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III. — LE PRIX DES PRODUITS NATURELS

Quand le blé est cher, toutes les denrées alimentaires lef sont aussi. La hausse est comme une contagion qui se communique rapidement de proche en proche, parce que les consommateurs, contraints de se restreindre sur un article, se rejettent sur les autres ; on mange plus de viande et de légumes quand on mange moins de pain. Mais la hausse des denrées alimentaires reste néanmoins bien au-dessous de la hausse du blé, quand aucune autre cause ne vient se joindre à la mauvaise récolte.

En Angleterre, le rhum, le café, le beurre, le bœuf et le porc, tous articles d'une consommation journalière, ont éprouvé une augmentation moyenne de 28 p. 100 de 1851 à 1857.

En France, les mercuriales des marchés et les cotes de la Bourse donnent, pour les denrées qui sont le produit de notre sol et pour celles que nous importons, les chiffres indiqués au tableau que nous donnons ci-dessous (prix de janvier).

Farioeft bhm-

cbes, 100 kil.

28 fr.»

87 fr.»

85 fr.»

lOlflr.i

108 fr.»

Foin, tes 800 k.

Pommes de

terre de Hol-

lande, l'hect.

It »

QBufs, le mille.

Hnile d'olive

comm« , les

100 kil. . . .

no ••

YindeBor-

deaax, ordi-

naire, pièce.

Kaa-de-vie de

MoatoeUier , »«,Thect..

PaQle de blé. .

fO »

Luzerne ....

Graine de trè-

fle, les 100k.

uo «

Sucre indigène

4«ordin.,le8

100 kil

Café Haïti or-

' dlnn, lekil.

180 LA QUESTION DE l'oH. LIV. ]I1, CHAP. V.

La comparaison des prix de 1847 et de 1856, deux années durant lesquelles le blé s'est vendu cher, donne un rapport de 100 à 120, et par conséquent une augmentation moyenne de 20 pour 100. Cette augmentation ne porte pas également sur tous les articles; remarquons déjà que des causes accidentelles et temporaires ont doublé et presque triplé le prix des vins. D'autres causes ont agi sur quelques marchandises, la paille, le foin, la luzerne, la pomme de terre qui ont diminué; ce fait s'explique de lui-même, quand on se rappelle que les pommes de terre avaient manqué complètement en 1846, que la récolte des fourrages et des céréales avait été bien plus mauvaise, et le prix du blé plus élevé de 3 francs en 1847 qu'en 1856 ; si on ne prend ces mêmes marchandises qu'à dater de 1^49 et de 1850, on s'aperçoit qu'il y a dans les prix une progression presque constante.

Si nous trouvons dans les produits naturels qui ne sont pas destinés à l'alimentation une hausse à peu près semblable, il faudra bien reconnaître que la disette n'a pas été l'unique et toute-puissante cause de la cherté, et qu'une demande plus considérable, ou une altération de la mesure des échanges, l'un et l'autre à la fois peut-être, ont fortement agi sur les prix.

Voici quelques prix de matières premières à Londres :

C6ton de Géorgie, le kilog. . .

Bois de charpente (loadj . . .

Etaia, les 1.000 kilog ....

Cuir, le kilog . . i. . . . .

Ifr.SO

lfr.18

Ifr.tO

lOO »

Ifr.lO

lfr.18

Ifr.SS 106 2S

Le rapport moyen des prix de 1851 et de 1886 est de 100 à 156, et l'augmentation est de 56 pour 100, c'est-à-dire qu'elle est en Angleterre deux fois plus forte sur les matières premières que sur les denrées alimentaires que nous avons

INFLUENCE DE l/OR SUK LE PHIX DES MARCBANDISES. 181

prises pour exemple. 11 est donc évident qu'il y a eu une augmentation très-€onsidérable sur tous les produits naturels en général» indépendamment derinfluence exercée par la disette. Remarquons toutefois que ce chiffre ne peut être donné comme une mesure exacte pour la Grande-Bretagne. Nous n'avons pas tenu compte, dans les denrées alimentaires, du blé dont le prix a triplé, et nous avons omis un grand nombre de mar lieras premières sur lesquelles l'augmentation est moindre. MM. Tooke etNewmarch, opérant sur des données plus complètes dans leur histoire des prix, trouvent que l'élévation est de 40 à 50 pour 100 sur les provisions de bouche, et de 30 à 60 sur les matières premières.

En France, la seule mesure exacte des variations de prix est celle que fournissent les relevés officiels du commerce extérieur. En 1826, on a commencé, dans les comptes rendus du commerce, à exprimer en francs la valeur de toutes les marchandises importées et exportées ; on a choisi les prix moyens de l'année, et on les a pris comme des types invariables devant servir à comparer les changements de noire commerce : ces prix s'appellent les valeurs officidles. Mais les valeurs officielles avaient, au bout d'un certain nombre d'années, cessé d'être vraies, et ne donnaient plus l'état réel, mais seulement l'état comparatif des importations et des exportations. En 1848, on imagina, pour réunir les deux avantages, de joindre à ces valeurs officielles les valeurs actuelles^ c'est-à-dire le prix réel auquel s'étaient vendues les marchandises pendant l'année courante. On appliqua ce système d'abord aux comptes de^ 1847 ; depuis ce temps, il a été suivi chaque année, et les prix sont discutés et fixés par une Commission nommée par le ministre. C'est donc là, malgré les erreurs inséparables d'un pareil travail, la seule base sûre d'une évaluation comparative des prix dans le passé et d'une estimation de la baisse des métaux.

Nous donnons le tableau dos principaux produits naturels h

182 LA QUESTION DE l'OR. LI?. III, CHAP. Y.

rimportation et à l'exportation. La première colonne de chaque année contient les valeurs officielles exprimées en millions de francs avec une décimale : ces chiffres, montrant d'année en année l'augmentation de nos affaires avec l'étranger pour chaquearticlede notre commerce, confirmentet complèlenldans les détails ce que nous disions en général au chapitre précédent sur les progrès de notre industrie. La seconde colonne contient

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