‹ La Question de la PopulationChapitre 44 sur 177 · INDUSTRIELLES · texte numérisé non relu

INDUSTRIELLES

Examen de laccroisseiuent de la population en Angleterre depuis le commencement du xix' siècle; c'est à peine si l'on constate le doublement en quatre-vingts ans, de 1821 à 1901 ; on est fort au-dessous du doublement dans les quatre-vingts années de 1831 à 1911. — Même recherche pour l'Allemagne depuis 1816. la période de doublement s'étend sur soixante-quinze ans à partir de cette date; elle est plus courte, à cause de l'énorme prospérité économique et de la grande réduction de la mortalité, depuis le début du xx« siècle : mais elle est encore plus que double de la période envisagée par Malthas. — Même recherche pour la Belgique : la période de doublement s'y étend sur quatre-vingts ans environ.

Hypothèse que Mallhus eût converti, au début du xix* siècle, à sa doctrine, les peuples européens : les pays neufs seraient restés indéveloppés : énorme déchéance et appauvrissement qui en seraient résultés pour la race européenne. — Ou bien ces pays neufs eussent été lentement développés et peuplés par les races Asiatiques.

Si, au lieu de s'en tenir aux pays neufs, États- Unis, Canada, République Argentine, où la nature st actuellement d'une inépuisable surabondance i elativement au srroupe humain constitué, on étudie les autres populations réputées les plus proliiiques et qui sont déjà arrivées à un haut état de civilisation, on voit qu'il s'en faut considérablement qu'on constate les traces d'une tendance au

doublement tous les vingt-cinq ans. Si Ton considère le Royaume-Uni de la Giande-Bretasrne et de l'Irlande, qui a donné l'exemple, du plus grand développement de la population dans le courant du xix° siècle, et que, au lieu de consulter les chiffres bruts de l'accroissement du nombre des habitants, on examine le mouvement des naissances et des décès, en laissant de côté l'immigration et l'émigration, on voit que, dans les quinze années de la période 1877-1891, qui peut être considérée comme prospère dans son ensemble, le nombre des naissances s'est élevé à 17.223.752, et celui des décès à 10.023.013 (1), soit un excédent des naissances de 7.200.739 ou, par rapport au taux initial de 33.373.941 âmes en 1877, un taux d'accroissement pour les quinze années d'un peu moins de 33 p. 100, soit de 2,20 p. 100 par an. Supposons que ce taux se fût appliqué pendant les dix années suivantes au chiffre de 43.600.334 âmes qui eût constitué en 1891 la population de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, en supposant aussi qu'il n'y eût eu aucune émigration et que le nombre des naissances et des décès n'eût néanmoins subi aucune altération, ce qui est une hypothèse extraordinairement favorable, cette population se serait encore augmentée, dans cette décade, de 9.392.000 âmes, ce qui eût porté le chiffre à 33.192.000 âmes, en 1901, au bout de vingt-cinq années. Gomme elle était au début de 33.373.941, l'accroissement en ces vingt-cinq années eût monté à 19 millions 616.000 âmes envi-

(1) Ces chiiTres ressortent de l'addition des chiffres annuels des naissances et des décès, tels qu'on les trouve dans le Statistical Abslract for the United Kingdom in each of llie last fifïeen years from ISS7 lo 1891, p. 224. et celui de 1895-1909, pp. 361 et 362: voir aussi le Stafesman's Year-Book. 1912, p. 13.

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mn, OU un laux d'accroissement pour ces vingtcinq années Je 58 i,'2 p. 100, ce qui serait très loin du doublement de Malthus. Pour mesurer la tendance de l'accroissement de la population, nous avons supposé qu'aucune émigration n'aurait eu lieu et que les taux de la natalité et de la mortalité n'eussent nullement été iniluencés par cette restriction du débouché. L'accroissement réel de la population du Royaume-Uni a été fort inférieur aux (iiiffres que nous venons d'indiquer, puisque, au lieu de 43.600.944 âmes en 1801, ce pays ne comptait alors que 38.109.321) habitants et, au lieu de o3. 192.000 âmes en 1901 , n'en avait que 41 .438. 000. En fait, le doublement de la population du Royaume- Lni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande s'est l'Ifectué en un peu plus de quatre-vingts ans ; en tlet, la population de ce pavs était de 20.893.384 âmes en 1821; en 1901, elle de 330.000 âmes • nviron au-dessus du double de ce chiffre, soit t'ITectivement 41.438.721, alors que le doublement depuis 1821 eût comporté 41.787.108. En 1911, la population du Royaume-Uni est de 43.309.021 habitants, n'ayant pas doublé (il s'en faut de 3 millions en nombre rond) depuis 1831, où elle atteignait 24.028.384, soit en quatre-vingts ans ; la période de doublement de la population du Royaume- Uni va en sallongeant de plus en plus 1).

L'Allemagne se prête à une démonstration du même genre. Effectivement, la population de l'Empire allemand a doublé de 1816 à 1891 ; à la première de ces dates, elle montait à 24.833.000 âmes, »'t en 1891 elle atteignait 49.966.000; c'est presque

(1) Sur rair&issement de la natalité en Angleterre tlepuis l'ouverlure tlu xx« siècle, voir plus loin. p. iiO et 246.

exactement le doublement. Ainsi il a fallu soixantequinze ans de période remarquablement prospère et, sauf les deux guerres de 1866 et 1870-71, essentiellement paciflque, pour obtenir que la population doublât. De 1891 au 1"' décembre 1910, elle a encore augmenté, en vingt années exceptionnellement propices, de quinze millions d'âmes, en nombre rond, passant de 49.966.000 âmes, en 1891, à 64.903.000 en 1910.

On doit remarquer, toutefois, que cet accroissement effectif ne correspond pas à la tendance naturelle à l'accroissement, parce qu'il faut tenir compte de l'émigration qui a enlevé, dans l'intervalle de près d'un siècle depuis 1816, un grand nombre d'Allemands au sol de la patrie. Procédons comme pour l'Angleterre. Nous avons sous les yeux, dans un document officiel, le tableau des naissances et des décès dans l'jEmpire allemand pour toutes les années de 1841 à 1885. Prenons les vingt-cinq années de la période essentiellement pacifique 1841 à 1865, qui vit s'effectuer les plus grands progrès industriels et agricoles. Les naissances dans cette période se sont élevées au chiffre de 33.688.602 et les décès n'ont atteint que 23.099.864, soit un excédent des naissances de 8.588.738 ; cet excédent des naissances dépasse de plus de 2 millions l'accroissemeiït effectif de la population de la même période, celle-ci étant passée de 32.987.000 âmes en 1841 à 39.548.000 en 186o, ce qui ne constitue qu'une augmentation de 6.561.000 âmes (1); cet écart de 2 millions entre l'accroissement effectif de

(1) Tous ces chiffres sont tirés du Stdtistisclies Jahrbuch furdas Deutsche Reich, pour 1887, p. 10. et des mêmes documents pour 1897, pour 1908 et pour 1911.

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