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GENÈSE DU NÉO-MALTHUSIANISME EN ANGLETERRE

reconnu l'étendue des difficultés que présente le manque de pain d'un côté et le manque d'amour de l'autre.

« Le moyen dont je parle — le seul qui rende la vertu et I'^ progrès possibles, — est la copulation' préventive. 4'entends ]>:\r là le coït accompagné de précautions qui empêchent la

on dation, »»

On ne saurait s'expliquer avec une simplicité plus insénue ; parler de vertu au sujet de praliques de ce genre, de même que Place parlait, au même propos, de ménagements de la délicatesse tt'rninime (voir plus haut, p. 309), c'était, sans doute, transposer le sens habituel des mots et confirmer la remarque de l'écrivain latin : vera rerum vocabida nmisimiis. Malgré les éditions nombreuses de cet ouvrage, il ne paraît pas, non plus, avoir exercé une action étendue sur la population ouvrière ou bourgeoise. On cite encore quelques autres publications de moindre portée, des tracts, dans le môme sens, par exemple : Large and Small Familles , grandes et petites familles, par Austin Holyoake, philanthrope et agitateur ouvrier de quelque renom.

Au cours des années 1876 à 1878, une nouvelle propagande néo-malthusienne se produisit, dans la ■ rande-Bretagne ; elle avait à sa tête une femme • rivain, d'une certaine notoriété, dont les opinions successives ont parcouru une gamme très étendue et qui a fini par verser dans l'occultisme, Mrs. Besant, et un propagandiste ouvrier d'une certaine influence, Charles Bradlaugh ; ils fon-

(1) Eléments de Science sociale ou Religion physique, sexuelle et. naturelle, par an docteur en médecine, traduit d'après la 7' édition anglaise. Londres, K. Truelove, 256 High Holborn. 1S69, p. 349.

daient cette propagande sur un livre que nous avons mentionné plus haut : the fruits of Philoaophy, les fruits de la Philosophie, du D"" Knowlton, publié aux Jitats-Unis, à Boston en 1833 et recommandant dans l'union des sexes les artifices anticonceptionnels. Ces deux propagandistes furent poursuivis, ainsi que l'éditeur Edward Truelove, nom qui, en la circonstance, paraît de fantaisie, pour atteinte à la morale publique.

L'immense prospérité de la seconde partie du règne de Victoria, de ce que l'on peut appeler la période gladstonienne, les facilités aussi pour l'émigration et la réussite de la plupart des émigrants, ainsi que la persistance encore de l'ancienne mentalité et de fortes traditions dans la classe ouvrière et la petite classe bourgeoise britannique, ne permirent pas à ces retours offensifs du néo-malthusianisme de s'affermir et de triompher ostensiblement du moins.

Il faut, néanmoins, enregistrer la forte baisse de la natalité dans la Grande-Bretagne : de 35 à 36 pour i.OOO habitants dans la période assez récente de 1874 à 1879 (voir plus haut, pp. 238 à 241) la natalité dans la Grande-Bretagne est tombée à 24,4 p. 1.000 en 1911 et même à 23.9 pour le deuxième trimestre de 1912; c'est une chute de plus de H p. 1.000 ou de bien près d'un tiers; la Grande-Bretagne en est aujourd'hui à la natalité qu'avait la France dans la période 1882-1886 (voir le tableau de la page 238).

Étant donnée la très faible mortalité qui oscille autour de 14 p. 1.000, la Grande-Bretagne jouit encore, cependant, d'un excédent des naissances sur les décès de plus de 400.000 âmes par an, qui permet

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:;i lois un accroissement substantiel régulier de la

pulation du Royaume-Uni et une émigration iit'tte (déduction faite des retours) d'environ

'il. 000 âmes par an.

La Grande-Bretagne paraît donc dans une situation peu préoccupante au point de vue du mouvement de la population; mais il y aurait de l'optiiiiisme à en juger ainsi. Létaux de la mortalité, à i heure actuelle, n'est plus grandement réductible et il paraît probable que la réduction n'en pourra plus suivre parallèlement celle de la natalité. Si le taux de celle-ci, en une douzaine ou une quinzaine d'années fléchissait au-dessous de 20 pour 1 000 habitants et que le taux de la mortalité tombât seulement aux environs de 13 p. 1.000, lexcédont, annuel des naissances oscillerait autour de ^Wio.OOO âmes, ce qui devrait réduire l'émigration dun tiers ou de moitié; or, l'émigration, comme on le verra plus loin, a les répercussions les plus heureuses sur la prospérité d'un peuple.

Quant à l'arrivée du Royaume-Uni à la période strictement slationnaire, en matière de population, on ne peut faire à ce sujet que des conjectures. Le danger ne paraît pas immédiat, ni tout prochain mr-me. Il faudrait que la natalité y tombât au-des-

us de 14 pour 1.000 habitants, c'est-à-dire qu elle devînt très inférieure à ce qu'est encore la natalité française, laquelle avoisine 19 p. 1.000.

On ne peut dire, cependant, que l'Angleterre soit complètement à l'abri de ce péril. L'idéal démocratique qu'elle poursuit aujourd'hui et le détachement graduel qui s'opère aussi chez elle des anciennes croyances et des traditions vénérables peuvent l'amener plus vite qu'on ne le croit à ce fléau.

11 suffirait que la grande majorité des ménages s'appliquât, comme cela commence à être le cas en France, à n'avoir qu'un ou deux enfants. Alors, la réduction de la mortalité devient impuissante, puisqu'il se crée moins de deux remplaçants pour chaque couple à remplacer; ce n'est pas seulement le stationnement; c'est le déclin, même le déclin rapide.

L'Ang^leterre en est encore non pas très loin, comme on le croit d'ordinaire, mais à une certaine distance. Pour un nombre de 1.605. 537 mariages dans les cinq années 190509, dans le Royaume- Uni d'Angleterre et d'Irlande, il y a eu 5. 802. 658 naissances dans les mêmes années, dont il faut déduire environ 200.000 pour les naissances illég-itimes (à raison d'une quarantaine de mille par an); il reste 5.602.000 naissances légitimes environ dans ces cinq années, ce qui représente 3,45 naissances en moyenne par mariage, rapport encore élevé, correspondant chez nous à celui du début du règne de Louis-Philippe.

On est donc encore éloigné en Angleterre de l'idéal de l'enfant unique ou du couple d'enfants, qui tend à devenir l'idéal général en France. Néanmoins, l'Angleterre a certainement mordu au néo-malthusianisme; il est douteux qu'elle applique d'une façon fréquente les moyens anticonceptionnels les plus répugnants que recommandent les propagandistes de la doctrine; mais elle fait une certaine part à des pratiques ayant le même objet et partiellement le même effet. Il est probable que, comme toutes les nations à aisance diffuse et à civilisation démocratique, elle glissera encore davantage sur cette pente. Saura-t-elle se retenir

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(levant l'absolu déclin? Nous le souhaitons; on peut l'espérer ; rien, toutefois, ne le garantit. Si un jour, les comités directeurs des Trades-U nions et Its chefs travailhstes [Labour Party) se mettaient a recommander ce que Ton a osé appeler la « Heligion physique, sexuelle et naturelle » ou bien t'iicore « les Fruits de la philosophie » et préconisaient ce nouvel et abject Evangile, il est probable i|ue l'Angleterre tomberait un jour au niveau de la France. Elle a, devant elle, pour réfléchir et faire son choix, un répit, sinon d'un demi-siècle, tout au moins d'un quart de siècle.

On a noté des traces de docti'ine» néo-malthu- >itnnes aux Etats-Unis d'Amérique. Nous avons parlé plus haut de l'ouvrage de Robert Dale Owen, paru à New- York avec un grand succès en 1830, également des Fruits of philosophy, du D"" Knowlton, publiés à Boston en 1833. Dans ce pays où des immensités attendent encore les hommes qui les mettront en culture, il se trouve des gens pour prêcher le néo-malthusianisme : une certaine Miss Ida Craddock, en 1902, distribuait un ouvrage se rattachant à cette doctrine et portant le titre attrayant, la Vie Maritale Correcte; cette propagandiste, à l'esprit peu équilibré, fut l'objet de poursuites et se suicida. Un certain Moses Harman, éditeur d'un journal ayant la même inspiration, appelé Lucifer^ fut condamné quatre fois, aux Etat-Unis, dont une fois à un an de prison, en 1006 (1).

Il Docteur Jacques BerlilioD. La Dépopulation de la France, un. pp. 239 et S40 (F. Alcan;.

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