QUATRE PERSONNES A REMPLACER; TROIS REMPLAÇANTS
peuple français; il suffira, sauf changement profond dans la mentalité actuelle^ de deux ou trois siècles pour le faire quasi totalement disparaître.
Nous sommes le premier, et nous en éprouvons une amère tristesse, à sonder ainsi la plaie et à mesurer, avec la précision que le problème comporte, son évolution et le temps qu'il lui faudra pour détruire l'organisme national. La plupart des hommes, même ceux qui se croient les plus réfléchis et les plus perspicaces, restent à ce sujet dans des appréhensions vagues, qui ne les retiennent qu'un instant. Parmi eux beaucoup s'en consolent ou en prennent leur parti en faisant un raisonnement qui paraît dans une certaine mesure réconfortant : « Bah ! disent-ils, la France est un trop beau et bon pays pour qu'elle devienne jamais déserte ». En ces termes absolus, cela est vrai ; la France est un bon pays cultural ; c'est un médiocre pays pour le sous-sol, quoique l'on vienne d'y découvrir des ressources minières naguère insoupçoniitt's : en Lorraine, en Normandie, en Anjou; la France est en train de devenir un pays de premier ordre en ce qui concerne le fer ; cela ne vaut pas la houille, mais enfin c'est un avantage relativement à l'état antérieur ; la France aussi est bien pourvue de forces hydrauliques ; il faut encore I t'péter que cela ne vaut pas la houille, mais c'est, néanmoins, une ressource appréciable. La France surtout est un pays très tempéré, le pays le plus tempéré d'Europe et peut-être du monde entier, le pays où les conditions de vie sont, nous ne dirons pas les plus saines, mais les plus agréables.
La France ne manquera donc pas d'habitants, < .'la est entendu. Notez, cependant, que c'est à
présent un pays peu peuplé, qui n'est supérieur qu'à l'Espagne pour la densité de la population et qui est très inférieur, sous ce rapport, aux Iles-Britanniques, à la Belgique, à la Hollande, à l'Allemagne, à l'Autriche-Hongrie, à l'Italie, même à la Suisse, malgré la forte proportion de montagnes et de lacs en ce dernier pays (1).
Si peu dense que soit actuellement la population de la France, on espère qu'elle se maintiendra, si même elle n'augmente légèrement, malgré l'insuffisance des naissances, grâce à l'immigration. V Eh bien, ces étrangers qui afflueront, attirés par de bons salaires et par l'attrait du climat, on les naturalisera, on les assimilera, on en fera des Français. La France, dit-on, est douée d'une rare puissance d'assimilation. Voyez les Francs, les Normands, les Wisigoths et autres envahisseurs, la population gallo-romaine ou plutôt gauloise, superficiellement roraanisée, des anciens temps les a assimilés ; il n'y a pas de raison pour que la population française contemporaine et à venir ne fasse pas de même en ce siècle et dans les siècles suivants. »
Eh ! si, il y a des raisons pour que cette œuvre d'assimilation des éléments étrangers soit plus difficile, sinon impossible, partielle seulement et non intégrale; un examen attentif le montrera.
On se flatte d'éviter la dépopulation de la France par l'assimilation graduelle des immigrants étrangers, la France devenant un pays d'immigration constante comme les contrées d'Amérique. Il est à craindre qu'on n'éprouve là une cruelle décep-
(1) La densité de la population est actuellement de soi.ïantedouzc habitants, en nombre rond, en France.