LES CIRCULAIRES RUSSES
On ne saurait dire jusqu'à quel point l'opinion publique fut étonnée d’abord, puis enthousiasmée par l'initiative du tzar Nicolas en 1898. Ce n'était plus comme en 1816 un projet né dans le cerveau d'un autocrate et à peine ébauché dans des pourparlers ironiques, ce n’était plus une tentative superiicielle comme celle de Louis-Philippe ou maladroite comme celle de Napoléon III. On sentait que la Russie voulait que les moyens d'établir la paix et de remédier à la folie d’armements où s’épuise l’Europe, fussent enfin discutés sérieusement et par des esprits autorisés, et par des représentants de gouvernements responsables. Bien plus, elle prenait l'opinion
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publique pour auxiliaire. Ce n’était plus du projet d'un souverain, du rêve d’un esprit humanitaire, c'était l'affaire publique de l'humanité qu'il s’agissait. La presse était dithyrambique, les pacifistes, croyant leur jour venu, se précipitaient vers La Haye en même temps que les diplomates, et y établissaient une sorte de cénacle, conférence au petit pied, espérant que leurs conciliabules et leurs déclarations ne seraient pas sans influence sur les délibérations de la grande. Celle-ci chercha bien à leur fermer la porte, ainsi d’ailleurs qu'aux journalistes, car les traditions diplomatiques veulent le huis clos, mais bon gré mal gré, il fallait céder au mouvement d'opinion, faire des communiqués et lire les journaux. Ce n’était plus là un congrès, et bien que l'expression ait été Justement critiquée au point de vue juridique (1), la Conférence, eu fait, tenait d’un Parlement, par suite, précisément, de ses attaches avec les peuples. Ainsi se marquait le contraste entre la tentative de 1898 et celles que nous avons précédemment rappelées.
Ce n’était pas seulement l'initiative de M. de Basily (V. ci-dessus, p. 42), c'était surtout l'influence
1. Les diplomates étaient les « mandataires » de leurs gouvernements et non les « représentants » de leurs peuples, et si les délibérations pouvaient aboutir au dégagement des majorités, les décisions par suite de l'égalité juridique des États, devaient observer la règle de l'unanimité.
de M. de Bloch qui avait décidé le tzar. Le grând écononomiste russe espérait faire passer dans la réalité les vues optimistes développées dans son grand ouvrage sur la guerre. Les grands problèmes politiques qui obscurcissaient l'horizon lui semblaient aisément résolubles (1), et il croyait l'heure venue, en laissant de côté la discussion de ces problèmes eux-mêmes, que la Conférence écarta d’ailleurs résolument (2), de chercher in abstracto, les procédés matériels d'organiser la paix.
C'était bien en effet l’organisation de la paix que le programme russe laissait espérer. Il convient toutefois de remarquer que ce programme passa par deux phases successives, dont la seconde fort édul-