NATUBE ET ROLE DE LÀ MONNAIE. 13J
que des valeurs égales entre elles ; et toute vente et tout achat est une opération complète dans laquelle chacun donne juste autant d'utilité qu'il en reçoit. Si je vendais hier l'hectolitre de blé 30 francs, c'est que j'estimais qu'un hectolitre de blé a la même utilité que les 135 grammes d'argent contenus dans 30 francs ; si je le vends aujourd'hui 32 francs, c'est que j'estime que le blé a une plus grande utilité que 135 grammes, ou, ce qui revient ici au même, que l'argent en a une moindre qu'hier. De là les définitions très -justes que les économistes ont données de la monnaie, et dans lesquelles ils se sont appliqués à faire ressortir la véritable nature de la monnaie, qui n'est autre chose qu'un produit du travail humain, une marchandise s'échangeant contre une marchandise de même valeur, et soumise par conséquent aux variations de l'offre et de la demande : < La monnaie est un instrument qui, dans les échanges, sert de mesure, et par lui-même est un équivalent ^ »
Nul aujourd'hui ne conteste une pareille définition. C'est pour n'avoir pas connu le principe sur lequel elle se fonde que les rois du moyen âge ont si follement altéré leurs monnaies, affaiblissant arbitrairement le titre ou diminuant le poids du métal contenu dans chaque pièce, et s'imaginant qu'elle conserverait la même valeur, parce qu'ils lui conservaient la même apparence extérieure et le môme nom. Mais les principes méconnus ont prouvé leur puissance, en réduisant toujours, en dépit des ordonnances des rois, la valeur d'acquisition des monnaies dans la proportion du métal fin qu'ils y laissaient. '
La nature de la monnaie est donc d'être un équivalent qui s'échange, comme toute marchandise, suivant sa valeur actuelle contre une valeur égale ; son rôle est d'être une mesure et un intermédiaire universel, et par là elle se distingue des autres marchandises.
< Définition donnée par M. Michel Chevalier.
134 LA QUESTION DE l'oR. UT. III, CHAP. I.
Tant que les hommes sont réduits au troc, les relations commerciales sont difficiles et rares. Dès que la monnaie paraît, elle permet de multiplier les échanges et donne naissance au véritable commerce. Le travail est stimulé, l'industrie animée par la circulation plus rapide des produits, la richesse augmente, et l'usage de la monnaie exerce sur la prospérité du pays la même influence que la construction de routes et de canaux sur une contrée auparavant isolée du reste du monde. « A mesure que la monnaie s'accrut, dit un des plus illustres partisans de la monnaie, les désavantages et les inconvénients de l'échange furent écartés; on employa l'oisif et le pauvre; on cultiva une plus grande étendue de terrain : les productions s'augmentèrent ; les manufactures et le commerce se perfectionnèrent; les propriétaires vécurent mieux, et les classes inférieures du peuple furent moins dans leur dépendance. »
Mais, en reconnaissant les avantages incontestables de la monnaie, il faut bien se garder de les exagérer, c'est un danger auquel n'a pas échappé l'auteur dont nous venons de citer les paroles. Parce que l'or et l'argent étaient recherchés par tout le monde, non-seulement comme une valeur ou une richesse particulière, mais comme le signe de toutes les valeurs ou de toutes les richesses, on a confondu le signe avec la chose signifiée ; on a cru que les métaux précieux étaient la véritable, et pour ainsi dire la seule richesse, et que la quantité d'or possédée par une nation était la mesure exacte de son degré de prospérité. De cette erreur, accréditée dans les siècles passés par un grand nombre de penseurs et d'hommes d'Etat illustres, est née la théorie de Técole mercantile dont la science a fait justice depuis longtemps, sans être parvenue à détruire dans tous les esprits certains préjugés qu'elle y avait semés. Non, la monnaie n'est pas toute la richesse : il s'en faut de beaucoup. Si son rôle lui donne dans les phénomènes économiques une trèsgrande importance, elle n'en reste pas moins par sa nature un produit, une marchandise, qui dans l'ensemble de la richesse