‹ La question de la limitation des armements de nos joursChapitre 20 sur 70 · II. — Les Conséquences d’un désarmement · texte numérisé non relu

II. — Les Conséquences d’un désarmement

De tels excès semblent inconcevables et l’on conçoit aisément l’ardeur de ceux qui rêvent de débarrasser l'humanité d’une pareille et si angoissante misère. Leur raisonnement est lumineux : ce sont, disent-ils, les inconvénients de la guerre, sans les espoirs qu’elle fait naître, ni les bénéfices qu’ellepro-

cure, ni les énergies qu’elle suscite. Ce nesont pas par contre les bienfaits de la paix, car les États dépensent davantage sans se battre que jadis en se battant.

Il y a dans ce dilemme une grande part de paradoxe. À prendre ces termes à la lettre, les peuples seraient plus à plaindre aujourd’hui que sous Napoléon, Louis XIV, ou lors de la guerre de Cent ans. Or, il suffit de regarder autour de soi pour s'apercevoir du contraire. Jamais le bien-être et la richesse ne se sont autant déveleppés, jamais la condition des classes humbies n’a élé meilleure, ni leur ascension plus facile vers les sphères sociales plus élevées. On oublie toujours que la richesse des peuples et leurs moyens de production se sont développés avec leurs dépenses, et que c’est une des faces de cette évolution que traduisent les armements. Plus son contenu est précieux, moins l'on hésite à débourser pour le coffre-fort.

Les pessimisies ajoutent que l'excès des précautions multiplie le péril, et qu'à force de forger des armes on est plus tenté de s’en servir. A ce point encore, les faits leur donnent un démenti analogue à celui que donnent les orages aux radoteuses qui vont clamant que le paratonnerre attire la foudre. Jamais, en réalité, l’Europe n’a connu une période de paix aussi prolongée que celle dans laquelle nous vivons. Il y a souvent des « rumeurs de guerre», comune dit a Bible, mais l’excès même du péril et

des responsabilités rend les conflits de plus en plus improbables.

Enfin on fait miroiter aux yeux des foules les avantages économiques d’un désarnement, l’accroissement de bien-être et de richesses qui en résulterait, l’appoint apporté au travail, au commerce, à Pindustrie, par la libération de tant de bras chargés d’épées et de fusils, de tant d’intelligences préoccupées de rechercher les meilleurs moyens de production. 5

Ici encore on oublie de montrer le revers de cette médaille britlante. On pourrait voir sur ce revers, d’abord que les dépenses dites improductives font vivre des milliers d'ouvriers et des milliers d'usines, et qu'une grosse partie de l'argent dépensé ne fait guère que changer de mains dans l’intérieur d'un même pays. On y verrait peut-être aussi que la concurrence économique si àpre et si intense que se font les grandes nations industrielles, est en réalité le plus grand danger de guerre de lheure actuelle, et qu'il serait peut-être peu prudent de jeter sur Île marché un nouveau surcroit de travail et de production. À l'heure où les crises économiques ont acquis une véritable périodicité qui se caractérise par une effrayante improduction, l’immobiiisation de stocks considérables, et la vente à perte ou dumping, presque fatale, trouverait-on facilement de quoi rénumérer 5 millions de travailleurs en sur-

croit ? Que ferait-on des 40.000 officiers en activité qui se trouveraient libérés ? Je veux bien qu'il y ait de gros travaux publics à entreprendre, des pays à coloniser, des inventions à perfectionner, mais ne voit-on pas le danger d’encombrement des marchés, danger extérieur, par suite de la concurrence internationale et danger intérieur, par suite des doctrines sociales outrancières qui se répandent de plus en plus dans les masses. Les armements sont une maladie, d'accord, mais une maladie chronique, à laquelle le corps du patient s’est habitué petit à petit, et qui lui est devenue comme une seconde nature.A vouloir l'en guérir tout d’un coup ou risquerait fortde le mettre à mal, et qui ne sait qu’on tue l'ivrogne en le sevrant subitement de tout alcool.

Toutefois, à ces arguments, il convient de reconnaître qu'il est une réponse assez topique. C’est qu’il ne s’agit pas ici de désarmer d’un seul coup, mais de réaliser une limitation progressive, peutêtre même d’abord un simple arrêt des armements. C’est d’une médication lente qu'ils’agit, non d'une opération chirurgicale. Admettons-le provisoirement et examinons d’un peu près quelle est cette médication. Le grand docteur de cette école, le izar Nicolas II,a convié, en 1898,les gouvernements et les diplomates à l’étudier avec lui ; avant toute conclusion, il faut donc suivre leurs efforts, et voir quels résultats il sera permis d'en attendre.

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