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Si nous considérons ces chiffres depuis le mois de janvier 1881, nous trouvons presque à chaque trimestre une progression constante dans le prix de l'hectolitre, qui s'élève de 12 fr. 68 c. à 36 fr. 32 c. en 1885, et à 36 fr. à la fin de 1886. Gardons-nous bien d'en conclure que les prix ont en général triplé, et que l'or a perdu les 2/3 de sa valeur. Des causes particulières, que nous connaissons tous, ont produit cette énorme et rapide augmentation. Au commencement de l'année 1881, l'abondance de la dernière récolte avait fait descendre le blé au-dessous du prix rémunérateur ; c'était une situation anormale, qui malheureusement n'est pas sans précédent en France, mais qui ne peut jamais durer longtemps. Les prix se sont relevés en 1882 et au commencement de 1883, et ont atteint une moyenne d'environ 82 grammes. A cette époque sont survenues la mauvaise récolte de 1583, bientôt suivie de la récolte médiocre de 1888, et la guerre qui nous a privés des blés de
176 LA QDfiSTION DE LOR. LIV. lll, CHAP. V.
la roer Noire. La cherté a succédé au bon marché, et le blé s'est élevé à 36 fr. 32 c. L'extrême cherté et l'extrême bon marché ne sont que des accidents, et on ne doit pas les prendre pour règle de la valeur. En Angleterre, où la disette ne s'est pas fait sentir aussi vivement qu'en France, les variations de prix ont été un peu moindres. L'hectolitre y valait en moyenne, avant 1847, 21 fr. 50 c. La disette de 1847 le porta à 29 fr. 75 c. Depuis cette époque il a valu :
En 1848, — 21 50
En 1853, — 22 80
Il est évident, d'après ces chiffres, qui confirment notre opinion, qu'en Angleterre le prix qu'on peut appeler naturel était, il y a dix ans, de 21 fr. 50 c; qu'une baisse factice a eu lieu après 1848, et que l'insuffisance des récoltes a produit ensuite, depuis 1854, une hausse anormale. Cependant la persistance même de la cherté est un fait plus sérieux qu'on ne le pense. Il y a longtemps qu'on n'avait accusé la terre d'une aussi longue série de mauvaises récoltes. En 1847, il y avait eu disette, et le prix du blé s'était élevé plus haut qu'il n'a jamais fait depuis 1853; mais dès la récolte suivante, il ét^t retombé à son prix naturel. Cette fois quatre récoltes se sont succédé sans que le blé soit revenu à son ancien cours. Un instant il a paru fléchir après la récolte de 1854 , sans descmdre toutefois au-dessous de 26 fr. en moyenne; encore cette diminution jpie s'est-elle pas fait sentir en Angleterre. Mais le mouvement ascendant a recommencé avec la récolte de 1855, à la fin d'août 1857, le blé valait encore, sur le marché de Paris, 25 fr. l'hectolitre. Pendant quatre ans il n'est pas descendu au-dessous de ce chiffre, et la moyenne générale est supérieure à 30 fr., c'est à dire qu'elle est de 1/3
INFLUENCE DE l'oR SUR LE PRIX DES HARGflANDiSES. 177
plus élevée que le prix normal de 1848. La récolte de 1855 n'était pourtant pas une mauvaise récolte ; si celle de 1886 a été mauvaise dans le midi, elle n'a été que médiocre dans le centre, et eHe a été bonne dans le nord, la partie de la France la plus riche en céréales. Au milieu de toutes les causes accidentelles de cherté, apparaît donc une cause permanente, l'abaissement delà valeur des métaux. La récolte de 1857 a été une récolte exceptionnelle : on avait rarement vu une aussi belle moisson ; celle de 1888 paraît devoir être plus belle encore : après les années de disette viennent les années d'abondance. Ce brusque changement a eu pour effet de produire tout à coup une baisse considérable; le froment est tombé à 18 et à 16 francs, quelquefois même au-dessous, et il est probable que le blé sera encore bon marché à la fin de l'année 1858. Ce n'est pourtant là qu'un fait passager. Les cultivateurs se plaignent, et ce n'est pas sans raison. Les pertes qu'ils éprouvent les engageront à employer à d'autres cultures les terres ensemencées en blé. L'abondance deviendra un peu moindre, et il se produira cette fois ce qui se produit d'ordinaire en pareille circonstance. Quand le trop plein des granges sera écoulé, quand la crainte d'une baisse plus forte ne multipliera plu3 les vendeurs, le froment reprendra son niveau sur le marché, et les prix s'élèveront de manière à procurer au cultivateur une juste rémunération de son travail, mais en restant toutefois beaucoup au-dessous du prix de disette.
Lorsque se produisit la grande révolution économique du XVI* siècle, l'augmentation des prix suivit une marchie k peu près semblable. En 1826 et en 1827, l'hectolitre valait (m moyenne, à Paris, 18 grammes d'argent fin. La récolte de 1827 est mauvaise; le blé monte aussitôt à 38 grammes, il atteint même 70 grammes en 1831, et la cherté dure pendant quatre années consécutives, de 1828 à 4832. Viennent ensuite les bonnes récoltes ; le blé baisse, mais l'influence des mines d'Amérique s'était fait sentir en même temps que la disette. Le blé