LES FACES DIVERSES DU PROBLÈME DE LA POPULATION
Los deux points de vue principaux auxquels on peut considérer le problème de la population : point de vue du bonheur de ihuraanitê tout entière, point de vue de la situation particucuIiiTc d"un peuple déterminé. — Le point de vue de l'humanité dans son ensemble. — Le point de vue national d'un peuple particulier. — Aux deux éventualités en général envisagées : l'accroi.ssement notable de la population, d'une part, sa stagnation, d'autre part, <e joint une autre éventualité, peut-être prochaine pour certains peuples, celle d'une décrois- -ance con.stajite de la population : cette dernière éventualité pourrait se présenter même, et plutôt surtout, chez un peuple riche et instruit.
Une des questions les plus débattues, depuis presque le début du genre bumain, du moins depuis le commencement des temps bistoriques, est celle des effets de l'accroissement de la population. Le
lobe terrestre se peuple et offre encore de vastes ■ spaces où peut multiplier la race bumaine; mais • ertaines parties apparaissent déjà, depuis longlomps même, comme encombrées; quelques penseurs voient dans cet encombrement la consé-
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quence naturelle d'un penchant inné à l'homme ; ils rendent ce penchant responsable de toutes les misères et de presque tous les fléaux, guerres, pestes, famines, nombreuses catégories de crimes, dont ont souffert et souffrent encore les générations humaines. La lutte contre les excès de ce penchant leur paraît l'œuvre sociale par excellence. Si cette lutte n'est pas engagée et poursuivie avec fermeté et avec méthode, si les individus n'y apportent pas à la société leur concours, l'avenir du monde et de notre espèce se révèle à eux sous les plus noires couleurs.
D'autres envisagent, au contraire, l'énigme avec plus de sérénité ; le pullulement de la race humaine ne les alarme pas ; ils s'en applaudissent comme d'un nouveau moyen de développer davantage, relativement à chaque unité humaine vivante, la force productive. Leurs inquiétudes sont dans le sens opposé; ils craignent que la modification de la nature, soit physique, soit surtout morale, de l'homme, par l'action des causes diverses qui composent le phénomène complexe de la civilisation, n'arrive à diminuer la prolificité et à réduire le nombre des hommes civilisés. Cette dernière conception, postérieure à la précédente, a pris, vers la fin du xix° siècle, une grande force ; nombre de phénomènes sociaux récents, d'un caractère suffisamment générai, viennent à son appui ; nous la formulions dès le lendemain de la guerre de 1870- 71, en ce qui concerne la France. Nous reprenions ce thème dans un de nos premiers cours au Collège de France en 1882-83 (1), dans notre Essai sur la
(1) Rappelons que, quoiqu'il soit d'usage de ne pas traiter "fréquemment du même sujet dans les cours du Collège de France et