‹ La question de l'or; les mines de Californie et d'AustralieChapitre 125 sur 148 · AVANTAGES D'UN UNIQUE ÉTALON MONÉTAIRE · texte numérisé non relu

AVANTAGES D'UN UNIQUE ÉTALON MONÉTAIRE

S'il est impossible à un État d'arrêter la baisse du métal qui lui sert de monnaie, il lui est toujours possible de ne pas s'exposer à la baisse successive de l'or et de l'argent, et d'éviter les pertes certaines qu'entraîne l'emploi simultané des deux métaux comme étalon monétaire. Il suffit, comme nous l'avons dit en signalant les inconvénients de notre législation, de supprimer un des deux métaux et de n'en conserver qu'un seul pour étalon. C'est une réforme dont plusieurs États ont déjà reconnu la nécessité ; tôt ou tard, tous les peuples civilisés la reconnaîtront également, et l'intérêt public triomphant des vieilles habitudes mettra fin à ce système peu logique qui déclare toujours égales et parfaitement identiques deux mesures que la nature a faites différentes et variables.

C'est une question qu'il est à peine nécessaire de discuter, tant elle est simple. Que signifient deuxmesures'pour un même objet? On n'a qu'une unité de longueur, qu'une\inité de poids, qu'une unité de capacité. Pourquoi n'avoir pas une seule unité de monnaie? Qu'aurait-on dit des législateurs français, si, en établissant le système métrique, ils avaient laissé subsister l'aune à côté du mètre, sous prétexte de ne pas troubler d'an-

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ciennes habitudes, et si en même temps, afin de créer une apparente régularité, ils eussent déclaré qu'aune et mètre, bien que de longueur inégale, passeraient pour être des mesures identiques; que le marchand, quand on lui demanderait une aune d'étoffe, pourrait donner un mètre, et qu'on payerait exactement au même prix l'aune et le mètre d'une marchandise quelconque? C'est pourtant ce qu'on a fait à propos de la monnaie en mettant sur le pied d'égalité deux mesures différentes. On sait en effet que 15 kilog. 1/2 d'argent et 1 kilogramme d'or n'ont pas la même valeur; et cependant, quand un marchand me vend une certaine quantité de marchandises au prix de 15 kil. 1/2 d'argent, j'ai droit de lui donner 1 kilog. d'or. On pourrait même dire qu'on a fait pis que déclarer l'aune et le mètre égaux ; car entre l'aune et le mètre la différence est toujours la même et est parfaitement connue ; entre l'or et l'argent, elle varie sans cesse; elle livre en quelque sorte les contrats à des hasards perpétuels; il n'y a de probable qu'un amoindrissement contiuu de la valeur, parce qu'en pareil cas, des deux c'est toujours celui qui s'avilit qui prend la place de l'autre.

Qu'en résulte-t-il? Nous l'avons dit au chapitre des inconvénients d'un double étalon monétaire, et il est inutile de développer de nouveau ces considérations. Le pays qui admet deux étalons est toujours sous le c^up d'une révolution monétaire ; il est toujours assuré d'éprouver, quoi qu'il arrive, des pertes sur son capital métallique; il fournit des aliments à la spéculation et permet aux étrangers de faire à ses dépens de grands profits.

Il est facile d'éviter tous ces dangers : il faut s'attacher à un seul étalon : ce sont là même les avantages du système de l'unité. Pourquoi hésiter à prendre une mesure logique et juste quand elle peut empêcher le mal et ne doit produire que de bons effets?

Mais, dira-t-on, dans le système de l'unité, il y a un grand

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mal, c'est qu'oD proscrit un des deux métaux, et que tous deux sont commodes et nécessaires. Sans doute, si le système de l'unité se proposait de chasser et chassait réellement l'or ou l'argent, je verrais là un grand mal. Mais il n'en est rien. Ce qui chasse toujours l'un des deux métaux, et, qui pis est, ce qui chasse toujours le métal le plus précieux, c'est le système du double étalon ; l'expérience l'a prouvé : nous n'avions que de l'argent, nous n'avons plus que de l'or. Le système de l'unité ne déclare qu'une chose : c'est qu'il n'y aura plus qu'un seul métal qui serve d'étalon ; mais en même temps il admet, il convie même le second métal à servir dans la circulation d'auxiliaire au premier. Il accepte deux monnaies, mais il ne reconnaît qu'une mesure. Si Ton prend l'étalon d'argent, il propose Tor comme monnaie variable servant aux gros payements; si l'on prend l'or, il propose l'argent comme billon destiné aux usages journaliers et aux petits payements. Parmi ces propositions, il peut y en avoir de meilleures les unes que les autres ; c'est au législateur à choisir, et nous traiterons celle question dans les chapitres suivants. Mais, quoi qu'il en soit, on ne bannit pas le métal auquel on refuse le titre d'étalon. Seulement, on cesse de faire violence à l'un des deux métaux; on est certain de ne plus voir la spéculation exporter avec bénéfice une partie de la monnaie. Avec une des deux propositions au moins , celle de l'étalon d'or, on n'a pas à craindre de voir disparaître le billon d'argent, et on conserve les deux métaux dans la circulation du pays beaucoup plus sûrement qu'avec le système des deux étalons qui, en se donnant comme le protecteur et le conservateur de ces métaux, est en réalité toujours le complice de l'exportation du plus précieux des deux.

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