‹ La question de l'or; les mines de Californie et d'AustralieChapitre 131 sur 148 · LA QUESTION DE L'OR. UV. IV, CHAP. IX · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE L'OR. UV. IV, CHAP. IX

gent seraient retirées de la circulation et refondues. On fabriquerait de nouvelles pièces depuis 50 centimes jusqu'à 8 francs, pesant un dixième de moins que les pièces anciennes : ainsi le franc, par exemple, aurait un poids de 4 g. 50 au lieu de 5 gr. Les pièces d'argent perdraient ainsi 10 p. O/q de leur poids et de leur valeur ; car l'alliage resterait toujours fixé au dixième, et le franc, au lieu de contenir 4 g. 50 d'argent fin, n'en contiendrait plus que 4. L'argent ne serait plus qu'une monnaie de confiance ; aussi le projet déclare-t-il qu'on ne pourrait payer en argent qu'au-dessous de 40 francs. Nous avons dit que nous considérions la proportion de 10 p. O/o comme la meilleure qu'on puisse adopter aujourd'hui en France. Mais peut-être pourrait-on abaisser au-dessous de 40 francs le cours légal d'une monnaie qui ne représente pas sa valeur nominale. On ne peut être embarrassé en France que pour trouver l'appoint d'une pièce de 20 francs. Quoi qu'il en soit, le projel résout les principales difficultés de la situation.

L'adoption de l'étalon d'or nous donnerait la monnaie qui aujourd'hui convient le mieux à notre pays et nous mettrait à l'abri des inconvénients dont nous serons toujours menacés tant que nous conserverons nos deux étalons. L'étalon d'or n'arrêterait pas la baisse, sans doute ; mais l'étalon d'argent n'aurait pas à cet égard beaucoup plus de pouvoir ; et d'ailleurs nous avons montré, au livre troisième de ce travail , que s'il était possible de produire un retour subit et permanent aux bas prix, cette réaction aurait de fâcheuses conséquences. Âujourd'hui, c'est avec l'or que se font les payements ; et tout le monde, particuliers et gouvernement, a le droit de les faire ainsi : c'est encore ce que nous avons démontré. Aucune considération ne nous empêche donc de porter en France une loi déclarant que c'est en or que se feront, ou du moins sur l'étalon d'or que se régleront désormais les payements : Tinté^ét du présent et celui de l'avenir nous y convient.

CONCLUSION

Nous avons étudié les causes et les effets de la révolution économique à laquelle nous assistons depuis dix ans; nous Tavons suivie dans tous ses détails, examinant successivement la production actuelle des mines et leur avenir, la distribution des métaux et leurs divers usages, recherchant Tinfluence qu'a exercée et que peut exercer encore l'abondance de l'or sur le commerce et l'industrie, sur le taux de l'intérêt, sur le prix des denrées naturelles et des produits manufacturés, sur la condition des cultivateurs, des industriels, des ouvriers, des employés et des rentiers, sur les banques et sur le budget, sur la monnaie d'un pays qui admet un double étalon, exposant les divers moyens qui ont été proposés pour éviter les inconvénients de la baisse des métaux, et insistant particulièrement sur la question de la démonétisation de l'or ou de l'argent. Cet examen attentif nous a conduit à diverses conclusions qui peuvent être utiles à la fois à l'économiste et à l'administrateur, et dont nous n'avons plus qu'à rappeler sommairement au lecteur les plus importantes.

342 LA QdESTiON DE L*OR.

Voici le résumé des principaux faits que nous avons constatés :

l^ En neuf ans, de 1848 à 1857, 8,226,769,120 francs se sont ajoutés au capital monétaire des peuples civilisés et Font accru d'environ 25 p. O/q. L'augmentation est de 9 p. O/o sur l'argent et de 63 p. O/o sur l'or. La production annuelle des deux métaux, qui était en moyenne de 220 millions, est aujourd'hui de 913,085,000 francs.

La France avait un capital métallique de 3,500 millions, dont près des 5/6 étaient en argent. En dix ans, de 1848 à 1858, elle a reçu 4,077 millions de métaux précieux, et elle conservait au 1®' janvier 1858 un total de 4,886 millions dont plus des 2/3 étaient en or.

Il s'est donc opéré dans le monde civilisé et particulièrement* en France un grand changement dans la quantité et dans le rapport des deux métaux précieux, par suite de la découverte des mines de Californie et d'Australie.

2® Les 9/10 environ, c'est-à-dire la plus grande partie de ces métaux a été convertie en monnaie ; la consommation industrielle, quoiqu'elle soit devenue beaucoup plus grande, est restée et restera toujours, par la nature même des choses, bien au-dessous de l'augmentation du monnayage. La France, l'Angleterre et les États-Unis ont à eux seuls frappé pour 6,060,769,458 francs de pièces, dont plus de 6 milliards en or.

En France, de 1848 à 1857, on a frappé en moyenne 1/4 moins de monnaie d'argent et 22 fois plus de monnaie d'or qu'on n'en frappait autrefois. Le capital monétaire s'est élevé de 3 à 4 milliards, c'est-à-dire de 33 pour O/q. et, comme on a frappé 2,890 millions de pièces de monnaie, dont 1 milliard seulement est resté dans le pays, mais qui toutes ont séjourné plus ou moins longtemps dans le commerce, on peut dire que la circulation monétaire a augmenté durant ce temps de près de 50 p. O/q.

CONCLUSION. 343

3® Le prix des denrées naturelles s'est élevé en France, dans Tespace de dix ans, de 1847 à 1887, de 67.19 p. O/q. Celui des produits manufacturés de 14.94 : augmentation moyenne de toutes les marchandises, 41.61 p. O/q. L'argent avait donc perdu en France, en 18S6, 29 p. O/o de sa valeur en neuf ans. Mais cette hausse des marchandises était quelque peu exagérée par la disette et la spéculation.

Pendant que ce changement se produisait, le commerce extérieur augmentait de 75 p. O/o, Tindustrie devenait plus active, les cultivateurs s'enrichissaient, les industriels faisaient des bénéfices; au contraire les ouvriers, les employés et les rentiers subissaient des pertes et avaient à se plaindre de Tinsuffisance de leur salaire ou de leur revenu.

Cette hausse des prix doit être attribuée en partie à l'influence passée de la disette et de la guerre, en partie à Tinfluencc durable des progrès de la consommation, en grande partie enfin à l'accroissement de la circulation monétaire. En faisant abstraction des causes passagères de hausse et de baisse anormales, on peut évaluer l'augmentation moyenne des prix à 25 p. O/o, et la baisse de valeur des métaux précieux à 20 p. O/o, baisse dont les trois quarts environ sont dus à la production des mines, un quart au développement du crédit et à l'augmentation du nombre des consommateurs.

De ces faits découlent plusieurs conséquences, les unes théoriques qui intéressent la science et confirment ou complètent par l'expérience certaines lois économiques, les autres pratiques qui intéressent les hommes d'État.

Les conséquences théoriques sont :

i® La détermination de la loi qui régit la valeur des métaux précieux. Cette valeur, variable, ne se proportionne pas exactement, comme on l'a dit quelquefois, à la production des

mines, ni à Taccroissement ou à la diminution absolues de la quantité de métaux existant dans le monde ; mais elle a pour régulateurs, comme toutes les marchandises, Toffre et la demande, c'est-à-dire le rapport qui existe entre

la quantité de métaux actuellement disponible, multipliée par la rapidité de la circulation, d'une part,

et d'autre part, la somme totale des marchandises et du travail actuellement en vente, multipliée par la rapidité de la circulation et diminuée de toute la quantité achetée par le moyen du crédit.

2® La connaissance des effets produits sur la société par un accroissement subit de la quantité des métaux précieux. Cet accroissement fait hausser le prix de toutes les marchandises» et principalement celui des denrées naturelles dont la quantité ne peut être multipliée assez rapidement pour répondre à l'offre croissant des métaux : de là une grande activité du commerce et de l'industrie, et surtout de l'industrie agricole; de grands profits pour les cultivateurs, les commerçants et les industriels; mais une gêne temporaire ou permanente pour ceux qui n'ont pas une part immédiate dans les profits, et qui payent toutes choses plus cher, pour la classe ouvrière, pour les employés et pour les rentiers. Cette influence mêlée de bien et de mal détermine parfois ou du moins hâte le retour des crises commerciales. Toutefois, elle ne s'exerce que tant que la valeur des métaux s'abaisse et que le ralentissement de la production des mines ou l'accroissement de la production générale de l'industrie n'ont pas rétabli l'équilibre des prix. Mais, après qu'elle a cessé, il en reste un bien durable, l'activité communiquée au commerce et à l'industrie ; les effets s'en sont déjà fait sentir en France.

Les conséquences pratiques doivent être :

1® Une augmentation graduelle dans la circulation des billets de banque, et le développement général des institutions de

CONCLUSION. S45

crédit qui donneront à l'industrie et au commerce plus d'activité, répandront plus promptement le bien-être parmi les clas* ses dont le travail n'est pas assez rémunéré, et qui» en nécessitant une moindre quantité de monnaie métallique, procureront une notable économie sur le capital monétaire.

2® Une augmentation graduelle dans le traitement des employés et des fonctionnaires publics que la révolution monétaire a le plus fortement atteints.

3"^ L'adoption d'un seul métal pour étalon monétaire» et la démonétisation de l'argent. S'il y a, au milieu des révolutions souvent inévitables que nous venons de subir, un point sur lequel l'influence d'une bonne législation puisse être souveraine, c'est celui-là, parce que le mal provient non pas d'une cause naturelle, mais d'une mauvaise législation ; nous savons quels sont les inconvénients de la fausse situation de la France, qui est toujours réduite à n'avoir que celui des deux métaux que la spéculation veut bien lui laisser. Il y a dix ans on pouvait discuter sur le remède à adopter et hésiter entre l'or et l'argent; aujourd'hui, les faits accomplis nous ont trop engagés pour que nous puissions reculer : l'intérêt du présent et celui de l'avenir nous commandent de prendre l'or pour étalon monétaire. Puissions-nous le faire assez tôt pour éviter de nouvelles révolutions monétaires et pour ne pas laisser la spéculation particulière profiter des bénéfices de la réforme qui appartiennent légitimement à l'Etat I

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