‹ La question de l'or; les mines de Californie et d'AustralieChapitre 48 sur 148 · NATURE ET ROLE DE LA MONNAIE · texte numérisé non relu

NATURE ET ROLE DE LA MONNAIE

Iters avee un pain ; mais je sais que je donne vingt paires de souliers, et que le boulanger donne cent pains pour un bœuf, et de là je conclus que ma paire de souliers vaut cinq pains : voilà le rôle de Fintermédiaire. C'est là encore une mesure bien imparfaite. Il peut y avoir une bien grande différence entre un bœuf et un autre bœuf; et d'aiHeurs comment faire accepter un vingtième, un trentième de bœuf à qui n*a pas besoin dans le moment de viande de boucherie?

Les métaux précieux, or et argent, étaient au nombre des intermédiaires dont on se servait primitivement. L'or et l'argent sont très-recherchés pour servir de parure; ils sont inaltérables; on peut les conserver indéfiniment sans qu'ils se corrompent ou subissent la moindre perte. Ils sont parfaitement homogènes, facilement divisibles, et chaque partie vaut toujours autant que toute autre partie ou toute somme départies de même poids. Ils sont moins exposés que la plupart des autres produits à varier de prix sous l'influence des saisons ou d'autres causes; il est difficile de les falsifier; on les distingue aisément de tout autre corps, et ils ont une grande valeur sous un petit volume. Ces nombreux avantages les rendaient plus propres que tout autre objet à servir d'intermédiaires, et ne tardèrent pas à les faire préférer chez toutes les nations civilisées. On échangea l'or et l'argent contre toute marchandise, comme le pécheur et le chasseur de l'ile déserte échangeaient leurs produits, c'est-à-dire en donnant des valeurs égales ou des utilités équivalentes, déterminées autant que possible par un même coût de production. Le cordonnier vendit ses souliers contre un certain poids d'or qu'il mit en réserve pour acheter, quand il en aurait besoin, du pain ou des vAtoments, certain que son or ne subirait dans l'intervalle aucune dépréciation, et qu'il serait accepté avec empressement par le boulanger et par le tailleur. En conservant cet or, il conserve non pas un signe, une abstraction, mais le produit d'un travail équivalent au sien, une valeur égale à celle de sa paire de souliers, et qui a sur

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cette deroière Tavantage d'être immédiatement convertible en une marchandise quelconque.

De là à la monnaie, il n*y a qu'un pas, qu'un degré de plus dans la simplification des échanges. C'était un embarras que d'être obligé à chaque vente et à chaque achat de vérifier le poids et la pureté du métal. Lies États, dans l'intérêt commun, dispensèrent leurs citoyens de ce soin. Ils fabriquèrent des disques de métal de diverses dimensions, mais de manière que les plus petits fussent des subdivisions exactes des plus grands ; ils leur donnèrent un poids et un titre déterminés ; ils y inscrivirent un signe ou un nom qui rappelait ce poids et qui n'était souvent que le nom même des poids en usage dans le pays. Ces disques furent ce qu'on appela les pièces de monnaie ; et l'échange, à quelques exceptions près, n'eut plus lieu que par leur intermédiaire. Ils ne différèrent du métal brut que par l'empreinte qui en rendait Tusage plus commode. On échangea une paire de souliers à Athènes contre un certain nombre de drachmes, à Rome contre un certain nombre d'as, comme on l'avait échangée auparavant contre un certain poids d'or ou d'argent. C'était toujours une marchandise qu'on ne troquait contre une autre que parce qu'on lui reconnaissait la même valeur.

Historiquement l'échange n'a pas subi partout toutes ces vicissitudes avant d'arriver à la monnaie ; mais c'est là néanmoins la formation logique de la monnaie, et l'histoire de l'antiquité fournit plus d'un exemple qui prouverait que la logique n'est pas en désaccord avec les faits. C'est de là aussi que se tire le principe dont les théories économiques ne peuvent impunément s'écarter. On commence par échanger une marchandise contre toute autre marchandise de même valeur ; puis on cherche une marchandise qui serve à tous les échanges ; on adopte les métaux précieux, et on fabrique les monnaies. Mais, dans tous les cas, depuis le troc primitif du sauvage jusqu'au commerce du négociant du xix^ siècle^ on n'échange jamais

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