‹ La question de l'or; les mines de Californie et d'AustralieChapitre 44 sur 148 · RÉSUMÉ. — QDBL EST LE VÉRITABLE DÉBOUCBÉ DES MÉTAUX · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ. — QDBL EST LE VÉRITABLE DÉBOUCBÉ DES MÉTAUX

marché. On peut en dire presque autant de ia bijouterie et de l'orfèvrerie . Sans doute, l'augmentation peut être sur cesarti^ clés beaucoup plus grande que sur la dorure et l'argenture : néanmoins elle est encore très-limitée. Il y a deux classes de personnes qui portent des bijoux : les gens riches qui achètent des objets de grande valeur et les changent souvent, les gens de médiocre fortune qui n'ont guère que les bijoux exigés par les convenances de la mode, et qui en changent peu. Pour les premiers, la main-d'œuvre et les pierreries constituent surtout le prix du bijou ; l'or n'y entre souvent pas pour un dixième, et une diminution même de moitié dans la valeur des métaux n'aurait pas d'influence sensible sur la consommation. Pour les seconds, la valeur de la matière première n'est pas sans importance; et, de ce côté, la baisse doit sans aucun doute augmenter la consommation. Mais dans quelle mesure ? Â peu près dans la mesure de la diminution des prix. Or, je prends un bijou dans la valeur duquel la matière enlre pour une moitié et la façon pour une autre moitié, et je ne prends pas ce rapport au hasard : c'est celui qui existe dans les chaînes, un des articles de bijouterie où la main-d'œuvre est la moindre. Je suppose maintenant que l'or ait perdu moitié de sa valeur ; le bijou perdra un quart de la sienne, et, par conséquent, on en fabriquera un quart en plus. Mais à quelle condition cette augmentation aura-t-elle eu lieu? A condition que les métaux auront perdu moitié de leur valeur, c'est-à-dire que les mines auront, je ne dis pas produit le double de ce qu'elles produisaient, mais doublé le capital métallique du monde, c'est-àdire élevé à plus de 60 milliards les 31,500 millions qui existaient en 1848 ; car c'est là jusqu'à présent la seule mesure que nous puissions donner de la valeur des métaux. Le même raisonnement s'appliquerait à l'orfèvrerie, mais avec une proportion un peu différente, parce que dans la vaisselle la valeur de l'argent est plus importante que celle de l'or dans le bijou. Ainsi donc, en admettant que la France emploie aujourd'hui,

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en 1886, 10,000 kilogrammes d'or, que sur celte quantité 4,000 servent aux bijoux riches, 6,000 aux bijoux ordinaires; si le capital métallique du pays venait à doubler, c'est-à-dire à s'élever de 4,800 millions à 9,600 millions, la bijouterie augmenterait sa consommation de 1,500 kilogrammes, le quart de 6,000. En estimant le kilogramme, même à 3,000 francs, on aurait 4,500,000 francs. Ce serait bien peu de chose pour faciliter l'écoulement des 4,800 millions, que la France aurait reçus.

Je sais que la production ne suivrait pas exactement la ligne que je lui trace. Le bon marché provoque en général une consommation un peu plus grande que je ne l'ai indiquée; le luxe peut exercer une grande influence sur l'industrie des bijoux : nous le voyons par les bureaux de garantie qui accusent aujourd'hui 10,700 kilogrammes, tandis qu'ils n'en donnaient en moyenne que 5,000 de 1830 à 1848. Mais j'ai voulu montrer seulement que l'abaissement de la valeur de l'or ne produirait pas, ainsi que l'ont cru plusieurs économistes, une consommation industrielle beaucoup plus grande , comme un abaissement dans la valeur des cotons en produirait dans la consommation des cotonnades.

On ne peut prévoir, il est vrai, à quels usages l'or peut un jour servir. Ce merveilleux métal, si malléable, si dur, si brillant, si inaltérable, serait capable de rendre des services sans nombre à l'industrie, s'il était jamais possible de se le procurer à bon marché. Mais dans tous les usages qu'on peut imaginer, l'industrie rencontrera toujours le même obstacle et la même limite que dans la bijouterie et l'orfèvrerie. La maind'oèuvre formera toujours une portion assez considérable du prix total de l'objet manufacturé, et de ce côté la baisse du métal ne produira pas un accroissement proportionnel de la consommation, tandis qu'elle le produira nécessairement du côté de la monnaie, dont les frais de fabrication sont à peu près nuls. Je suppose aujourd'hui que la monnaie emploie par

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an 900 millions et Tindostrie 90 d'or, et que lés produits industriels acquièrent par la main-d'œuvre une valeur totale de 180 millions; si Tor venait à doubler en quantité, et à perdre en même temps la moitié de sa valeur, il faudrait pour la monnaie i ,800 millions ; mais les produits industriels qiii n'auraient perdu que le quart de leur valeur (la moitié de 90 millions) n'exigeraient mathématiquement, pour représenter la même valeur, que 30 millions de matière première, auxquels s'ajouteraient 30 millions de main-d'œuvre, ce qu'on peut représenter par ce calcul.

Y '■■t. prem. -f- ^0 main-d'oeavre -{" -«r OQ'^t' prem. 4" 30 main-d^oearre =: 180

Ainsi l'industrie, qui proportionnellement aurait dû prendre 90 millions pour que l'accroissement de sa consommation fût au moins égal à l'abaissement de valeur du métal, ne prendrait que 30 millions ou le tiers, et il resterait encore 60 millions qui se répartiraient entre la monnaie et l'industrie, mais dont la monnaie aurait la plus forte part.

C'est là une hypothèse toute gratuite ; mais c'est néanmoins la marche générale des phénomènes, dégagée des causes secondaires qui peuvent la modifier ; et, tant que les métaux précieux continueront à faire les fonctions de monnaie, la consommation industrielle sera renfermée dans des bornes qui ne lui permettront que de suivre à distance la baisse des métaux et ne lui laisseront qu'uile faible action pour retarder celte baisse.

Si l'or et l'argent éprouvaient jamais une baisse si rapide et si grande, qu'on fût obligé de renoncer à s'en servir comme de monnaie, les choses se passeraient tout autrement; l'industrie des métaux précieux recueillerait toute la masse existant sur le marché, et profiterait de toute la baisse de la matière première, comme cela a lieu dans les autres industries. Mais c'est là un changement dont nous n'avons pas à nous préoccuper, tant il est éloigné de nous ; pour ma part, je crois fer-

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mement que jamais pareille révolutioji ne se produira, parce que jamais la baisse ne sera assez brusque pour qu'on renonce aux immenses avantages qu'ont Tor et l'argent comme monnaies.

Il n'existe donc, dans l'état actuel des choses, et de longtemps il n'existera, pour les métaux précieux, qu'un grand débouché : c'est la monnaie. De ce côté seul, il n'y a pas de limite, parce que, suivant l'expression d'un économiste célèbre» il n'y a jamais de trop-plein dans la monnaie. Le mardié a-t-il juste ce qui lui est nécessaire ; qu'il en arrive le lendemain une somme qui double celle qui existait la veille, toutes autres choses restant d'ailleurs égales, la valeur des métaux baissera de moitié, et le marché aura encore juste la quantité de monnaie qui lui est nécessaire. C'est donc sur la monnaie que les mines de Californie et d'Australie exerceront leur principale influence, comme l'ont exercée déjà au xvi^ siècle les mines du Mexique et du Pérou. Aussi, sans nous occuper plus longuement des autres emplois, nous traiterons au livre suivant des métaux considérés dans leur rapport avec la monnaie, et des effets économiques qu'ils produisent sur la condition des personnes et sur la fortune publique.

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