LES SOLDATS ETRANGERS, AUX COLONIES
Dans ce qui précède, nous ne nous sommes occupés que des engagements conclus par des étrangers en vue d'une guerre déterminée,, et, par conséquent, pour la seule durée de cette guerre.
Mais, aux colonies, l'état de guerre est permanent. Cela ne signifie pas que l'on s'y batte constamment; maison y est constamment exposé à un départ inopiné en colonne ou à quelque insurrection locale; les bataillons de la Légion sont en première ligne, dans les territoires militaires où la pacification est le moins assurée. Et les engagés n'y sont pas
attirés accidentellement par le bruit d'une grande conflagration, telle qu'une guerre européenne, mais y arrivent à tout moment, en un courant continu.
La notion des engagements à terme, en vue d'un état de guerre qui est permanent, se substitue donc là tout naturellement à celle des engagements pour la durée d'une guerre, laquelle durée est indéfinie par définition. Et de là on en vient, non moins naturellement, à l'idée de grouper tous ces engagés étrangers en un corps spécial, afin de pouvoir mieux les instruire et les utiliser.
En vérité, il est impossible de concevoir en quoi l'enrôlement d'un étranger, licite pour la durée tout à fait inconnue d'une guerre donnée, cesserait de l'être quand il est conclu pour un temps déterminé, en vue d'un état de guerre permanent.il semble même que ce dernier cas, où la durée du contrat est spécifiée, est le plus conforme aux principes généraux du droit : quelle eût été la situation d'un homme engagé « pour la durée de la guerre » au début de la
Guerre de Sept ans, de celle de Trente ans, ou de celle de Cent ans?
Et, d'autre part, la question examinée plus haut (chap. XXVII), de l'emploi de volontaires étrangers contre leur pays d'origine, ne se pose pas, en ce qui concerne les Européens engagés pour servir aux colonies. La Légion, en effet, est essentiellement instituée pour ce service colonial, et non pour amener des Européens à combattre leurs frères. Si quelques-uns de ses bataillons avaient à prendre part à une guerre continentale, nous aurions, au contraire, un intérêt évident à maintenir en Afrique les compatriotes, non naturalisés, de nos ennemis. C'est d'ailleurs ce qui fut fait en 1870, quand deux bataillons de la Légion furent envoyés en France : on eut soin de commencer par en extraire tous les éléments allemands, pour les laisser en Algérie.