DE LA CONSOMMATION DANS LES AUTRES PAYS
Ces chiffres montrent d'une manière évidente toute l'importance qu'a le monnayage dans la consommation des métaux précieux. Il absorbe presque entièrement ce que produisent les mines, et Ton peut dire que, comparés au monnayage, les autres débouchés sont à peu près insignifiants. 8,226,769,820 francs ont été extraits des mines durant neuf ans, et, durant ces neuf années, 6,060,769,458 francs, c'est-à-dire les trois quarts, ont été convertis en monnaie dans les trois pays dont nous nous occupons en ce moment. La proportion est plus forte encore pour l'or : ce sont environ les 5/6 de la quantité produite dans lè monde qui ont été monnayés.
Sans doute bien des lingots ont passé plus d'une fois sous le balancier. La France a retiré de la circulation pour plus de 48 millions de petites pièces de 10 francs; plus d'un dollar est venu, à Londres et à Paris, se convertir en souverains et en napoléons ; et, sur ces 6 milliards, il y. a une forte somme à retrancher pour les doubles emplois. Mais, pour être les pays où l'on fabrique le plus de monnaie, la France, les États-Unis et l'Angleterre, n'ont pas le monopole du monnayage dans le monde. La Russie, l'Autriche, la Prusse, l'Espagne, avaient, dit-on, en 1848, une circulation monétaire, qui variait de 340 à 500 millions. L'Europe, moins l'Angleterre et la France, possédait plus de 2,500 millions. Sa richesse métallique s'est accrue d'un milliard au moins, que n'ont pas fourni seulement les espèces anglaises et françaises, mais aussi des lingots venus directement des mines et frappés dans les hôtels de monnaies des divers États. Il en est de même en Amérique, où le monnayage a considérablement augmenté au Mexique, au Chili, au Brésil. En réunissant le monnayage de tous les pays, déduction faite des doubles emplois, on arriverait aisément h un chiffre de 7 milliards, et à cette conclusion, que la monnaie figure à peu près pour les 9/10 dans l'emploi des métaux précieux.