‹ La question de la limitation des armements de nos joursChapitre 18 sur 70 · Messimy, op. cit · texte numérisé non relu

Messimy, op. cit

nos colonies africaines, pour remédier à l'insuffisance de notre natalité. L'emploi de troupes coloniales tend à se généraliser, l'Angleterre aux Indes et en Afrique en fait un emploi constant. Il résulte de tout cela que dans ce temps de paix, les effectifs sont monstrueux et ne cessent, eux aussi, de s’accroitre, Le tableau suivant suffit à en donner une idée sommaire :

L'Allemagne que nous dépassions, nous a rattrapés et nous devance maintenant de plus en plus.

Il n’est pas jusqu'à l'Angleterre, qui pourtant n'a qu’une armée de terre modestie, et qui cependant, grâce aux nécessités de la défense de ses possessions ne se voie obligée d'augmenter ses effectifs. Elle incorporait en 1874, 225.009 soldats et marins, ce chiffre est tombé à 200.000 en 1891, il est aujourd’hui de plus du double, 420.000 hommes, et ce dans un pays qui n’est pas militariste (1).

Il n'est pas jusqu'aux petits pays des Balkans qui n’arment jusqu'aux dents. La Roumanie et la Bulgarie ont plus de 50.000 hommes d'effectifs en temps de paix. La Turquie, menacée par la Révolution, a pu mettre en ligne au moment des incidents avec la Bulgarie, à la fin de 1908, 200.000 hommes, sans faire appel aux réserves d'Asie.

1. V. d’Estournelle de Constant, dans la Revue du 1‘ octobre 1906. — Bloch, op. cit., t. XI, p. 9. — D’Eichtal, op. cit., p. 32.

ET

La Grèce vient d'appeler une mission militaire française pour réorganiser son armée, le Brésil a des instructeurs allemands, l'Argentine, des Français, le Japon entretient avec le service obligatoire plus de 200.000 hommes annuellement au lieu de 72.000 en 1894. Nous voici loin de la proposition un peu naïve de Dudley Field, qui dans son projet du Code international voyait la solution de la question du désarmement dans l'adoption par toutes les puissances de la proportion d’uu soldat par 1000 habitants, proportion qui était alors celle de son pays, les États-Unis, mais qu'ils ont dépassée depuis. De nos jours c’est un soldat par 100 habitants environ qu’entretiennent les grands États (1).

Que serait-ce en temps de guerre. On envisage la possibilité pour la France de mettre sur pied 4 millions d'hommes, 5 en Allemagne, 10 en Russie. [ci nous touchons véritablement une fois de plus à la limitation falale dérivant des impossibilités mêmes, car les stratèges sont d'accord qu’arrivés à ce point, les États n’ont plus guère à se préoccuper de la supériorité numérique de leurs voisins, par suite de l'impossibilité où les chefs d’armée se trouvent, en face des formations modernes de campasne, de faire évoluer de pareilles masses d'hommes sur des

champs de bataille nécessairement limités.

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