions d'hommes.Malheur à T Espagne le jour où ils enverraient leur avant-garde s'abattre sur sa colonie : ce jour-là elle verrait
passer à l' ennemi les cinq cent mille créoles qu'elle a élevés dans la haine de sa domination. Et que Ton ne crie pas à la trahison ! Non, les traîtres sellaient toujours ceux qui nous auraient forcés de chçisir entre la barbarie espagnole ou africaine et le drapeau étoile, qui porte au moins vm symbole de liberté.
Tel est , au courant de la plume , l'exposé abrégé que nous avons cru devoir faire de cette question cubaine, si peu connue dans ce qu'elle a de particulier à notre pays» Sous ce rapport, elle est bien digne de l'attention et des sympathies de tous ceux qui ont reçu du ciel le sentfpieut du droit et de la justice. Mais sa portée, beaucoup plus vaste et générale, la recommande à la méditation de tous les hommes d'État de l'Europe. L'ile de Cuba, par sa potion géographique, par les intérêts politiques, sociaux et commerciaux qui s'y rattachent, résume aujourd'hui ea une merveilleuse synthèse les plus grands problèmes dii dixneuvième siècle. À l'heure qu'il est, les questions s'y pressent grosses de complications et de conflits. Ne pas les ea* visager dans toute leur portée, les voir à travers le prisme menteur de l'Espagne officielle, vouloir les résoudre &$# des données inexactes, incomplètes ou intéressées : veftà> ce nous semble, le malheureux procédé suivi jusqu'à «i jour par la presse européenne.
L'article dg la Patrie^ auquel nous répondons, est tmt preuve de ce que nous avançons : peupler Cuba de mulètNft et de noirs libres ! telle est la solution que propose u* journal 4e Paris à une question où il ne s'agit pas seute-
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mept des démêlés de l'Espagne avec les Etats-Unis, mais, surtout et ^vant tout, de l'avenir et de la civilisation dit Nouveau-Blonde !
11 est vrai que la Pairie avait déjà été précédée dans cette voie par un autre journal parisien dont il nous coûte d'imprimer ici le nom, tant il nous avait habitué à d'autres espérances dans la compréhension des grandes questions qui s'agitent dans le monde entier. 11 écrivait, il y a peu de jours, que pour empêcher le président San tan a de négocier avec l'Union américaine la cession de la baie de Satqana, à Saint-Domingue, le meilleur moyen serait d'annexer cette partie de l'île à l'empire de Faustin V*. Partout et toujours élever la barbarie comme obstacle à l'agrandissement des États-Unis ! Nous ne savons pas si le conseil est bon; nous savons seulement qu'il est indigne de la presse française de rééditer cette lâche et perfide conception du ministère Sartorius en Espagne.
Nous le demandons à l'Europe : Que gagneraient le monde et la civilisation h V africunisatian des Antilles? Est- ce ainsi seulement que la France et l'Angleterre rem-> piiraien* le rôle qu'elles se sont imposé de gardiens de la justice et du droit dans toutes les parties du globe? Estce là le seul service qu'elles peuvent rendre à l'Espagne qui, certes, l'aurait bien mérité? Est-ce là surtout la mission de la France, en sa qualité de dépositaire et de protectrice des destinées de la race latkie? Serait-ce digne de son nom, de sa gloire et de sa bravoure de fuir le com-i bat, si combat il doit y avoir, pour abdiquer entre les mains des sauvages la défense du droit oontre les atteintes de l'aigle américaine ?
Non, ce sont là des conseils honteux et insensés que
l'Europe n'écoutera pas. La France ne saurait y souscrire. Ils ne peuvent aboutir qu'à alarmer les intérêts, à compliquer 14 situation, à bâter des événements qu'on devrait rendre impossibles à tout jamais par l'attitude ferme et résolue qui seule sied aux grandes puissances européennes dans les questions qui s'agitent dans cette par* tie du Nouveau-Monde. Elles ont le droit et le pouvoir de parler plus baut ; elles ont le devoir de formuler, dès à présent, eu termes clairs et précis, eu face de la doctrine exclusive de Monroë, la contre-doctrine de l'intérêt universel. Elles doivent se constituer iucessamment et ouvertement en protectrices de toutes les Antilles contre les usurpations des États-Unis. L'ile de Cuba, qui est la clef du commerce actuel dans le golfe du Mexique, et qui, par le percement de l'isthme de Nicaragua, va devenir la positiou stratégique culminante de ce passage interocéanique et le rendez-vous obligé de toutes les nia ri Dés du monde, ne doit pas rester à la merci des États-Unis; moins encore convient-il qu'elle passe au pouvoir de sauvages africains !
Doit-elle rester entre les mains de l'Espagne?
Si nous devions dire ici toute notre pensée, nous n'hésiterions pas à noy£ prononcer pour la négative. Nous invoquerions, en notre faveur, le nouveau principe qui est déjà dans toutes les consciences, et qui s'inscrira bientôt, il faut l'espérer, dans le code universel des peuples : celui de l'expropriation forcée pour cause de moralité et d'intérêt humanitaire. L'île de Cuba, constituée en étatindé-
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pendant sous la garantie et la protection des principales puissances européennes et américaines, est évidemment la solution suprême à laquelle les événements doivent forcément conduire, si l'Europe intervient, comme c'est son droit et son devoir, dans le règlement de la question cubaine. Nous pourrions lui répéter, à ce sujet, ce qu'il y a très peu de jours lui conseillait, vis-à-vis de l'Italie, une brochure qui a fait une grande sensation : « Que là diplomatie fasse, la veille d'une lutte, ce qu'elle ferait le lendemain d'une victoire. »
Nous ne voulons pas, cependant, être accusé d'aspirations prématurées^ en essayant de devancer les nécessités de l'avenir; nous craignons d' effaroucher les timidités de la diplomatie. Nous pensons, d'autre part, que les puissances européennes, q«i furent jusqu'à ce jour spectatrices indiffftiséWtesr de la conduite de l'Espagne dans le Nouveauktoede* seraient notai venues à l'Ai signifie^ dès aujourd'hui sa déchéance. v " ! * ? *
Laissons l'Espagne épuiser son droit, s'il lui en resté après avoir violé la loi morale des nations. Qu'elle le perpétue même, si elle se décide à entrer franchement dans les voies de la justice et de la civilisation ; qu'elle conserve Cuba, ce dernier fleuron de sou ancienne splendeur et de sa puissance dans le Nouveau-Monde.
Ce que nous ne voulons pas, ce à quoi F Europe ne doit pas consentir, ce que nous sommes résolus d'empêcher, fallût-il nous livrer à la merci des convoitises américaines, c'est que l'Espagne conserve plus longtemps le pouvoir de ruiner notre belle patrie en la peuplant de noirs qu'elle recrute parmi les hordes sauvages de l'Afrique, dans le but dé se gorger d'or et de préparer ses vengeances. Ce qu£ nous
De voulons pas, c'est que l'Europe se laisse prendre à ces semblants d'un abolitionisme tardif dont l'Espagne a frappé chez nous le moindre soupçon par le glaive et par l'exil.
Ce que nous voulons, parce que nous l'avons toujours voulu, c'est que l'esclavage noir cesse et pour toigour» à File de Cuba ; non pas au jour du péril de l'Espagne et sous la dictée de sa haine et de son désespoir, mais avec l'accord et par l'intervention des habitants du pays, et sous la gf rantie de toutes les puissances qui leur assureraient en même temps la jouissance des droits politiques dont ils o»t été dépouillés sous prétexte de ce même esclavage qu'ils ont subi et non pas créé. Si l'Espagne a des droits, nous avons aussi les nôtres. Qu'elle les respecte, qu'elle cesse de nous considérer comme des troupeaux qu'elle peut tondre à volonté jusqu'au moment de les égorger. Si elle ne doit pas être expropriée au nom d'un principe plus universel qu'elle soit sommée et contrainte de se conformer aux prescriptions que le droit, le Christianisme et la civilisation imposent aux nations modernes.
Ce sont là, Messieurs de la presse européenne, de véritables solutions, des solutions qui comprennent tous Itf intérêts, qui respectent tous les droits, qui écartent toutes les éventualités, qui seules sont dignes d'un siècle de lumière et de justice. Aidez-nous à répandre ces vérités dans le monde, il y va de la paix et du progrès universel. Si vous détournez uiy nstant vos regards de l'Europe agitée, dites-vous qu'il y a par delà les mers une autre qnestiofl d'équilibre politique et de civilisation. Il y a là une Ruflwe également jkgffi!tei|3e et envahissante. Il y a là une autre Turquie>wt^^^^m la tranquillité générale ; une Autriche dp i^^ lésdrdïk les plus sacrés. Il v a aussi une
autre Italie frémissante qui demande à être sauvée et à devenir le cage d'union et de paix entre les principales nations de la terre.
Pour cela que faut-il faire? Non pas bien certainement un projet de traité tripartite comme celui que la France et l'Angleterre proposèrent aux Étals-Unis en 1852, et qui foftrnit à la jeune République une réponse aussi logique que victorieuse à son point de vue particulier. Dans cette convention, il ne s'agissait de rien moins que d'une déclaration obligatoire de la part des trois plus grandes puissances maritimes du monde, équivalant en fait à assurer à l'Espagne la possession perpétuelle de l'île de Cuba sans aucun engagement de la part de l'Espagne vis-à-vis des puissances, et sans garanties d'aucune espèce à l'égard des habitants de la colonie. Le marquis deMiraflores, ministre des affaires étrangères en Espagne, à cette époque, poussa la prévoyance jusqu'à ses dernières limites, en demandant à la France et à l'Angleterre une déclaration beau-» coup plus explicite qui assurerait à l'Espagne sa domination à Cuba, môme contre une révolution victorieuse à Tin* teneur*
Le traité tripartite, eût-il été accepté par les États-Unis, n'était pas une solution, ni au point de vue particulier de V Espagne, ni au point de vue des intérêts généraux engagés dans la question. Attentatoire aux droits de la morale et de la justice, consacrant à perpétuité le despotisme espagnol à Guba, loin de prévoir et d'écarter les complications dans cette partie du monde, il eût été la source des
plus grands conflits par la suite. 11 ne profitait momentanément qu'à l'Espagne qui se voyait alors menacée d'une révolution dont elle seule était responsable, et qui est la cause permanente des troubles et des perturbations qui peuvent surgir au sujet de sa colonie.
11 serait urgent aujourd'hui de prendre la contre-partie de ce projet de solution des difficultés survenues en Amérique ; de reconnaître d'abord, et avant tout, les droits imprescriptibles de la colonie cubaine à être gouvernée selon les lois générales de la nation espagnole, et sur le pied d'égalité avec les autres provinces européennes de l'Espagne, dont elle dépasse quatre des plus considérables en territoire, en importance et en éléments de toute nature au point de vue du progrès moral et matériel.
Les puissances signataires de la nouvelle convention se constitueraient, séparément et collectivement, garantes de la possession de Cuba par l'Espagne, et du maintien des droits et des devoirs respectifs de l'Espagne et de sa colonie, pouvant les contraindre au besoin, l'une et l'autre, à la stricte observance des stipulations qui seraient concertées pour assurer leur union.
L'abolition de l'esclavage à Cuba , l'époque de sa mise en vigueur, la détermination de l'indemnité due aux propriétaires, les fonds qui y seraient alloués et toutes les mesures indispensables pour que cet acte s'accomplisse sans danger et sans perturbation, rentreraient dans les attributions des puissances signataires, qui, au préalable auraient entendu les vœux des colons régulièrement consultés à cet effet.
En cas d'incompatibilité absolue et reconnue entre l'Espagne et sa colonie, il serait procédé par l'accord etavec
le concours général desdites puissances, à la fixation de l'indemnité à laquelle aurait droit l'Espagne pour son renoncement à la souveraineté de Cuba, qui serait érigée en Etat indépendant avec la constitution politique qu'arrêterait la majorité des parties contractantes après avoir consulté les vœux de ses habitants.
La France, l'Angleterre, la Russie, les Etats-Unis et le Brésil, qui sont, avec l'Espagne, les grandes puissances les plus immédiatement intéressées dans l'équilibre politique et commercial du Nouveau-Monde, seraient invités à prendre part, avec elle, à cette grande solution qui serait en même temps celle de tous les points en litige en Améri-
que. La question de Cuba réglée, celle de l'Amérique centrale en deviendrait le corollaire obligé. L'indépendance nationale de tous les pays américains menacée par la politique aventurière des États-Unis, se trouverait de fait assurée par ce premier pas de la diplomatie européenne, ou pourrait deveuir l'objet d'une annexe du traité principal.
Le problème ainsi posé, quelle serait la réponse du cabinet de Washington? Nous l'ignorons : nous savons seulement que son refus mettrait l'Union américains au ban de la civilisation, et tracerait à l'Europe la voie où elle doit s'engager, tout en confirmant la nécessité de l'alliance auiérico-européenne, que nous appelons de tous nos vœux, comme indispensable au repos du monde. L'heure n'estelle pas venue d'engager le débat entre la célèbre doctrine de Monroë et le droit universel ? Croit -on écarter les conflits en les ajournant ? Voudra-ton tenter de résoudre les difficultés quand il sera trop tard?
Nous en disons autant de l'Angleterre. Le moment est arrivé de la mettre en demeure de se prononcer, et sur le
véritable sens qu'elle attachait à la déclaration tripartite dans laquelle elle entraîna la France, et sur la sincérité do ses protestations en faveur de l'équilibre politique et du respect du droit dans toutes les parties du monde. Il est temps de savoir à quoi s'en tenir sur son inexplicable Ionganimité, nous dirions* presque, sa complicité avec l'Espagne dans la traite des noirs. Veut-elle l'abolition de l'esclavage à l'île de Cuba aux seules conditions qui coq*viennent à la justice et à la civilisation, ou est-ce là l'arme que sa politique s'est de tout temps ménagée pour la faire tomber sur son ennemi du quart-d'heure ? A qui en veqtelle, à la fin, de l'Espagne ou des États-Unis? Aspire-t-elle à Y africanisation du groupe entier des Antilles pour se venger de tous ses ennemis à la fois, et devenir la seule productrice du sucre tropical ? ou prépare-t-elle les voies de l'annexion et de la toute-puissance au profit de son frère de race pour partager avec lui l'empire du monde, selon les vœux de ses journalistes et de quelques-uns de ses hommes d'Etat? Est-elle, oui ou non, l'alliée de la France pour faire triompher le droit et maintenir l'équilibre politique partout où ils se trouveraient compromis?
Qu'on le sache une fois pour toutes. Il est de toute né ccssité que la France apprenne si l'altitude prise par 1$ Grande-Bretagne dans le règlement de la constitution politique des provinces danubiennes, si son mauvais vouloir vis-à-vis de la question italienne, sont les intérêts passagers d'une politique buissonuière, ou la pensée bien arrêtée d'une opposition systématique aux vues et à la grandeur dp l'influence française dans le monde.
La Russie est un colosse qui essaye de racheter aujourd'hui le temps perdu à la poursuite d'un rêve d'ambition
et de eonquête. Ce n'est pas seulement en Asie que l'appellent les intérêts de son influence politique et de son commerce ; c'est aussi en Amérique où elle s 9 étend à travers les régions polaires de son vaste empire.
Le Brésil est, à l'heure qu'il est, et par sa puissance, et par le développement de sa prospérité, fruit de ses sages lois politiques, le représentant le plus considérable de la race latine dans le Nouveau-Monde. Gomment pourrait-on douter de son acquiescement à entrer dans le concert européen et à prendre part à un traité qui aurait pour effet de loi assurer sa part de juste influence dans la solution des grandes questions américaines? Lui aussi est poussé par les nécessités du siècle à résoudre chez lui le problème social de l'esclavage, question qu'il a déjà rendue plps facile par son renoncement sincère à la traite des noirs, et par des mesures habiles de commerce et d'im^ uaigration.
De toutes les puissances appelées à former la convention et, au besoin, la ligue amérjco-européenne, nulle n'est plus directement et plus immédiatement intéressée h sa réussite que pe Test l'Espagne. C'est elle aussi qui en recueillerait les avantages les plus prompts et les plus importants, en s' assurant tout d'abord la possession indéfinie de sa belle colonie, qu'elle peut perdre du jopr au lendemain par l'isolement où sa politique Fa placée, et en reprenant la suprématie et la haute main sur un continent où elle 9 inscrit son nom, sa bravoure et sa gloire en caractères que le temps ne saurait effacer. 11 y a là vingt millions (VhQlPines qui parlent sa langue, qui conservent ses us et eqiituiqe*, qui perpétuent ses traditions, et qui peuvent encore, à wp appel et à son exemple, donner au monde le spectacle
grandiose d'une civilisation qui, près de s'éteindre, se rallume subitement et brille au souffle vivifiant du droit, du progrès et de la justice. C'est l'Espagne, c'est son génie, sa force et la vitalité de sa race qui peuvent avant tout changer les destinées de l'Amérique, en servant de rempart contre la marche victorieuse de l'élément anglo-saxon. C'est elle, assurément, qui est appelée à prendre le pas sur toutes les nationalités, qui aspirent à la prépondérance et à la gloire dans le inonde découvert et conquis par sa vaillance.
* L'île de Cuba seule vaut un empire » a dit un publiciste célèbre. La nature l'a taillée et l'a placée à l'endroit qu'il fallait pour commander toutes les avenues du commerce et pour surveiller .et dominer du canon de ses vaisseaux les routes stratégiques de la guerre maritime au Nouveau-Monde. Dans la prévision de ses destinées, elle en découpa les contours en d'innombrables ports, qui appellent la concurrence marchande de tous les pavillons, et où peuvent s'abriter contre la tempête les escadres réunies de toutes les nations de la terre.
Puissant Gibraltar de la Méditerranée américaine, et sentinelle postée à l'entrée du Mississipi, l'île de Cuba peut à la fois bloquer tous les ports atlantiques du Mexique, et arrêter au passage tous les produits qui débouchent par la grande artère du commerce et de l'agriculture anglo-américaine.
C'est elle aussi, c'est Cuba qui, placée en regard du passage interocéanique que la civilisation moderne va percer à travers l'Amérique, en gardera les clefs et en percevra le péage en abondants et riches tributs de toute espèce.
Aussi étendue en surrace que la presque totalité de l'Angleterre ; avec un ciel et un sol qui en centuplent la puissance; avec des produits végétaux et minéraux qui n'ont pas de compétiteurs sur aucun marché du monde; avec un noyau de population disposé à toutes les conquêtes de l'intelligence et de la civilisation, que manque-t-il à Cuba pour réaliser la prophétie de l'abbé Raynal, et surpasser même la brillante épopée rêvée par quelques-uns de ses plus enthousiastes admirateurs ?
Il lui manque un bon gouvernement, un gouvernement qui, oubliant les traditions et les errements d'un autre âge, la relève de son abaissement politique par des lois de justice et de liberté, en lui ceignant le front d'une auréole de gloire et de prospérité qui rejaillira sur tous les Espagnols de l'un et de l'autre hémisphère.
Tant de ressources et d'éléments de puissance et de grandeur, tant de moyens d'influer sur la destinée matérielle, politique et sociale de tout un monde, ne furent pas donnés à l'Espagne pour qu'elle en mésusât. Il faut qu'elle accepte ce brillant héritage avec tous ses devoirs et toutes ses conséquences, ou qu'elle abdique entre des mains plus aptes à remplir les grandes vues de la Providence.
Voilà l'œuvre delà diplomatie, voilà la solution suprême à laquelle pourront se reconnaître les véritables hommes d'État de l'époque. Voilà le rôle d'initiative qui appartient à la France, elle dont la mission est de semer des idées dans le monde pour la riche moisson de l'humanité.
Nous croirions l'outrager en cherchant à lui démontrer quel serait son intérêt dans la solution du problème posé en Amérique. N'y en eût-il pas pour elle de