POSITION DU PROBLÈME DE LA POPULATION
Répartition des Richesses (1881), ainsi que dans notre Traité théorique et pratique d'Économie politique, dès la première édition de cet ouvrage (1896). Nous avons toujours été, depuis quarante ans, inquiet de la tendance au déclin de la natalité et de la population en France et nous n'avons cessé, au cours de notre carrière, d'indiquer les prochaines étapes de cet angoissant déclin.
Dans tous les temps, aussi bien dans l'antiquité et au moyen âge qu'à l'heure présente, les opinions ont beaucoup varié sur les bienfaits ou les méfaits de l'accroissement de la population et sur l'avenir de la race humaine ; elles varient encore aujourd'hui non seulement d'un homme à un autre, mais chez le même homme à deux moments différents, ou suivant qu'il considère la question sous tel ou tel aspect.
Cette question en a beaucoup : on peut d'abord poser le problème de la population au point de vue scientifique et social général : le genre hutnain vat-il constituer une fourmilière ou bien, quand les pays neufs, les régions vacantes^ seront convenublempnt peuplés et exploités, s'arrêtera-t-il à un nombre réglé d'habitants :* Le plus grand bonheur de r humanité , la plus haute somme de moralité.
que l'un des professeurs les plus consciencieux, M. Emile Levassenr. qui fui administrateur de cet établissement, déclarât que. pendant un enseignement demi-séculaire, il n'avait jamais traité deux fois le même sujet, nous avons, quant à nous, enfreignant cette règle ou cette tradition, fait de la Question de la population, l'objet de quatre de nos cours à des intervalles réguliers de huit à dix années, à savoir : en i88i-83 {deux ans après notre nomination à la chaire d'Economie politique au Collège de France), en 1890-91. en 1901-1902 et enfin en 1910-H. Dune part, la question de la population nous paraissait avoir été toujours insufGsamnicnt étudiée et mal iT>m prise: «l'autre part, rabaissement constant de la natalité en France nous remplissait d'angoisse.
de paix sociale, de satisfactions intellectuelles cl matérielles, concordent-ils avec le premier résidtat ou avec le second?
C'est un problème ?nixte, en partie physiologique et nafurel, en partie économique .
Un second point de vue, au lieu d'être celui de riiumanité considérée dans son ensemble et dans toute son évolution, est celui de l'intérêt national pour un peuple déterminé dans le temps présent et les temps prochains. L'accroissement sensible de la population n'est-il pas une force et un bien pour la prépondérance politique qui dépend en partie du nombre des membres d'une nation ; pour la g'arantie de tous les intérêts qui sont compris dans l'idée de patrie ; pour Textension de la race sur les territoires encore vacants et la colonisation; pour toutes ces conséquences indirectes que la prépondérance politique produit, môme dans l'ordre des échanges et des relations diverses d'un peuple avec les autres ; au point de vue relatif, l'état stationnaire de la population d'un peuple, quand celle des autres s'accroît, n'entraîne-t-il pas des maux et des inconvénients nombreux? Même en ce qui concerne l'activité économique, l'ardeur de l'esprit d'entreprise, l'impulsion progressive, le ralentissement ou la cessation de l'accroissement de la population n'exerce-t-il pas une influence déprimante ? Au point de vue dynamique, c'est-à-dire de la société considérée dans sa marche, le défaut d'accroissetnent de la population d'un peuple pourrait avoir ainsi des effets bien plus fâcheux qu'au point de vue statique.
Pendant longtemps on a cru, d'ailleurs, qu'on ne se trouvait en présence que d'une simple alter-