‹ La question de l'Adriatique. TriesteChapitre 2 sur 2 · au gymnase technique · texte numérisé non relu

au gymnase technique

provisoirement transféré de Goritz à

9. à l'école de la commune religieuse serbe. 46 10. à l'école professionnelle d'Etat pour filles 29 iT. aux écoles allemandes i • 7^8

Nous ne comprenons pas dans ces chifïres les élèves slaves qui, pour une raison ou une autre, surtout à cause de l'éloignement ou défaut de places dans les écoles slaves, fréquentaient une école italienne. Lorsque les Italiens occupèrent Trieste, toutes les écoles étaient fermées à cause de l'épidémie de grippe: en décembre, les autorités italiennes d'occupation autorisèrent la réouverture des écoles communales, mais toutes les autres écoles restèrent fermées.

Que les Slaves de Trieste ne datent donc pas d'hier et qu'ils ne soient pas immigrés ainsi que certaines gens voudraient le prouver, cela ressort, comme nous venons de le dire plus haut, du fait que les Slaves s'établirent à Trieste, venant de son arrière-pays, à une époque remontant à plus de treize siècles et que, en 1735 encore, ils étaient presque égaux en nombre aux Italiens. Une autre preuve nous est

fournie par le nom de la rue .< Torrente . située au milieu de la ville, qui s'appelait encore, il y a à peu près 50 ans ,. Patock >' (^^P^^^' sion Ive signifiant le ruisseau), puis le nom de la colline de Trieste .. Monte Cucco .. qui n'est rien autre que le nom slave de .. Kuk ... qu'on trouve partout dans les pays slaves. Les faubourgs et les villac.es dans les environs de Trieste portent presque exclusivement des 'noms slaves (Rkedenj, Opcine, Padrice. Bazovica, Prosek) et comme nous le rapporte l'historien X^alvazor, Primoz Trubar, le Martin Luther Slovène, prêcha, au seizième siècle, en langue slave dans les églises de Trieste.

Trieste est donc une ville mixte au point de vue des nationalités. En outre. Trieste est. au point de vue ethnographique, une enclave dans les territoires yougoslaves.

Pour arriver à une jonction artificielle de Trieste à l'Italie cette dernière revendique (sans y compter les 223.000 Slovènes et Croates d'Istrie) un hinterland peuplé de i55-000 Slovènes du pays de Goritz et 100.000 Slovènes de Carniole, parmi lesquels se trouvent 14.000 Italiens (ville de Goritz). Il faut d'ailleurs remarquer que le nombre des Italiens en Istrie est fort exagéré grâce à un recensement exécuté avec les mêmes critères et dans les mêmes conditions que celui de Trie.ste.

En y ajoutant le nombre sus-mentionné de 7(1. yiq Yougoslaves à Trieste même, cette ville, avec le territoire que l'on voudrait y joindre, compterait (sans Fiume et sans la Dalmatie) plus de 554-000 You<^cslaves à côté d'environ 264.000 Italiens habitant exclusivement les villes du littoral. Au nord et à l'est, ce territoire est de même entouré de régions purement yougo.slaves, oii il n'y a qu'à Fiume et à Zara un nombre insignifiant d'Italiens.

Trieste est pour tout cela évidemment une dépendance géographique et ethnographique des environs yougoslaves et tout particulièrement de l 'hinterland slovène, et non pas inversement.

4. Au point de vue économique, les choses ne se présentent pas plus favorablement pour l'Italie. Trieste est une ville commerciale dont l'existence est étroitement liée à son arrière-pays, en toute

première ligne, à ses environs slaves, et particulièrement à Vhinterland Slovène. Les relations commerciales avec l'Italie sont relativement minimes.

Pour résoudre le problème soulevé au sujet de ce port de commerce, — entrepôt de nombreux pa\'s s'étendant au nord, par Prague, jusqu'au sud de l'Allemagne, à l'est jusqu'à Belgrade — et pour décider de son sort, il est nécessaire au premier chef d'examiner les facteurs économiques et de considérer ce qu'il adviendrait de Trieste ■;: elle passait à l'Italie détachée de son hinterland d'où elle tire ses ressources.

Le véritable hinterland économique de Trieste, ce ne sont pas seulement les régions réclamées par l'Italie pour la soi-disant défense de Trieste : le vaste hinterland nécessaire à l'existence de Trieste commence à peine à la frontière réclamée par ITtalie; il constitue une possession nationale yougoslave qui, sans aucun doute et sans aucune discussion, est nécessairement appelée à devenir une partie intégrante du nouvel Etat des Serbes, des Croates et des Slovènes,

Ce n'est que par son rattachement à ces pays que Trieste peut garder la position dont elle jouissait jusqu'aujourd'hui. La destinée économique de Trieste est étroitement liée à sa dépendance politique. Qui sépare Trieste du vaste hinterland dont elle vit, ruine sa prospérité et son importance commerciale, en même temps que la prospérité et^la situation économique des nombreux pays qui, par Trieste. ont accès aux marchés du monde.

Après ces remarques préliminaires, il nous reste seulement à corroborer par des faits absolus et des chiffres indiscutables, la thèse que Trieste est liée économiquement à son hinterland avec lequel elle prospère ou succombe, tandis que l'intérêt économique de l'Italie vis-à-vis de Trieste est d'ordre minime.

Les chiffres suivants sont tirés d'un livre du Triestin Mario Alberti, traitant d'économie politique. Le livre fut publié à Rome en 1916 sous le titre : <( Trieste e la sua fisiologia econoniica ». L'auteur, tout en soutenant la thèse que Trieste doit appartenir à l'Italie, est

amené à admettre des faits qui se dressent contre ses déclarations. D'après le livre en question, l'importation et l'exportation totales d.- Trieste, par mer, en 1913, s'élevaient environ à 3.400.000 tonnes. Dans ce chiffre, la part de T Italie avec ses v^ millions d'habitants était de 417.900 tonnes, et celles des px-ovinces yougoslaves de^ l'Adnatique, a\ec approximativement i million d'habitants, était de 433-7'^" tonnes, cest-à-dire. en proportion absolue, une quantité un peu supérieure à celle de ritalie et en proportion relative avec le chiffre de la population, 36 fois plus élevée. En d'autres termes, le trafic économique avec Trieste d'un Yougoslave de l'Adriatique, considéré individuellement est plus de 36 fois supérieur à celui d'un Italien. Les autres pays plus tpécialement représentés dans l'importation et l'exportation par mer .sont :

La Grande-Bretagne : 469.500 tonnes (presque exclusivement du charbon),

Le Levant, la Grèce et la mer Noire : 664.000 tonnes,

L'Extrême-Orient : 319.200 tonnes,

Les Etats-Unis : 210.700 tonnes.

L'importation totale par mer s'élève à 2.314.000 et l'exportation à 1. 135. 700 tonnes. L'importation est le double de l'exportation.

L'importation et l'exportation totales par voies ferrées, en n.)i^. s'élevaient à environ 2.700.000 tonnes, chiffre dans lequel l'Italie était représentée pour seulement 8(1.000 tonnes (!) soit à peine 1/30 environ 3.2 pour cent), alors que le commerce avec les pays yougoslaves s'élevait à 900.000 tonnes, soit 1/3 du total {t,t, pour cent). Autrement dit, le commerce des Yougoslaves avec Trieste comme intermédiaire, est dix fois plus important que celui de l'Italie. Attendu que le commerce des provinces yougoslaves qui appartenaient à la couronne de Hongrie et celui de la Bosnie et de la Serbie ne figure que pour 50.000 tonnes, et que le trafic de la Dalmatie avec Trieste se fait exclusivement par mer, 850.000 tonnes doivent être attribuées aux Yougoslaves de Goritz, de la Carniole. de la Stvrie et de l'Istrie, (environ 1.500.000 âmes) et seulement 86.000 tonnes aux 36 millions d'Italiens. En d'autres termes, le commerce d'un Yougoslave des provin-

ces ci-dessus mentionnées considéré individuellement, est 240 fois plus important (10 fois en proportion absolue multipliée par 24, en proportion du chiffre de la population), que celui d'un Italien.

L'importance et la valeur des relations commerciales cidessus spécifiées, entre la population yougoslave et Trieste, doivent fournir le critérium de l'intérêt que Trieste et son liinterland ont à ne pas être cédés à l'Italie, dont les liens économiques avec Trieste sont, comme nous l'avons démontré, tout à fait insignifiants.

Le commerce entre l'hinterland yougoslave et Trieste est, en outre, considérablement accru par l'importation routière des produits comestibles, du bétail et du bois des régions voisines et l'exportation également routière des produits coloniaux (sucre, café, farine, etc.). Ces importations et exportations ne sont pas mentionnées dans les rapports ci-dessus qui donnent seulement les chitlres du commerce par mer ou voies ferrées.

Les autres produits importés et exportés par voies ferrées qui ne sont pas calculés pour les provinces yougoslaves et pour l'Italie (celle-ci, comme il l'a déjà été établi, n'y entre que dans une faible proportion) sont à destination ou en provenance de la Bohême et de la Moravie, au premier rang, ensuite de la Galicie, la Hongrie et des provinces austro-allemandes, enfin de l'Allemagne. L'importation par chemin de fer à elle seule s'élève à un total de 1.488.200,(1 tonnes et l'exportation à elle seule à i.2O0.'?'5S.bb tonnes.

De la proportion entre l'importation et l'exportation par mer et par voies ferrées, on peut voir d'un seul coup d'œil que Trieste est d'abord un port d'importation, ayant à subvenir aux besoins de son hinterland et en premier lieu de son hinterland yougoslave, sans lequel il n'aurait aucune raison d'être.

Eu réalité, l'essor de Trieste date seulement du moment oh elle est devenue le port commercial des régions mentionnées plus haut, où elle a été reliée par chemin de fer à son hinterland, et où la libre navigation sur l'Adriatique a été proclamée. Ce dernier fait fut dû à la chute de Venise. Avant cette époque, c'est-à-dire au commencement du XVIIP siècle, la population de Trieste comptait moins de 4.000 âmes.

En 1719, Trieste fut proclamée jxjrt franc, des jetées furent construites et d'autres mesures prises par Marie-Thérèse pour développer le commerce.

Grâce à ceci, mais surtout grâce aux voies ferrées reliant Trieste à l'intérieur, et aussi dans une large part, grâce au fait que Venise fut détachée de l'Autriche, son commerce qui en 1790 était évalué seulement à m millions de florins, était monté en 1913 à 3.460 millions de couronnes, dont 1.660 millions redevables au commerce par chemin de fer. Avant la construction de ces voies ferrées, le trafic était estimé seulement 372 millions de couronnes. Les principaux produit.s d'exportation sont le bois des forêts de Carniole, de Carinthie et de Slavonie (16 pour cent du tonnage) et le sucre (25 pour cent du tonnage') qui vient pour la plus grande partie de Bohême. Ces deux articles sont par conséquent tirés de l'hinterland. Les produits importés sont principalement marchandises en transit: ils consistent en produits coloniaux et étrangers d'alimentation, et en matières premières pour l'industrie textile, marchandises qui viennent des lointaines parties du monde et des régions de la Méditerranée orientale, pour être envoyées dans les provinces de l'hinterland.

De ce fait, Trieste est pour tout son hinterland. à la fois un entrepôt pour les produits importés par mer et pour les pro duits exportés par clieniins de fer; en cela elle leur est utile au premier chef.

Trieste cédée à l'Italie, perdrait son monopole d'entrepôt pour les r.iarc^^n'idises de transit venues d'outre mer et envoyées à son vaste hinterland et vice versa, ceci, non seulement au profit de tels ports adriatiques non cédés à l'Italie, mais encore au profit de sa concurrente séculaire : \'enise, qui, sous la même loi que Trieste, aurait les mains libres pour la concurrence dans le même hinterland.

Ce fut contre la concurrence de \'enise que. en n82. Trieste chercha à se défendre en se plaçant .sotis la protection de l'Autrich'", Etat auquel appartenait rhinterland'"dont la ville tire encore aujourd'hui ses ressources. Afin de conjurer le danger de ruine qui. des deux côtés, menacerait Trieste soumise à l'Italie, ou du moins de le conjurer à l'est, Mario Alberti -^ ère daris le livre auquel nous avons fait allu-

sion, que l'Italie devrait annexer en même temps que Trieste, Rijeka (FiumeV l'Istrie et la Dalmatie tout entières. Ainsi, il écrit page i :

Il Trieste est un des plus importants facteurs dans la solu- « tion du problème de l'Adriatique. Mais ce n'est qu'un seul fac- (I teur.Il y en a beaucoup d'autres qui également doivent être pris en (I considération si on veut obtenir un résultat effectif et durable; à Il savoir : l'Istrie, Fiume et la Dalmatie. »

Page II :

(( Fiume est la clé de la prospérité commerciale de Trieste (1 dans l'avenir. vSans Fiume, Trieste se trouverait considérablemert <( atteinte dans son commerce.... » « ....Au pouvoir de l'Autrichc- (I Hongrie, Fiume, à la longue, remplacerait Trieste comme port de (( commerce entre l'Europe Centrale et la Méditerranée orientale... <> (I ...La ligne Trieste-St. Peter mesure 67 km. La ligne Fiume-St- <( Peter en mesure 62. De St. Peter à Vienne et toutes les stations « intermédiaires la distance est la même (522 km.). Il s'ensuit que (( Fiume est en situation d'engager une vigoureuse et ruineuse con- « currence à Trie.ste... d

Page 12 :

(( Possédant Trieste et Fiume, et de plus Venise et Gênes, « l'Italie tiendrait en mains toutes les principales grandes routes (( commerciales de l'Europe Centrale et par là, elle aurait une situa- <( tion notablement supérieure pour la négociation des traités de « commerce. »

La demande injustifiée de l'Italie pour la possession de Trieste avec à peine plus de 100.000 Italiens, a conduit les champions de l'impérialisme politique et économique de l'Italie au point de demander, avec Trieste, et à cause de Trieste, l'annexion de 60.000 Yougoslaves de Trieste, 155.000 de Goritz , environ 100.000 de Carniole, 223.000 d'Istrie, 100.000 du littoral Croate et 610.000 de Dalmatie, en tout 1.243.000 Yougoslaves, et de se proposer en même temps la ruine économique de tout le reste de l'hinterland yougoslave non assigné à l'Italie, en lui fermant tout accès à la mer. Autrement

(c'est la thèse de ces impérialistes) Trieste, seule, réunie à l'Italie, serait ruinée économiquement.

C'est à de telles absurdités qu'aboutissent les revendications de l'impérialisme italien ; leurs sous-entendus sont le meilleur témoignage contre leur propre thèse et prouvent que le sort de Trieste est étroitement lié à celui de son hinterland duquel et avec lequel elle vit. On ne peut demander en toute justice que dans l'intérêt d'un peu plus de loo.ooo Italiens occupant un territoire de quelque lo km2, presque 1.200.000 Yougoslaves occupant un territoire d'environ 22.000 km2 soient cédés à l'Italie. De plus, comme Trieste — ainsi qu'on l'a déjà r^Mnarqué — est la dépendance de son'°'liinterland.' et non pas vice versa, les Italiens de Trieste n'ont qu'une part minime dans .ses organisations maritimes et financières.

Avant l'occupation italienne plus de 50 pour cent des bateaux de la marine marchande enregistrés à Trieste étaient entre les mains des Yougoslaves (particulièrement des Dalmates), environ 30 pour cent entre les mains des Allemands et seulement environ 20 pour cent entre celles des Italiens.

Les Italiens de Trieste ne possèdent que de petites Sociétés de Crédit et pas une seule banque proprement dite. La seule banque qu'ils aient eue fBanca commerciale triestina), et qui ne prospéra pas sous la gestion italienne, passa il y a 15 ans aux mains du « Wiener Bankverein » de Vienne. .Tous les établissements financiers italiens ne possèdent pa.s ensemble plus de q millions de couronnes de capitalactions. L'établissement financier f Banca di credito popolare // qui n'est pas tant une banque qu'une Société coopérative, dispose .seulement d'un capital-actions de i million alors que les'hanques |vougoslaves de Trieste sont dans une situation totalement différente. Ainsi la '< JadranskaBanka /> possède à elle seule, un capital-actions de -jo millions de couronnes plus 8 millions de réservées. En plus de cette banque, il y a à Trieste une succursale de la Banque de Crédit de Ljuhljana et un grand nombre d'établissements financiers vougoslaves principalement des Sociétés coopératives) ayant leurs sièges à Trieste. dont les dépôts d'un seul d'entre eux. la '/ Trzaska posojilrica in hranilnica * c'està-diie : Caisse d'éi^argne et d'euii;runt de Trie.ste) s'élèvent à une

somme supérieure à celle de toutes les Sociétés coopératives italiennes de Trieste réunies. Les Italiens de Trieste sont par conséquent obligés d'avoir recours pour le crédit commercial soit aux banques ou aux sociétés d'emprunt yougoslaves, soit aux deux banques tchèques de la ville, ou aux nombreuses banques viennoises (allemandes) qui ont des succursales à Trieste.

Trieste est donc aussi, au point de vue économique, en tonte première ligne, la dépendance de VhijiterlaJid Slovène et des autres régions vougoslaves, sans lesquels elle n'a aucnne possibilité à l'existence. En admettant même que Trieste ait un caractère commercial international, il est manifeste que l'Italie est la nation qui \- participe le moins.

Quelle serait la situation stratégique d'une Italie considérée comme leur ennemie par les Yougoslaves auxquels elle aura'"^ ravi quelques contrées, en regard de la situation stratégique qui résulterait de la fixation d'une frontière qui tiendrait compte des vraies limites naturelles, géographiques et économiques ?

La frontière naturelle coïncide, dans la province de Goritz, avec la frontière ethnographique. Elle a une extension d'environ iio kilomètres. La frontière, qui devrait être créée artificiellement par l'annexion de l'hinterland slovène de Trieste, et qui devrait s'étendre jusqu'au voisinage de Fiume, aurait une extension plus que double. A la place d'une ligne droite et bien défendable, on obtiendrait ainsi une ligne arquée, exposée aux attaques concentriques. Si l'on veut y ajouter encore les revendications italiennes concernant la plus grande partie de la Dalmatie, la ligne de défense italienne contre les Yougoslaves s'accroît en longueur jusqu'à environ 500 kilomètres. La synthèse stratégique est donc la suivante ; Dans le cas où l'Italie ne s'annexerait pas Trieste, une frontière de iio kilomètres lierait deux nations amies. Trieste jouerait alors le rôle du <c pont d'accord •> entre les deux nations. Dans le cas contraire, une frontière de 500 kilomètres séparerait deux nations ennemies. Trieste, dans ce cas, en serait la « potnmc de discorde ».

En demandant les frontières stratégiques en oppositition au

princiix- des nationalités et à la xolonté indubitable de la population l'Italie est aussi en contradiction avec l'idée fondamentale de la Ligue des Nations, qui ne devra pas se baser sur la torcc des armes, mais sur l'entente des Etats qui en feront partie. L'utilite problématique des frontières stratégiques a été, du reste, clairement démontrée dans la guerre actuelle par le sort de l'Autriche.

Peu d'Etats ont eu des frontières stratégiques aussi bonnes (les Alpes, les îles de la Dalmatie, le Danube, les Carpathes. les montagnes encadrant la Bohême) que l'Autriche, et pourtant elle fut disloquée parce que son existence signifiait la violation incessante du principe des nationalités.

Enfin il faut prendre en considération que la d-imande de bonnes frontières stratégiques ne pourrait avoir de sens que dans le cas où elle serait faite par un Etat plus faible contre un Etat plus grand et plus fort.

Mais l'Italie victorieuse, avec ses 40 millions d'habitants, avec son armée et sa flotte puissantes et avec ses finances consolidées, comment pourrait-elle affirmer sérieusement avoir à redouter une agression de la part de la Yougoslavie, dont les 11 millions d'habitants, épuisés parles guerres de longues années 7 années pour la Serbie et le Monténégro . auront besoin d'une longue période de travail paisible pour guérir les graves blessures causées par ces guerres, et pour créer les conditions de leur existence future.

Une de ces conditions pour le nouvel Etat c'est de garder ses inves adriatiques et son indépendance économique. Sans cela il serait condamné au même degré d'esclavage économique que celui dans lequel la Serbie se trouvait par rapport à l'Autriche et qui a été une des causes immédiate de la guerre mondiale.

Le point culminant de toute la question que nous venons d'exposer consiste en ce que la population de Trieste ait l'occasion et le droit de se prononcer sur son sort en décidant elle-même à qui elle voudrait appartenir. Tous les états avant la conclusion de l'armistice ont accepté le principe fondamental de \\"ils()n sur le droit des peuples de disposer librement d'eux-mêmes, le principe noble qui a fini par gagner le monde entier. Ce sont surtout les peuples opprimés de l'an-

cienne monarchie austro-hongroise, parmi desquels la population de Trieste elle aussi, qui ont eu recours à ces principes et qui par conséquent, de même que les autres provinces libérées, ont le droit d'exiger de disposer elles-mêmes de leur sort, tandis que ceux-ci décident de la paix ont le devoir de laciliter cette consultation populaire.

Ce droit réclame pour Trieste toute la population de Trieste. tant les Yougoslaves que les Itahens, en tenant compte de leurs propres intérêts vitaux.

Toute la population de Trieste est consciente du fait que l'Italie peut bien exister sans Trieste, où elle n'a point d'intérêts économiques à sauvegarder, tandis que pour le commerce des Yougoslaves, Trieste est un port de la plus grande importance.

iin outre il est dans l'intérêt vital de Trieste elle-même qu'elle reste économiquement liée à son hinterland qui l'alimente. Détachée de cet hinterland et réunie à l'Italie irieste courrait inévitablement à sa ruine.

Tout cela, les Triestins l'ont compris dès 1382, lorsqu'ils se rendirent volontairement à leur hinterland, l'ancienne Autriciie. La Trieste d'aujourd'hui est aussi contre l'annexion à l'Italie. La Chambre de Commerce de Trieste, peu avant la fin de la guerre, s'est déclarée en faveur d'une autonomie de Trieste dans le cadr«; de l'Autriche, tandis que le parti socialiste, qui représente un tiers de la population, s'est déclaré pour l'indépendance complète. L'organe principal de ce parti // Lavoratore a publié, au mois de septembre 1918, l'article suivant: " Il faut donner à la population italienne de Trieste et en général de tous les pays, la possibilité de décider ellemême de son sort et de son avenir. Le problème de Trieste doit être résolu au moyen d'une entente entre les peuples intéressés sur la base d'une complète égalité des droits nationaux. Que Trieste devienne une place libre, autonome et indépendante qui, en tant qu'Etat indépendant, sera, comme la Yougoslavie, une apparition nouvelle dans la future confédération des peuples libres. Cette solution de la question yougoslave ne peut être, à notre a\is, que bien venue pour la Yougoslavie, pour son hinterland et pour la population de Trieste... Tl faut une entente qui ne soit pa.s basée sur le droit ou le principe de la majorité, mais sur l'égalité de droit des peuples. »

î^e même parti a voté, le i" octobre tqiS, une résolution analogue, et, c'est à la suite de ce vote que les deux députés socialistes ont refusé d'entrer dans le « Fascio Nazionale » qui s'est formé peu avant la fin de la guerre et qui aspirait à l'union avec l'Italie. Puisque Trieste compte 5 députés, et que l'un de ces députés (M. Ryhar, Slovène) s'est déclaré ])onr la Youjjoslavie et en tout cas contre l'Italie, on obtient ainsi à Trieste une majorité contre l'annexion .\ l'Italie.

Il résulte de tout ce que nous \enons de dire qu'une solution juste et équitable de la question de Trieste — .solution qui ne peut être faite sans la consultation de la population (plébiscite) — est la clef de la controverse italo-yougoslave et que sa réalisation peut seule apporter la paix, tandis qu'une solution injuste deviendrait la cause de nouveaux conflits. L'Italie e.st la première intéressée à ce que cette dernière perspective soit écartée.

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