TASMANIE
TOTAUX
da Sud.
de Victoria.
méridionale.
fr.
fr.
fir.
fr.
fr.
Ce chiffre de 1,443,293,000 francs, n'est pas sans doute d'une exactitude absolue. Cependant il peut être regardé comme représentant mieux que tout autre l'exportation, depuis la découverte. Il est vrai qu'on n'y tient pas compte de l'or exporté sans déclaration ; mais ce genre d'exportation a dû être moins fréquemment employé dans un pays plus civilisé que la Californie. D'ailleurs, on n'y tient pas compte non plus des envois d'or faits d'une colonie à l'autre, et qui figurent en double emploi dans les chiffres de l'exportation; il y a à peu près compensation entre ces deux causes contraires d'erreur.
Sous l'influence de cette production et de cette exportation considérables, chacun voulut aller travailler aux mines ou porter des marchandises sur un marché qui avait tant d'or ; on vit, comioê en Californie, les serviteurs et les ouvriers déserter, sans pouvoir être retenus par l'appât des plus magnifiques salaires. Les navires affluèrent, versant sur ce nouveau continent lesémi-
grants et les produits de TEurope, de la Chine et de l'Âmér rique.
La colonie, grâce aux espérances que donnaient ses mines, ses troupeaux, son commerce naissant, avait commencé à se développer bien avant la 'découverte de Tor. A Sydney et à Melbourne, on tient registre des étrangers qui débarquent. Au commencement de Tannée 1851, on y recevait déjà environ SOO émigrants par mois. A peine Fexistence des mines fut-elle connue, qu'on en reçut jusqu'à 1,000 et 2,000; le chiffre avait sextuplé avant la fin de Tannée 1851. II s*éleva en moyenne à 5,000 par mois, dans la première partie, à 10,800 dans la seconde partie de Tannée 1852. C'étaient, pendaqt six mois consécutifs, 360 personnes qui, chaque jour, venaient débarquer à Sydney ou à Melbourne, et grossir la population de ces deux colonies. L'enthousiasme se calma un peu, quand vint le temps des déceptions : le chiffre des émigrants ne fut plus que de 7,800, de 6,000, et enfin de 5,500 en 1856. Néanmoins, sans compter ceux qui débarquaient à Adélaïde, à Hobart-Town et sur d'autres points, le total des six dernières années est de 372,000 personnes arrivées sur une terre qui ne comptait que 369,300 habitants. Tous, il est vrai, ne restaient pas : les deux cinquièmes des arrivants regagnaient bientôt leur patrie ; mais les autres se fixaient aux mines ou dans les villes. Ballarat et le mont Alexandre, déserts encore en 1851, avaient de 35 à 40,000 habitants en 1852 et en 1853, de 130 à 160,000 en 1855 et en 1856. Melbourne, qui était en 1851 une petite bourgade, autour de laquelle on campait sous des tentes, était devenu, en 1854, une ville de 70,000 âmes avec • ses faubourgs, et comptait près de 100,000 habitants en 1856. Geelong, à qui son port sans profondeur ne permet pas les mêmes développements , en comptait pourtant près de 30,000 à la même époque. La population totale des trois colonies du continent australien était évaluée à 695,000 personnes.
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■ Le commerce et rindustrie s'étaient développés avec plus de rapidité encore que la population. Les importations étaient, en 1851 , de 89,525,000 fr., etles exportations de 89,675,000 fr. : au total, 179,100,000 francs. En 1854, le commerce était de 1,174,276,000 francs, dont 709,775,000 francs à l'importation, et 464,500,000 francs à l'exportation; en 1856, il avait dépassé 1,600,000,000 francs, c'est-à-dire qu'il avait presque décuplé. A l'importation figuraient des meubles, des outils, des maisons, des céréales, et tout ce qlii, en général, est nécessaire pour nourrir et entretenir une population improvisée sur un sol encore peu productif. Dans les chiffres de l'exportation, l'or figure naturellement au premier rang : il est loin, cependant, d'être l'unique objet du commerce de l'Australie. Le travail des mines n'a pas tardé à augmenter le capital, et à seconder le développement des principales branches du travail dans la colonie. Malgré la consommation beaucoup plus grande d'une population plus nombreuse, Victoria exportait, en 1854, près de deux fois plus (Je laine qu'en 1850 : 40,450,000 francs au lieu de 20,650,000. Il y avait augmentation sur les viandes salées, sur les provisions de bouche, et sur d'autres articles. Le total des exportations de cette province avait monté, pendant la même période, de 26,050,000 fr. à 269,375,000 fr., sur lesquels l'or ne figurait que pour une somme de 200,070,000 fr. ; c'était, en retranchant cet article nouveau, une exportation triple de celle qui avait précédé la découverte de l'or.
Tout se ressentait de cette richesse. Les banques avaient une activité prodigieuse. De 77,500,000 fr.,. leurs avances et leurs escomptes se sont élevés, dans l'année 1856, à 355 millions ; leursbilletsen circulation, de 11,260,000 francsà 107,600,000 francs; leur réserve métallique, de 23,250,000 francs à 180 millions. Les capitaux étaient vivement demandés, et, par suite, l'intérêt de l'argent très-élevé. Immédiatement après la découverte, il monta à plus de 40 pour 100 ; il ne descendit plus au-dessous de 8 et de 9 pour 100 pour les prêts à long
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tenne ; et il était encore, en 1855, de 15 à 20 pour 100 dans le commerce.
Si nous considérons le prix des marchandises, nous trouvons les résultats suivants : l'hectolitre de froment, qui valait à Melbourne, 26 fr. 25 c. en 1861,37 fr. 50 c. enl853,56fr. 25 c. en 1854, jusqu'à 63 fr. 75 o. en 1855, est tombé à 33 fr. 75 c. et même un peu au-dessous en 1857 ; le pain de 2 kilogrammes de fr. 52 c. en 1851, s'est élevé d'année en année à 1 fr. 68 c. , à 2 fr. 20 c, à 2 fr. 50 c, jusqu'en 1856 où il a commencé à redescendre à 1 fr. 78 c. ; le beurre s'est élevé de 2 fr. 60 c. le kilogramme à 6 fr. 60 c, pour retomber à 4 fr. 50 c. ; la viande, vendue de 20 à 46 c. avant la découverte de l'or, était payée 5 francs en 1854, et variait entre 1 fr. 70 c. et 2 fr. 60 c. en 1856. Le thé se vendait 115 francs la caisse en 1852 ; il s'est élevé à 185 fr. en 1854, et est tombé à 160 fr. . en 1865; le sucre, de 2,000 francs le quintal, fe'est élevé tout à coup en un an à 4,300 francs ; en 1854, il était retombé déjà à 2,326 francs, et il est descendu jusqu'à 2,060; le tabac s'est vendu, au milieu de la cherté générale, à 60 pour 100 au-dessous du prix de 1852 ; le café a varié entre 1 fr. 90 c,
I fr. 26 c.^2 fr. 50 c, 1 fr. 05 c. et 2 fr. 10 c. le kilogramme. Le mille de briques de 38 francs est monté à 460 fr. et est retombé à 63 francs ; le fer, de 600 francs à 1,260 francs, puis à 800 francs.
L'augmentation est générale en Australie ; c'est un fait sur lequel les chiffres ne laissent aucun doute.
Mais l'augmentation a-t-elle été toujours en croissant? Non.
II est évident que la cherté a rencontré des limites qu'elle n'a pu dépasser sans être promptement ramenée en deçà. De 1851 jusqu'à l'automne de 1853, il y a eu un flot continuel d'immigrants ; le commerce ne pouvait suffire aux demandes ; les consommateurs avaient beaucoup d'or; aussi les prix des marchandises étaient-ils très-élevés, tandis que l'or ne valait que 2,420 fr. le kilogramme. L'hiver de 1853 fut un temps
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d'arrêt ; le commerce excité par l'appât de bénéfices considérables, avait apporté tant de marchandises que le marché se trouvait enfin en regorger. La perspective des gros profits avait provoqué des défrichements, fait naître des exploitations agricoles et industrielles, et donné une grande activité aux affaires. On payait alors jusqu'à 1,0S0 francs de loyer par semaine pour un magasin et deux chambres, jusqu'à 2,000 et 3,000 fr. pour une maison à deux étages ; le terrain se vendait dans CoUin's Street au prix fabuleux de 37,000 francs le mètre, au commencement de 1850. L'excès de la hausse amena la baisse. Un pareil changement était dans l'ordre naturel des choses; la hausse devait provoquer un excès d'importation, les marchandises recherchant toujours le marché où elles sont le plus payées ; mais la condition exceptionnelle où se trouvait l'Australie par le prix énorme de toutes choses, et par les débouchés restreints d'une population peu nombreuse, amena tout d'un coup un tel excès que la baisse fut une calamité terrible. Les marchandises furent vendues à l'enchère, au-dessous du prix de revient ; il y eut deux cent cinquante faillites en quatre mois, et les affaires furent paralysées pendant toute une année. Cependant les négociants effrayés cessèrent lArs importations, et le trop-plein s'écoula durant l'année 1855. L'équilibre se rétablit en 1856. Les prix, bien moins élevés qu'en 1853, étaient cependant de beaucoup supérieurs à ceux de l'Europe; les importations recommencèrent plus modérées, mais cependant très-actives encore; elles continueront ainsi tant qu'elles seront sollicitées par une différence sensible entre les prix du marché australien et ceux des autres marchés du monde.
L'augmentation a-t-elle porté également sur toutes les marchandises? Non. Il y a là un phénomène curieux à observer et que M. Newmarck a déjà signalé dans le dernier volume de l'Histoire des prix. Les produits du sol, tels que le beurre, le bœuf, le froment et le pain, que la volonté de l'homme
ne peut pas créer tout d'un coup, ni rassembler aisément de contrées diverses et éloignées sur un ml^.me point, sont ceux qui atteignent les prix les plus élevés, et qui diminuent le plus lentement. Les produits qui le commerce apporte ordinairement, et qu'il ne manque pas d'apporter en grande abondance, là où la demande est abondante, sont ceux qui baissent avee le plus de rapidité, et il n'est pas rare de les voir vendus à vil prix, même au milieu de la cherté générale : témoin le café. Les produits de Tindustrie nationale semblent, dans Téchelle^de la cherté, occuper le rang intermédiaire, parce qu'ils tiennent de la nature des uns et des autres.
Les salaires ont suivi à peu près les mêmes lois. Tout d'abord prodigieusement augmentés, quand les mines donnaient d'énormes profits ou n'inspiraient que des espérances, et que partout les bras faisaient défaut, ils se réduisirent promptement par suite de la réduction du profit des mines , par suite des déceptions de beaucoup de travailleurs et de Taffluence continuelle des immigrants ; ils sont cependant encore aujourd'hui, comme les prix des marchandises, bien supérieurs aux salaces de l'Europe.
Voici quel a été durant cette période le taux des salaires à Melbourne.