‹ La question de la Légion étrangèreChapitre 22 sur 41 · DÉJEUNER DINER · texte numérisé non relu

DÉJEUNER DINER

Potage semoule Soupe aux pâtes

Hachis Parmentier Bœuf sauce tomate

Nouilles au four Pommes en salade Café

Au Tonkin, le menu est plus savoureux encore, témoin celui-ci, pris au hasard parmi cent autres;

Journée du 2 avril, à An-Ky

MA.TIN SOIR

Soupe aux légumes Soupe grasse

Œufs sur le plat Omelette aux oignons

Bœuf mode Bœuf rôti

Ragoût de pommes Tripes à la mode de Gaen

Poulet rôti Choux-raves au jus

Salade Salade, bananes

i/4 vin, café i/4 vin, thé

Ce sont là, on en conviendra, des ordinaires capables de faire envie à bien des gens, et en regard desquels il serait intéressant de pouvoir placer ceux d'un régiment allemand quelconque.

Mais les témoignages qui précédent ont paru dans des journaux français, et peuvent donc être considérés, par les Allemands, comme sujets à caution. En voici d'autres, rassemblés au hasard de mes dernières lectures, et qui ont été adressés à des organes étrangers.

On a déjà vu (chapitre VI) celui d'un Allemand, publié par le Vorwaerts du 8 septembre. Il se résume ainsi : Service très dur en raison des circonstances, mais nullement par la ifaute des chefs, qui traitent les légionnaires en soldats et même, peut-on dire, avec amitié.

Pareillement, le Petit Bleu, de Bruxelles, a donné l'intéressante lettre qui suit, écrite par

un légionnaire belge à son père, qui s'était inquiété des sinistres « révélations » publiées sur la Légion ; elle a été reproduite par le Matin du 8 août :

Guîcer (Maroc), 29 avril 191 1.

Mon cher père,

J'ai reçu votre . lettre et la coupure du journal bruxellois que vous m'avez envoyée relative à la Légion étrangère. J'ai lu cette coupure avec une violente indignation et je tiens à vous déclarer formellement que tout ce qu'elle raconte est complètement faux.

Je vais reprendre point à point cet ignoble article :

i° Il n'existe aucun racolage pour la Légion. Cha- 1 cun y vient librement et la visite médicale avant l'incorporation est même si rigoureuse que beaucoup de ceux qui veulent s'engager ne sont pas acceptés par le médecin ;

20 Notre sort à la Légion n'est nullement le sort d'un esclave. La discipline est paternelle et bien moins dure, d'après mes camarades, que dans certains régiments de l'Est de la France ;

3° Ce n'est à la Légion ni la réclusion, ni la prison ; c'est la vie libre militaire sans brutalités. Le» gradés nous estiment et savent, quand il le faut, nous passer de petites fautes qui seraient sévèrement punies dans d'autres armées ;

4° Comme vous le voyez, par ce que je viens de vous dire, la Légion n'est pas un enfer ; nous avons tous les dimanches et les jours de fête pour nous amuser librement ;

5° Notre vie n'est nullement la vie uniforme de caserne. Ce n'est qu'à la portion centrale, à Saïda, qu'il y a un peu de service de caserne ; mais les hommes y restent à peine quelques mois, car dès que leur instruction est terminée, ils sont versés dans d'autres garnisons, où le service est bien moins chargé.

Quant à la nourriture, je suis certain que bien des ménages se contenteraient de notre ordinaire. Je vous donne ci-dessous le menu qu'on va nous servir le dimanche matin, 3o avril :

Comme petit déjeuner du matin, bous aurons du chocolat au lait. Ensuite, à dix heures, le repas suivant : potage velours, salade de harengs et cents durs, chouchoute, beefsteack, navets sautés à la Vichy, jjiu>

neaux au vin, vin, café au tafia. Le soir, nous aurons un potage, un pîat de viande, un plat de légumes, un dessert, et bien entendu du café et du vin (i).

Tout cela en plein Maroc, à plus de 100 kilomètres de Casablanca.

Dans l'après-midi, il y aura des jeux divers à l'occasion de la fête du régiment avec 3o francs de prix offerts par le capitaine et les sous-officiers.

Vous voyez que nous sommes loin de l'enfer annoncé par le journal allemand.

La solde n'est pas très forte, en effet, pour les engagés ; mais les rengagés ont tous les dix jours 8 fr.5o ou 1 1 francs comme argent de poche ;

6° Tous ceux qui veulent s'en donner la peine peuvent avoir de l'avancement.

Il y a dans ma compagnie un caporal espagnol et un caporal allemand ; mon sergent-major est belge ; il va s'en aller bientôt avec au moins 1.000 francs de retraite et la médaille militaire, qui lui rapporte encore ioo francs par an. Dans ma compagnie, sur trois

(i) On voit, par cet exemple et par le précédent, que dès que les Légionnaires sont en campagne, on améliore encore leur excellent ordinaire, au moins tant que cela est possible. Sans doute, ils peuvent être soumis à des priva- : tions, mais : à la guerre, comme à la guerre !

•élevés caporaux, deux sont allemands et le troisième japonais. A Ber-Rechid, à deux étapes d'ici, il y a tfn adjudant roumain, un sergent-majoF et plusieurs sergents allemands.

Mon cher père, je m'arrête, car j'en aurais trop à^ te dire pour protester contre l'article que vous m'avez envoyé. En somme, les légionnaires sont heureux, bien nourris, bien habillés, bien couchés et bien traités. Il ne faut rien demander de plus et mépriser les attaques qu'une jalousie mal placée organise contre la Légion étrangère.

Van Eckaute.

ù* compagnie, 2e étranger, à Guicer

par Casablanca (Maroc).

Dans la Gazettede Lausanne du 29 août 1913, on trouve des déclarations semblables, faites par un ancien légionnaire allemand, nommé François Boillet.

Vous avez lu dans les dernières dépêches comment les Allemands maltraitaient avec acharnement la Légion étrangère. J'ai honte de mes compatriotes, et malgré^mon origine badoise, je me fais un devoir de crier bien haut que ce ne sont là que calomnies.

Pendant douze ans que j'ai servi le drapeau tricolore, au Soudan, au Maroc, jamais je n'ai eu à me plaindre de mauvais traitements. Il en est de même de tous les Allemands et soldats de toutes les nations que j'ai connus et qui ont combattu à mes côtés. Tous sont unanimes à proclamer la bonté de nos chefs et la justice, la clémence même qui régnent dans les régiments étrangers. Et ce que j'avance, je puis le prouver.

Voici de nombreuses lettres écrites en français et en allemand qui me sont parvenues d'anciens camarades de la Légion. Quelques-unes prouvent surabondamment qu'on n'est pas malheureux à la Légion. Du reste, pour vous montrer la bonté de nos chefs, je vais vous citer une anecdote.

Au retour d'une reconnaissance, un de nos camarade^, exténué de fatigue, sortit des rangs et s'affala sur le talus bordant la route. Notre capitaine, voyant cela, descendit immédiatement de son cheval, décrocha le sac de notre camarade, le fixa sur ses propres épaules, puis il aida le malade à se hisser sur sa bête. La colonne rentra ainsi au quartier. Aussitôt rentrés, nous acclamâmes notre capitaine...

Promettez-moi de défendre un peu notre chère Légion par la voix de votre journal. Dites bien que

les soldats qui y sont arrivés les uns désespérés, les autres déshonorés, sont devenus de braves cœurs, et ont été traités beaucoup mieux qu'on ne Test dans une caserne allemande.

Voici enfin un témoignage qui, à la vérité, a été publié par un journal français, mais dont aucun organe allemand ne pourra discuter l'authenticité ni la spontanéité.

Le 7 février 1914, le Matin a publié une lettre écrite quelques semaines auparavant par un colonel autrichien au major du 1er régiment étranger, pour approuver le désir de son fils de contracter un rengagement à la Légion, où il se trouve « extraordinairement heureux et satisfait )>. En voici la traduction, d'après le texte original, dont j'ai pu reproduire la photographie en tête de ce volume, grâce à l'obligeance de la direction du Matin :

Sankt Peter, près Gratz (Autriche) y le 28 décembre 1913.

Très honoré Monsieur le major, Mon fils, Bruno de Benedict, vient de me faire con-

naître son intention de se rengager pour dix ans à te Légion.

Comme son état de santé s'est beaucoup amélioré dam ces derniers temps, et qu'il se trouve extraordinairemen, heureux et satisfait à la Légion, je me déclare pleine- I ment d'accord avec la démarcke de mon fils.

En même temps, je vous exprime toute ma reconnaissance, très honoré Monsieur, pour l appui, l'intérêt a la bienveillance que vous avez accordés à mon fils, et je vous prie de lui continuer à l'avenir votre gracieuse protection, à la condition qu'il s'en montre digne.

Avec V expression de ma considération la plus distinguée, je suis votre très dévoué.

Benedict, colonel de réserve,

On observera qu aucune autorisation paternelle n'étant nécessaire pour contracter un rengagement, c'est de son propre mouvement que le colonel a donné à la Légion ce précieux témoignage d'estime, dont le caractère est vé itablement exceptionnel et décisif.

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