‹ La question de la limitation des armements de nos joursChapitre 62 sur 70 · Mot de M. Stead dans le couloir de la Conférence · texte numérisé non relu

Mot de M. Stead dans le couloir de la Conférence

2. Actes de la deuxième Conférence, t: 1. Signalons toutefois qu’un moyen indirect d’alléger les charges militaires a été proposé par un délégué russe Michelson à propos de la déclaration

“de guerre obligatoire, dans le comité d'examen. Il' proposait . un délai entre.la déclaration, de guerre et, l'ouverture des hosti-

lités, afin que les gouvernements ne soient pas obligés de main-

‘ tenir les troupes sur lé pied de mobilisation pendant l’état de

. paix.

parole au premier délégué anglais, Sir Edward Fry. Celui-ci rappela d’abord que les dépenses militaires avaient augmenté, entre les deux conférences, de 1.725 millions de francs, et que cette augmentation constante avait ému le gouvernement anglais. Il reconnaît qu’il est du devoir de chaque gouvernement de se protéger conire ses ennemis, et chaque État est libre de faire dans ce but ce qui lui plaît. « C’est donc seulement par la bonne volonté, la libre volonté de chaque gouvernement... que l'objet de nos désirs, une limitation des charges militaires, peut se réaliser. » En conséquence, il avait pour instructions de faire la déciaration suivante :

« Le gouvernement dc la Grande-Bretagne serait prêt à communiquer amiablement aux puissances quien agiraient de même, le projet de construction de nouveaux bâtiments de guerre, et les dépenses que ce projet entraînerait. Cet échange de renseignemenis faciliterait un échange de vues entre les gouvernements sur les réductions que de commun accord on pourrait effectuer. »

Finalement le premier délégué anglais proposait l'adoption de la résolution suivante.

«La Conférence confirme la résolution adoptée par la Conférence de 1899 à l'égard de la limitation des charges militaires ; et, vu que les charges mililaires se sont considérablement accrues dans presque tous les pays depuis la dite année, la Con-

férence déclare qu'il est hautement désirable de voir les gouvernements reprendre l'étude sérieuse de cette question. »

Ainsi voilà à quoi se réduisait la proposition anglaise : l'intercommunication des projets et budgets de constructions navales, et un vœu analogue à celui de 1899. De ce dernier il n’y a rien à dire, mais à propos de la communication il faut remarquer que cela ne signifie rien ou signifie trop. S'il ne s’agit que de se communiquer les projets de budget et de constructions en bloc, tels qu'ils sont soumis aux Parlements, ce sont là des documents quasi publics, que tout le monde connaît ou peut conpaître, que les attachés militaires ou navals transmetient ouvertement à leurs gouvernements, et qui, souvent, sont connus avant même d'être définitifs. Dès lors de quelle utilité peut être leur communication ?

S'il s’agit au contraire de documents secrets, intéressant la mobilisation, les procédés de consitruction, la tactique, etc..., qui peut supposer un instant qu’un gouvernement consentira à communiquer quoi que ce soit de cette sorte ? Ceux qui surprennent et vendent ces secrets sont punis comme des criminels, le gouvernement qui ferait de même devrait se voir intenter un procès de haute trahison.

Tel est le dilemme que soulevait la ridicule pro-

position de l'Angleterre, et le moins que l’on puisse dire d'elle, c'est que la montagne avait accouché d'une souris.

M. de Nelidow, président de la Conférence, donna alors lecture de deux lettres à lui adressées par Îles premiers délégués des États-Unis et de l'Espagne, MM. Choate et de Villa-Urrutia, pour apporter à la proposition anglaise l'adhésion de leurs gouvernements. M. Léon Bourgeois, au nom de la France, fit une déclaration analogue, en exprimant l'espoir que d'ici au prochain Congrès de la paix serait poursuivie résolument l'étude à laquelle la Conférence invilait les gouvernements au nom de l’humanité. Les délégués de l'Argentine et du Chili communiquèrent les textes de leurs conventions du 28 mai 1902 et 9 janvier 1903, et finalement, sans qu'aucune discussion fût ouverte, M. de Nelidow prononça un discours assez bref où sous les fleurs de rhétorique, perçait la mauvaise humeur que le cabinet de Pétersbourg avait ressentie.

M. de Nelidow nous révèle, ou plutôt nous confirme qu’en 1899, « à la eommission qui fut chargée de s'en occuper (de lu limitation des armements) des divergences d'opinion bien vives ne tardèrent pas à éclater, et les discussions assumèrent un caractère tel qu’au lieu de l’entente désirée, on était menacé de voir surgir un désaccord qui pourrait devenir fatal pour le reste des travaux dé la Conférence.

Ainsi déjà en 1899, la discorde avait été le fruit de la discussion en cette matière. On peut se demander si M. de Nelidow n'eût pas pu se dispenser d’un tel aveu, qui éclairait d’un jour un peu brutal la seconde expérience qui venait d’avoir lieu.

« On doit constater, continuait l'ambassadeur, que la question n'était pas mûre, qu'elle demandait à être encore éludiée par les différents gouvernements chez eux... Mais ici encore la pratique de la vie ne devait pas répondre à l’idéalité du vœu... » et l’orateur rappelle que la guerre de Chine, celle du Transvaal, celle de Mandchourie et tant d'opérations coloniales, qui n’ont pas laissé aux gouvernements le loisir de déférer au vœu de 1899 et d'étudier la limitation des armements, mais les ont obligés au contraire à songer aux meilleurs moyens de les augmenter.

C'est pour cela que le gouvernement russe avait évité d'inscrire la question dans son programme.

Il jugeait d’abord que celte question n'était pas mûre pour être discutée avec fruit. Il ne voulait ensuite pas provoquer de discussion, qui, ne pourrait qu’accentuer entire des puissances un désaccord en donnant lieu à des débats irritants..…. «Pourtant il constate que les semences jetées en 1899 ont germé, que l'opinion publique s’est saisie de la question et que les gouvernements se trouvent en

em 194 = face de manifestations qu'ils ne sont pas en mesure de satisfaire. »

«C'est ainsi que le gouvernement britannique, traduisant ses propres préoccupations, et se faisant l'organe du sentiment public, témoigne son intention d'attirer £out de même sur la question des armements l'attention des puissances... et que son premier délégué vient de nous saisir du vœu que le cabinet de Londres voudrait voir émis par nous.

« Je ne trouve pour ma part, aucun autre moyen de témoigner l'intérêt que les puissances portent à cette question. Si elle n’était pas mûre en 1897, elle ne l’est pas davantage en 1907. Rien n’a pu être fait en cette voie, et la Conférence se trouve aujourd’hui tout aussi bien préparée à l’aborder qu'alors... C’est pour cela que la proposition que vous fait la délégation britannique de confirmer la résolution prise en 1897. est ce qui répond le mieux à l’état présent de la question. dont il s’agit.

» Je ne puis donc qu'applaudir à l'initiative anglaise, et vous recommander de vous unir pour accueillir la proposition telleque nous l'aproposée Sir Edward Fiy, par d’unanimes acclamations. »

Telle fut l’oraison funèbre, mi-comique, mi-grondeuse, de la proposition anglaise, de l'initiative anglaise, et de la limitation des armements. On ne procéda même, pour plus de prudence, à aucun

ro

vote. Le procès-verbal consigne M. de Nelidow : « L'unanimité de vos acclamations me semble inutile de procéder à un vote » (applaudissements répétés) et le vœu de Sir Edward Fiy fut consigné dans l’acte final de la Conférence, signé le 19 octobre suivant.

Et ce fut tout.

La mise en scène, d’ailleurs réglée d’avance en ses moindres détails, que nous venons de rapporter, ne trompa pas l'opinion publique. A partir de cette séance, la presse est nettement défavorable à la Conférence, la néglige ou ne s’occupe d’elle que pour s’en moquer ou la critiquer. Eut-elle raison ? Non certainement, la Conférence ne pouvait faire autre chose que ce qu'elle a fait, car on ne résout pas les problèmes insolubles ni la quadrature du cercle, mais l’opinion avait été déçue, ses espoirs venaient d'être condamnés — peut-être avec quelque désinvolture dans le discours que nous avons en grande partie rapporté — et elle en eut un dépit, d’ailleurs compréhensible. Ici le dernier danger de l'initiative anglaise apparaissait, le danger de faire naître des illusions qu’il faut ensuite dissiper, ct par suite de provoquer l'irritation et le découragement, en même temps que de donner à l'opinion un prétexte pour méconnaïître et mépriser les résultats sérieux et pratiques que la Conférence avait par ailleurs obtenus.

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