LA QUESTION I>E LA POPULATION
à 150,000 garçons, qui nous donneraient à 20 ans 80 à 90,000 adultes en état de porter les armes.
NOMBRt MOYEN 0 ENFANTS PAR MARIACC
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Si nos femmes avaient la fécondité des Allemandes, la France aurait par an un effectif supplémentaire de 5 à 600,000 enfants, soit de 150,000 conscrits à 20 ans.
Cette stérilité nous affaiblit vis-à-vis de nos voisins ; mais, par une tristeet bien insuffisante compensation, elle est pour nous la cause d'un enrichissement au moins momentané.
Un pays peut, en effet, opter dans une certaine mesure entre le capital humain et le capital fixe. Élever des enfants est une charge onéreuse. Avant qu'ils ne rapportent, ils coûtent de gros sacrifices.
Sur 100 enfants qui naissent, il en meurt une trentaine qui sont emportés sans avoir rendu aucun service à la société. Les autres, au moment où ils arrivent à Tâge adulte, ont coûté jusque-là beaucoup plus qu'ils n'ont rapporté. Ils représentent une forceprêteà agir, mais qu'il a fallu créer à grands frais et discipliner par Téducation. a En France, dit le docteur Bertillon — qui a cherché à mettre des chiffres sur ces considérations pourtant si rebelles à une mesure précise (1), — nous transformons une partie de notre abondance en épargne. Voilà pourquoi notre natalité est si restreinte, et nos capitaux si abondants. » Évaluant le coût d'un adulte de 20 ans à 4,000 francs, il trouve que la fécondité de l'Allemagne lui coûte
(1) Voir sur La valeuv économique de la vie huinaine Téloqucnte confé rence faitç par M. le D** Rocjiard au Congrès de la Haye {lievue scieiUi- /î^we, 13 septembre 1884).
tous les ans 1,200 millions que nous économise notre slérili té • Funeste et ruineuse économie, qui gaspille Tavenir au profit du présent, comme le serait celle du cultivateur qui sacrifierait la moisson pour épargner la semence î Une nation ne peut pas se soustraire à ses devoirs avec plus d'impunité que les individus. Si elle obtient un soulagement immédiat en secouant les charges que le devoir implique, la justice immanente veut que cet égoïsme et cette imprévoyance se payent tôt ou tard et avec usure.
VI. Jjiftuence du milieu géographique sur la natalité. — L'analyse des différents facteurs de la population nous a amenés à constater que notre situation actuelle était impu-
table, non pas h l'excédent de la mortalité ou à Tinsuffisance des mariages, mais an déficit de nos naissances. Poursuivons cette analyse, et au lieu d'envisager la France en bloc et dans son ensemble, comme nous l'avons fait jus-
qu'ici, cherchons à dégager Tinlluence du milieu géographique sur la natalité.
Du moment où la géographie intervient, le diagramme doit faire place au « cartogramme ».
Celui qui est inséré ci-contre (n° 21) exprime la variation de la population par départements de 1841 à 1881.
Les trois teintes claires indiquent les départements en voie de progression. Ils sont au nombre de 37 et comprennent surtout les agglomérations urbaines, les centres industriels.
Quant aux 30 départements en voie de réduction, ils sont désignés par les deux teintes les plus foncées, et peuvent se décomposer en quatre groupes : normand, garonnais, franccomlois et al[)in.
Un second cartogramme différencie la natalité par départements.
Dans la Bretagne elle est de 31 et 34 naissa^nces par
1,000 habitants, tandis qu'elle tombe en Normandie à 20 et même àlS.De 1856 à 1881, la Bretagne a gagné 233,000 habitants, pendant que la Normandie en perdait 137,000.
Gomment ne pas être frappé du contraste que présente la stérilité actuelle de la Normandie avec la magnifique expansion de ses rejetons au Canada! Ils étaient 60,000 en 1763, lorsque Louis XV céda aux Anglais ces « quelques arpents de neige ». Aujourd'hui « la population franco-canadienne compte 1,500,000 âmes, et l'on estime à plus de 500,000 le nombre des Canadiens français établis aux Élals-Unis (1). »
Ce contraste amène à se demander si la sève des rejetons transplantés au Canada y est devenue plus vigoureuse que celle du vieux tronc normand, ou si elle n'a pas puisé dans les institutions canadiennes une vigueur que lui refusaient les institutions de la métropole.
Celle question se rattache à celle de l'influence des lois civiles, dont mon sujet m'amènera forcément à dire quelques mots tout à l'heure. Mais, avant de Taborder, il faut pour compléter, dans le cadre très exigu dont je dispose, ce qui concerne l'étude des milieux géographiques, examiner rapidement rinflucncc des villes sur la population.
VII. Influence des grandes villes. — La formation des agglomérations urbaines est un des faits les plus caractéristiques de notre temps, et s'explique par des causes multiples dont je ne puis entreprendre ici l'examen. Je me borne donc à en donner la mesure pour notre pays,
La population rurale (2), qui représentait en 1846 les trois quarts de la population totale, n'en forme plus aujourd'hui que les deux tiers, ayant ainsi perdu dans cette période près de quatre millions d'habitants, qui ont quitté les champs pour les villes.
(1) Lettres sur les États-Unis et le Canada^ par M. de Molinari, p. Vil.
("2) On appelle population « urbaine « celle des communes dont la popu lation agglomérée dépasse 2,000 habitants. Le reste constitue la population « rurale »•
Dans Tintervalle des deux derniers recensements, de 1876 àl881, pendant que la population totale gagnait 766,260 habitants, les 28 villes au-dessus de 50,000 âmes en gagnaient 501,239, ne laissant pour le reste de la France qu'un accroissement de 265,021.
Dans cette augmentation quinquennale, les étrangers figurentpour environ 200,000.
Ils étaient en 1876 au nombre de 801,734 et Ton en a compté 1,001,110 en 1881, ce qui fait un étranger par 37 habitants.
C'est surtout à Paris que se déverse ce courant intense d'émigration qui va des campagnes aux cités. Dans les 50 dernières années, sa population est passée de 861,436 à 2,269,023 âmes, et sa densité de 11,000 à 29,000 habitants par kilomètre carré. Gomme on en compte en moyenne 67 pour toute la France, on voit que la densité parisienne équivaut à 437 l'ois celle du reste du pays. Si toute la France étaitpeupléecomme Paris, lapopulation française seraitégale à 15 milliards, c'est-à-dire dix fois celle du globe tout entier.
Chicago en 50 ans s'est accrue de 500,000 âmes. Paris a marché trois fois plus vite dans le même laps de temps. Son croît annuel qui, de 1872 à 1876, était de 30,445 habitants, s'est élevé, de 1870 à 1881, à 56,053, c'est-à-dire à lapopulation d'une de nos grandes villes, telles que Brest, Nîmes, Orléans, Tours, Montpellier, qui se viderait tous les ans au profit de la capitale (1). Cela rappelle presque ces exodes du moyen âge, où des peuplades tout entières se mettaient en marche pour occuper des terres plus fertiles. Seulement ici, ce sont surtout les adultes qui envahissent Paris pour y chercher fortune.
(1) Le croît spontané de la ville de Paris est très /aible, et le croît constaté est presque uniquement dù à Texcès de Ti m migration sur Témigra- Uon. )> [Annuaire de la Ville de Paris pour 1881, p. 184.
N«2'^- POPULATION URB AINE et RU RALE.
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Ce qui le prouve, c'est la composition de la population parisienne, soit par provenance, soit par âge.
En effet, sur 100 de ses habitants, elle en compte seulement 36 nés dans le département de la Seine. Le reste est né en province (57 0/0) et à Tctranger (7 0/0).
Ce dernier chiffre de 7 0/0 correspond à 164,038 étrangers (dont 31,090 Allemands, ou 12,065 de plus qu'en 1876). C'est un étranger sur 13 habitants ou 3 fois plus que pour l'ensemble de la France.
On se souvient de l'émotion qu'éprouva un jour Paris, parce que certain document officiel avait, assez cavalièrement peut-être, traité sa population de « nomade )>. Cette épithète n'a pourtant rien que de très justifié, et l'on pourrait même y ajouter celle de « cosmopolite ».
Quant à la composition par âge, elle n'est pas moins ins-
de la population parisienne, avec son nombre très faible de vieillards, et sa proportion excessive d'adultes ; on sent qu'on est en présence d'une anomalie démographique; que la grande ville n'est pas en équilibre, et ne se soutient que grâce à l'apport continu d'éléments sans cesse empruntés au dehors.
Cette composition exceptionnelle fausserait, si Ton n'y prenait garde, les jugements qu'on serait tenté de porter sur
tructive. Elle donne à la pyramide parisienne une conformation toute spéciale, que représente le diagramme ci-contre où elle est tracée par un trait plein, tandis qu'à titre de comparaison, la pyramide de la province est tracée en trait pointillé.
Au seul aspect de ce dessin, on constate les particularités caractéristiques
les grands faits qui définissent le mouvement de la population parisienne.
Ainsi il est clair qu'on ne peut sans erreur comparer les chiffres des naissances, des mariages et des décès, à ceux d'une population normale, qui contiendrait plus d'enfants et moins d'adultes. La faible mortalité parisienne n'est donc qu'une sorte de « trompe-l'œil » statistique; elle tient en partie à ce que les âges particulièrement fragiles et tributaires de la mort, — l'enfance et la vieillesse — ne sont que très faiblement représentés à Paris.
Si l'on tient compte de cette circonstance spéciale, on reconnaît au contraire « que la mortalité générale des Parisiens, quoique un peu inférieure à celle des autres Français, est notablement supérieure pour les survivants de chaque âge (1). 11 en est de même pour la natalité (2) et la nuptialité (3) ; car si peu féconds et si peu portés au mariage que soient les adultes, ils le sont nécessairement plus que des enfants et des vieillards (4). »
La plupart des immigrants dont le flot envahit Paris sont des gens sans ressources, qui vont s'entasser dans les garnis. C'est là que loge plus du dixième de la population parisienne (243,564), dans des conditions d'une effroyable insalubrité. En cinq ans, la clientèle de ces garnis s'est augmentée de 100,000 pensionnaires.
Aussi les épidémies font-elles à Paris plus de ravages qu'autrefois. Le taux des décès typhoïdiques s'élève constamment et a triplé depuis 1865. « La mortalité de Paris s'est accrue d'un cinquième depuis dix ans, par suite de l'augmentation progressive du nombre des décès dus aux maladies infec-
(1) En appliquant à Paris le taux de la mortalité de la France par âge, le Dr Benillon a trouvé, pour la période 1874-1878 un excédent moyen annuel de 11,000 décès parisiens. La mortalité à Paris serait d'environ 1/3 supérieure à celle de la province. Encore est-elle faussée par l'exportation des nourrissons parisiens, qui vont mourir en province.
(2) 1,000 parisiennes mariées n'ont que 129 enfants, pendant que leurs sœurs de province en ont 181, soit 4Q 0/0 de plus.
(3) On compte à Paris environ 80,000 ménages irrcguliers.
(4) AmiUdv e de la Ville de Paris pour 1881, p. 154-155.
lieuses, et en partie à la fièvre typhoïde (1). » La capitale sert de refuge à toutes les misères du dehors, qui tombent à la charge de l'assistance publique. Les communes se débarrassent à son profit de leurs misérables, de leurs filles enceintes, dont elles payent même au besoin le voyage pour les y exporter. Ainsi s'accroît chaque jour cet immense foyer de souffrances, de misères et de vices, qui aggrave les crises comme les épidémies, consomme de nombreuses existences, et prépare un aliment à toutes les agitations des esprits et de la rue. Une bonne loi sur les récidivistes sera un premier bienfait pour purger cet exuloire. Mais elle devra être complétée par une autre loi sur « le domicile de secours ». La loi du 24 vendémiaire an II qui régit la matière est incomplète et inappliquée. Autour de nous, la Suisse, la Belgique, l'Angleterre, les pays du Nord, ont des législations qui, avec des variétés de détail, s'accordent sur le principe de protéger les capitales contre l'invasion des indigents provinciaux et étrangers. Ce sont là des précédents dont nous pourrions utilement nous inspirer.
Ce qui prouve bien que la mortalité est en partie une question de misère et de salubrité, c'estla relation étroite qu'elle présente avec le bas prix des loyers. Les deux cartogrammes ci-après établissent ce rapport d'une façon très expressive.
Le premier figure la mortalité; l'autre, la proportion des locaux au-dessous de 300 francs. Ils sont presque superposables, de sorte que les deux faits sont pour ainsi dire concomitants.
C'est ce qui élève la question des logements à la hauteur d'un intérêt social. Assainir la maison, c'est sauver les existences que fauche le taudis. Si toute la mortalité parisienne était aussi faible que celle du VHP arrondissement (2), il
(t) Conclusions de TAcadémiG de médecine votces après longue discussion sur le rapport de M. Rochard (juin 1883).
(2) En 1880, Ton a compté pour 1,000 habitan(s : Dans le mu« arrondissement, 15 décès; Dans le xiiie — ,36 —
En moyenne '^5 —
mourrait par an à Paris 22,000 personnes de moins qu'aujourd'hui. Tel est le tribut que prélèvent sur la population
No 25.ttOftTAL>tC PARISIENNE EN 1Ô80
NO 26. tôCAl/X AII 0C5SO05 DZ 500 FR'
50 *Po
la misère ot la mauvaise installation des logements. Ce sont là de véritables hécatombes, et nul n'a le droit de rester indifférent devant de pareilles révélations.
Celles qui concernent la mortalité de l'enfance ne sont pas moins saisissantes.
On a vu plus haut que la mortalité des enfants naturels est deux fois plus forte que celle des enfants légitimes. Or, tandis que, pour toute la France, la moyenne des naissances naturelles est de 7,5 p. 100, elle est quadruple à Paris où elle atteint le chiffre de 28 p. 100; sur quatre enfants qui naissent à Paris, on trouve en moyenne un bâtard.
La mortalité des petits Parisiens est affligeante; ils vont, suivant un mot populaire, « paver» les cimetières des campagnes, où on les envoie en nourrice. 11 n'en subsiste que la moitié environ, vers la deuxième année, lorsque tout ce qui n'est pas mort est rentré à Paris (1).
Quant au chiffre des naissances, le taux en est sensiblement égal à la moyenne pour toute la France, — ce qui constitue un véritable déficit eu égard à la proportion exceptionnelle des adultes, comme on Ta vu plus haut. Mais cette natalité se répartit de la façon la plus significative entre les arrondissements, ici, s'accroissant avec la misère; là, se réduisant avec l'aisance. Ainsi, elle est de 20 sur 1,000 habitants pour les 1^% 2% 7*^, S"" et 9^ arrondissements, tandis qu'elle s'élève à 28 pour les arrondissements pauvres, portant les n°« 13, 14, 15, 19 et 20.
Ce n'est pas là un fait seulement personnel et local : c'est une loi générale, sur laquelle il convient de s'arrêter un instant.
Dans ses belles études sur « la vie et les salaires à Paris » , M. Othenin d'ITaussonville propose de Tériger en axiome : « C'est, dit-il, l'aisance qui est stérile; et c'est la misère qui est féconde. » Et il ajoute : « Qu'il faille s'affliger de cette stérilité, j'en suis tout à fait d'avis. Mais faut-il se réjouir de cette fécondité? J'avoue n'en avoir pas le courage pour en
(1) Naissances en 1881 60856
Nombre d'enfants de moins de 1 an 26637
id, de 1 an accompli 28390
id. de 2 ans accomplis 31715
avoir vu trop souvent de mes yeux les déplorables consé* quences (1). »
Non, ce n'est pas la fécondité de Tindigence qui peut rassurer ceux qu'afflige Tétat stationnaire de notre population. Leur idéal n'est pas de voir pulluler, dans les bouges si bien décrits par M. d'Haussonville, de nombreux enfants décimés de bonne heure, et s'ils survivent, voués pour ainsi dire au ruisseau par le triste héritage des misères physiques et morales, dont le fardeau pèse sur eux.
Mais on ne saurait non plus admettre que l'on fasse de la paternité un luxe à l'usage exclusif des classes riches. Outre qu'un pareil système serait assez mal accueilli par une démocratie fîère et ombrageuse, il a le tort de ne voir dans chaque nouvel enfant qu*une charge, de faire abstraction de ses facultés productrices, et de méconnaître les ressources que sauront un jour créer son intelligence et ses bras. Même dans les situations les plus modestes, les familles nombreuses sont bénies, si les parents ont la dignité de leur rôle et en comprennent les devoirs. Que de rejetons vigoureux et florissants ont été fournis par les souches les plus vulgaires! que d'utiles et de grands serviteurs du pays sortent des rangs les plus humbles! quelle perte de force et de richesses morales, si les familles riches avaient eu seules le privilège de la fécondité (2)!
Sans vouloir reprendre ici, après les maîtres de l'économie politique, la réfutation de ces doctrines aujourd'hui généralement condamnées, je ne peux m'empêcher de faire remarquer que les conseils de Malthus et de son école visaient principalement les classes pauvres, qui, dans la pratique, n'en ont nul souci. Gomme le dit M. Baudrillart, « elles ont autant d'enfants qu'il plaît à la nature de leur en donner, et qui deviennent ensuite ce qu'ils peuvent (3) ». Les familles
(1) Revue des Deux-Mondes^ 15 avril 1883, p. 814.
(2) Voir à ce sujet les belles études de M. Charles de Ribbe, et notamment son Histoire d'une famille au seizième siècle,
(3) État moral des populations de La Picardie.
32 LA oup:sïion i>e la populatîon.
les plus misérables et les plus imprévoyantes sont aussi les plus prolifiques. A côté d'elles, les riches, auxquels Malthus ne songeait guère, s'appliquent son moral restraint. Déduisez les agglomérations ouvrières, et çà et là quelques provinces rurales attardées, qui s'obstinent à la fécondité comme la Bretagne, et vous verrez ce qu'il restera d'enfants pour les classes dirigeantes : à peine deux par mariage. C'est du malthusianisme à rebours, qui fait reposer le recrutement de notre population sur la sélection des types inférieurs.
Ainsi, au point de vue démographique, l'influence des grandes villes n'est pas bonne. Si elles éclairent leur population, à coup sûr elles la brûlent (1). Il faut donc modérer par tous les moyens possibles la violence du courant qui s'y déverse, ou du moins se garder de le précipiter encore par des mesures artificielles, telles que l'exagération des grands travaux publics, l'abondance des secours, la concentration des écoles supérieures, des hospices, des casernes, des manufactures de TÉtat et des ateliers de chemin de fer, les facilités fiscales données à l'industrie (par exemple la faculté d'entrepôt et d'abonnement) (2). ; '
Il y a là toute une série d'études, dont on pourrait tracer le programme, en s'attachant à examiner et à tempérer, par une solution appropriée à chacune d'elles, les principales causes artificielles qui concourent à l'invasion des villes et à la désertion des campagnes.
Si les cités ne sont pas favorables à l'essor de la population, il en est de môme pour les grandes agglomérations industrielles, a L'ouvrière » y remplace la mère de famille. L'enfant mal soigné meurt. Ainsi la mortalité infantile s'élève à 27 p 100 dans la Seine Inférieure, à 26 p. 100 dans l'Eure. Elle est de 24 p. 100 dans l'Ardèche, où le travail de la soie emploie 15,000 femmes.
(1) Môme en Bretagne, la population urbaine donne un excédant de décès sur les naissances, et ce sont les campagnes qui comblent le déficif.
(2) M. Cliffe Leslie, et après lui, M. Paul Leroy-Beaulieu ont dénoncé les consé(iucncGs de ces facilités fiscales sur l'accroissement des villes. (Hépartitio7i des Richesses^ p. 199.)
Mais ces faits douloureux n'ont rien de fatal. On peut les conjurer avec Tapplication de ce « patronage », dont on retrouve partout la nécessité dès qu'on touche aux problèmes sociaux de l'industrie. C'est ce que prouve l'honorable initiative prise à Mulhouse par M. Dollfus. Après leur accouchement, les ouvrières reçoivent des allocations qui leur permettent d'allaiter trois mois leur enfant avant de rentrer à l'usine. Par suite de cette mesure, la mortalité infantile, qui atteignait dans certains cas jusqu'à 55 et môme 70 p. 100, est tombée à son taux normal de 15 p. 100.
Dételles dispositions sont assurément excellentes : mais de toutes les solutions, la plus féconde est celle qui laisserait la femme au foyer pour y remplir son rôle bienfaisant de mère et d'épouse, et pour y fortifier la famille, dont son absence rompt le faisceau (1).
Forcé de me hâter, je m'en tiens h ces indications sommaires sur l'influence des milieux, et je passe à celle des lois civiles.
VIII, Influence des lois civiles. — Nos lois fiscales ne semblent pas favorables à la population, et semblent plutôt faites pour combattre la natalité que pour l'encourager. Les impôts indirects et les octrois sont des taxes de capitation, qui pèsent d'autant plus sur un ménage qu'il est plus chargé d'enfants. Quant aux contributions directes, elles sont réparties entre les départements d'après leur population, de sorte que la Bretagne, par exemple, expie sa fécondité par un supplément d'impôts.
On a proposé de modifier cette attitude de la loi fiscale, et de lui faire accorder au contraire des faveurs
(1) « Aux environs de Caen, de Bayeux, de Cherbourg, ia fabrication des dentelles s'exerce par les mains des femmes et des jeunes gens et n'occupe pas moins de 70,000 personnes. Elle retient les femmes au foyer. Les enfants y trouvent de bonne heure à s'occuper, le paysan 7ie C7^aint pas, comme ailleurs, de voir s'nccî^oitre sa famille. » (M. Baudrillart, Rapport sur la condition des populaHons agricoles en Normandie.) C'est surtout ralliance des travaux agricoles et manufacturiers qui assure la stabilité et le bien-être dos familles ouvrières.