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LE RÉSULTAT A OBTENIR LE TROISIÈME ENFANT PAR MÉNAGE

Pour prévenir la dépopulation ou la dénationalisation de la France, il faut relever la natalité par mariage qui est devenue insuffisante. — Il ne s'agit pas de provoquer, comme le voulait Colbert, une prolificité indéfinie. — Il suffirait de pénétrer la population française de l'idée qu'un ménage normal comporte trois enfants au moins. — Le troisième enfant est le salut: c'est à provoquer la venue du troisième enfant que doit tendre la réforme.

Si l'on veut éviter ces deux fléaux : dépopulation ou dénationalisation^ qui, en l'absence d'une réforme rapide et très profonde dans la mentalité présente, constituent l'inéluctable alternative devant laquelle la France contemporaine se trouve placée, il convient de ne pas poser trop haut l'idéal à poursuivre, le but à atteindre.

Il n'y a aucune probabilité, en supposant que cela fût désirable, que l'on pût amener la population française contemporaine, nous ne dirons pas à la prolificité de l'Allemagne ou de la Hollande ou de l'Italie, mais à celle qu'elle eut elle-même dans la première moitié du xix^ siècle.

L'idéal à poursuivre, le but pratique à atteindre, et qui serait suffisant, ce serait que l'ensemble des familles françaises consentît à avoir trois enfants ; le troisième enfant, voilà ce que l'on doit préconi-

LA FAMILLK NORMALK : LE JHOISIÈME ENFANT *15>

SOI-, « le devoir du troisième enfant » ; c'est-à-dire que le peuple arrivât à la notion qu'une famille n'est normale que quand elle compte au moins trois enfants.

Il ne s'agit donc pas, comme l'essaya Colbert, de pousser les Français à avoir plus de dix enfants, ni même sept à huit; ce seront toujours là des exceptions et les charges en sont très lourdes aux petits et aux moyens ménages.

Le troisième enfant, au contraire, apparaît comme une assurance d'abord contre les risques de perte, puis comme une absolue nécessité pour le simple maintien de la population.

On a vu plus haut (page 338) que le nombre des naissances naturelles, tombé actuellement, par suite, non pas d'un progrès de la moralité, mais du recours aux pratiques anticonceptionnelles, à une soixantaine de mille par an, est loin de suffire au remplacement des adultes qui vivent et meurent dans le célibat.

Les naissances légitimes doivent donc pourvoir, non seulement au remplacement des parents, mais encore au remplacement d'une partie notable des adultes qui, pour des causes diverses, ne contractent pas mariage.

Or, le nombre moyen des naissances, après avoir été jusqu'aux environs de l'année 1889, égal ou supérieur à trois par ménage légitime, est tombé graduellement à 2,18 seulement, soit à 218 enfants pour 100 mariages ou 200 mariés (voir plus haut, p. 21"), 11 fléchit de plus en plus et tombera, certainement, bientôt au-dessous de 2 naissances par ménage légitime, fort au-dessous même peut-être.

Le vœu d'un bon nqmbre de jeunes ménages

français, mettons la moitié, étant de n'avoir qu un enfant et le vœu de quasi l'autre moitié étant de n'avoir pas plus de deux enfants, on arrivera à cette situation que^ pour dix ménages légitimes^ c'est-à-dire vingt époux, on ne comptera que quinze enfants, soit quinze remplaçants pour vingt personnes à remplacer.

De ce train, la popidation française se réduirait d'un quart à chaque génération, soit en un demisiècle, de moitié, et même un peu davantage^ en deux générations, soit en moins d'un siècle.

On alléguera, il est vrai, qu'il y a des mariages auxquels participent des veufs et des divorcés, ayant eu des enfants antérieurs et qu'il en faut tenir compte : l'observation est exacte, mais, comme nous l'avons démontré (page 359), elle ne tend à modifier que dans une infime proportion, à savoir moins de 4 p. 100, le* calcul qu'il précède; si l'on ne devait avoir que quinze enfants pour vingt mariages, la décroissance de la population, en tenant compte des doubles mariages, au lieu d'être du quart à chaque génération, serait de plus du cinquième ; en un siècle, au lieu de baisser de moitié, la population baisserait des deux cinquièmes, probablement de plus même. Ces calculs ne peuvent être rigoureux; mais ils ne s'écartent guère de la vérité ou, s'ils s'en écartent, c'est en restant au-dessous d'elle.

D'autre part, nous n'avons pas tenu compte en les faisant de ce que le nombre annuel des naissances naturelles est très loin de pourvoir au remplacement de la population adulte qui vit et meurt en dehors du mariage (voir plus haut p. 358).

LA FAMILLE NORMALt : LK TROISIÈME ENFAM 417

Tout tend donc à prouver que, avec les dispositions actuelles des jeunes générations françaises, avec la modernisation en vue des départements de la Bretagne, de la Vendée et des quelques autres restés jusqu'à l'heure présente relativement assez féconds, la population française est exposée à se réduire d'un cinquième au moins par demi-siècle et de deux cinquièmes au moins par siècle.

La population française, avec la natalité nouvelle, en prenant les circonstances les moins défavorables, est vouée à une quasi complète et très rapide disparition, en quatre ou cinq générations, tout au plus; en l'an S.ii^, il ne resterait quasi plus en France de Français d'origine.

Le seul moyen d'y remédier c'est non pas de préconiser une ample prolificité qui effraierait la généralité des familles, mais de répandre par tous les moyens possibles l'idée que le troisième enfant est nécessaire à la famille et à la patrie, à la première non moins qu'à la seconde, que le troisième enfant seul assure contre les risques, donne de grandes probabilités de perpétuité familiale, permet les espoirs d'ascension. Une famille ne doit être rV/v cnn-i'Ii' I >''■ co)nine normale que lorsqu'elle compte trois enfants au tnoins.

Il ne faut pas placer l'idéal trop haut (!<■ luaiiiirf qu'on le regarde comme inaccessible et (ju on «It'sespère de le réaliser.

Dans beaucoup de projets, c'est seulement du i|u;iU ii iiH' tiiiant tl des enfants au delà qu'on s'ocrup«'. Nombre de législateurs et d'administrateurs ont établi sur cette base du quatrième enfant leur plan de repopulation (voir plus loin, pagi- 17^ . 'est Ofre beaucoup trop ambitieux. Jamais un iw por-

p. LEROV-BF.\rUEC. ±'

suadera à la majorité des Français qu'ils doivenl avoir quatre enfants

Il apparaît, au contraire, très nettement que trois enfants sont nécessaires à un ménage, ne serait-ce qu'au point de vue de l'assurance contre les risques ; or, le principe de l'assurance est aujourd'hui généralement compris.

Nous n'avions cessé d'insister depuis un quart de siècle, sur cette formule : le troisième enfant par ménage, quand, en parcourant L'Esprit dis Lois de Montesquieu, ces jours derniers, nous nous sommes aperçu que les Romains avec leur si admirable sens pratique, avaient attaché une importance particulière au troisième enfant :

« Lorsque la République (Romaine) manqua de citoyens., dit Montesquieu, on accorda au mariage et au nombre des enfants les prérogatives que l'on avait données à Tàge ; on en attacha quelques-unes au mariage seul, indépendamment des enfants qui en pourraient naître ; cela s'appelait le droit des maris. Où en donna d'autres à ceux qui avaient des enfants; de plus grandes à ceux qui avaient trois enfants...

a Ces privilèges étaient très étendus...

« Si l'on avait trois enfants à Rome, on était exempt de toutes charges personnelles. Les femmes ingénues qui avaient trois enfants, et les affranchies qui en avaient quatre, sortaient de cette perpétuelle tutelle où les retenaient les anciennes lois de Rome. » Esprit des lois. Livre XXlll, chapitre XXI (1).

Si l'on pouvait répandre en France cette idée de la nécessité du troisième enfant et y gagner la

(1) D'après un autre passage de Montesquieu, même livre, mènir chapitre, note 64, les pi-ivilèges accordés aux femmes ayant Iroi^ enfants remontaient très haut dans l'histoire romaine à savoir jusqu'à Numa. « Nuraa, dit-il. leur avait donné (aux vestales) l'ancien privilège des femmes ayant trois enfants, qui est de n'avoir point de cuiateur. PlUlarque, dans la vie de Numa. w

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