‹ La Question de la PopulationChapitre 75 sur 177 · ANCES · texte numérisé non relu

ANCES

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ANNÉES ET PÉIUODES d'aNNÉES

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Moyenne de la période 1893-1895.

Moyenne de la période 1896-1898.

Moyenne de la période 1899-1901 .

Moyenne delà période 1902-1904.

Moyenne de la période 1905-1907.

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Moyenne de la période 1908-1910.

NATALITK COMPARÉE DES DIVERS PAYS d'eUROPF 241 COMPRISE PAR 1 000 HABITANT? SuUe.)

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p. LKROV-BEACLren.

242 l.\ QUESTION DE LA. POPULATION

Massaciiusetts,le Connocticulctle Rhodelsland(l). Les tableaux de M. Bodio ont été mis par lui à jour, sur notre demande, jusqu'à 1910. d'après le Seventy Third Annual Report of the Registrar gênerai of hirths, deaths and marriages, in England and Wales. London19l'2. En considérant ces tables, on voit que, pour presque tous les î^rands pays occidentaux, la natalité va sensiblement en diminuant depuis tout, au moins un quart de siècle. 11 n'y a guère d'exception que pour la Russie et la Roumanie, populations restées primitives.

Des tableaux de M. Bodio ressort la démonstration de cette loi démographique que le développement du bien-être, de l'instruction, des idées et des sentiments démocratiques affaiblit la prolificité.

Le tableau qui précède est de la plus haute importance au point de vue démographique. Il en ressort de la façon la plus saisissante la vraie loi de Ja population. Le prétendu principe de Malthus ne tient pas devant cet ensemble de renseignements positifs.

On peut lire ce tableau soit dans le sens horizontal, soit dans le sens Jvertical, c'est-à-dire soit au point de vue statique, à savoir du chiffre absolu des naissances dans les divers pays à un moment déterminé, soit au point de vue dynamique du mouvement et de la tendance des naissances dans le même pays d'une période à une autre. Il est aussi démonstratif dans l'un que dans l'autre cas.

Etudions-le d'abord dans le sens horizontal, à savoir au point de vue du taux statique des nais-

(1) Movlmento délia Popolazione. Confronti Internationali, Matrimoni e nascite negli anni 1874-1892, Rome 18&4.

NATALITÉ COMPARÉE DES DIVERS PAYS d'eUROPE 243

sances à chaque moment déterminé dans les différents pavs. On voit combien prodigieusement ces taux varient; ils vont de 26,2 p. 1.000 en chiffres ronds à 44 et 50 p. 1.000 et même un peu au delà, vers les années 1874-1880 et aujourd'hui (1910 et V.)\i) «le 18 J à 40 pour 1.000. Le taux des nais- /ncrs est plus que double dans certains pays de ce <iuil est dans d'autres. Nous considérerons comme un taux énorme des naissances celui qui est supérieur à 40 pour i .(XH) habitants , comme un taux très élevée celui de 36 à 39, un taux élevé celui de 30 à 35, ttntaux modéré celui de ^5 à 30, un taux bas celui qui n atteint pas ''25 p. 1 000, un taux infime et manifestement insuffisant celui qui est inférieur à W- On voit que le taux énorme des naissances entre iO et 50 p. i 000 et même un peu au delà n'est atteint dans le tableau qui précède que par les pays de V Orient de l'Europe, la Russie en première ligne, où le taux des naissances flotte aux environs de 50 p. i .000, la Serbie, la Roumanie, la Hongrie; encore, en ce dernier pays, ce taux a-t-il sensiblement fléchi depuis le début du siècle. Un moment, l'Empire germanique franchit la limite inférieure de ce taux énorme, mais un moment seulement, pendant la période 1S74-1S16, alors que l'on avait encore à réparer les vides de la guerre de i 87 0-i 87 i . Le taux très élevé des naissances, de 36 à 39 pour i .000 habitants, ne s'est manifesté d'une manière fréquente qu'en Italie, en Autriche et en Espagne et pendant les premières jjér iodes triennales en Hollande et en Finlande. Le taux simplement élevé des naissances, soit de 30 à 35, se renco7itrait, mais à la limite inférieure, jusque vers la fin du X/X' siècle, en Angleterre, en

Ecosse, en Norvège, en Danemark, en Suède, en Suisse, en Belgique, en Grèce, pour plusieurs de ces pays seulement pendant les périodes triennales du début. Le taux modéré des naissances, de '^5 à moins de SO, ne se trouvait guère au début qu'en France, en Irlande et dans le Massachusetts ; mais , dans la période d'années la plus récente, ces trois ' pays tombent de la catégorie du taux modéré des naissances à celle du taux très bas et même pour la France au taux tout à fait inp,me; d'autre part, la Suisse, la Belgique, la Suède ne figurent plus à partir de 1889-1898, et même en ce qui concerne les deux premières, pour la période 1886-1888, que dans cette catégorie du taux modéré des naissances. Enfin, dans la catégorie du taux très bas des jiaissances, W à moins de 35 p. 1 000, on ne trouvait ■ au débîit, que le Connecticut et Bhode Island ; on y rencontre à la fin la Belgique et l'Irlande, celle-ci par une cause spéciale, V émigration de la jeunesse adulte à destination soit de l Angleterre, soit des | pays en dehors de l'Europe.

Voilà ce qui ressort de l'examen du tableau des pages 238 à 241, en suivant les lij?nes horizontales. Les populations très prolifiques sont uniquement les populations primitives, peu développées intellectuellement, industriellement, peu avancées en aisance : la Russie en tête, suivie par ses acolytes, la Roumanie, la Serbie, et par la Hongrie. Les nations cultivées, industrielles, plus aisées, plus imbues des idées nouvelles, ont une population beaucoup moins prolifique : enfin les pays très avancés en richesse et beaucoup plus pénétrés des idées et des ambitions démocratiques, tout l'ouest de l'Europe, sauf l'Espagne et le Portugal, arri-

CHLTE DE LA NAl ALITE EN ANGLETERRE 245

t'nt à n'avoir plus qu'une natalité modique ou faible.

L'examen du tableau dans le sens inverse, c'estii-dire par tranches verticales, en considérant ( liaque pays dans les différentes périodes triennales écoulées de 1874 à 1910 ou 1911, suscite des conclusions tout aussi frappantes. Il appert de cet examen que le taux de la natalité est en réduction graduelle sensible, aux époques les plus récentes dans tous les pays, quasi sans exception, relativementaux périodes antérieures.

Si Ion considère les taux moyens d^ natalité des différents pays dans la période de i90i-i9i0, on trouve qu'ils sont très inférieurs, dans la généralité des cas relevés, aux taux moyens des périodes antérieures ; l'infériorité est parfois énorme. L'Italie elle-même qui, jusqu'à 1893 inclusivement, offrait une quasi-permanence du taux de natalité, s'est mise à présenter, depuis 1894, des taux assez sensiblement décroissants.

Nous nous exprimions comme il suit dans la dernière (la cinquième) édition de notre Traité théorique et pratique d'Economie politique, parue dans l'été de 4910 : « Pour presque tous les autres pays la chute graduelle de la natalité est très accusée et paraît en raison directe, quoique non strictement mathématique, de t accroissement du bien-être, de f aisance et du développement des idées nouvelles. » Sans nous arrêter à la France, pour laquelle nous avons fourni plus haut (pp. 194 à 220) des tableaux et des renseicrnements détaillés, voici l'Angleterre proprement dite et Galles, où le taux moven de natalité choit de 35,9 p. 1.000 dans la période i874-187(>. à 35,4 dans celle de 1877-79, 34 de

1880 à 1882, 33,4 de 1883 à 1885, 32 de 1886 à 1888, 30,8 de 1889 à 1892, 29,5 de 1893 à 1898, et 2S,9 de 1908 à 1910 ; la chute est régulière, ininterrompue et aboutit à une réduction de près de 30 p. 100 depuis 1874-1816. En Ecosse, la chute est parallèle à celle qui s'effectue en Angleterre. On arrive à ce résultat que Fensemble du Royaume- Uni, Angleterre, Galles, Ecosse et Irlande, tombe, en l'année 1910, à un taux de natalité modique, quoique fort supérieur à celui de la France, à savoir à peine 25 p. 1.000.

Depuis 1910, la natalité britannique a fait une nouvelle et considérable chute ; au mois d'août 1912, l'on publie le rapport trimestriel sur le mouvement de la population en Angleterre et dans le Pays de Galles [Registrar-General Quaterlij Retiirn), s'appliquant au deuxième trimestre de Tannée 1912. Il en ressort que le taux de la natalité durant cette période, calculé à Vannée, est de 3,7 p. 1.000 au-dessous du taux moyen du même trimestre pendant les dix années antérieures ; il n'est plus que de 23,9 pour 1.000 habitants ; c'était là le taux de la natalité française en 1886, il y a, par conséquent, moins de trente ans ; tout paraît présager que, vers l'expiration du premier quartier du xx'' siècle, la natalité britannique ne dépassera guère 20 p. 1.000, taux moyen approximatif de la natalité française dans la période 1906- 1910. Il est vrai que, la mortalité étant très faible en Angleterre, 12,7 décès seulement pour 1 .000 habitants, chiffre calculé à l'année, il y a encore un excédent notable des naissances sur les décès. Pour l'ensemble du Royaume-Uni , la natalité du deuxième triinestre de 1912 était un peu supérieure à celle

I HUTE DK LA NATALITE EN ALLEMAGNE 2+7

• le lAiiylelerre proprement dite et du Pays de Galles, soit au taux de 24,3 calculée à l'année, 1 ontre un taux de mortalité annuelle de 13-4; cela laissait encore subsister pour Tannée un excédent d'environ 300.000 naissances ; mais cet excédent paraît appelé à se réduire graduellement.

Le cas de la Belgique, de la Suisse, celui de la Suède, trois pays où le taux des naissances, supérieur k 30 p. 1.000 dans les années 1874-1879, est tombé depuis le début du xx" siècle aux environs de 26 à 2o p. 1.000, même au-dessous de 2o p. 1.000 en 1910 en Suède et au-dessous de 24 p. 1.000 en Belgique, est démonstratif dans le même sens. Il n'en va guère autrement de la Norvège et du Danemark, petits pays, mais empreints •'■sralement de l'esprit démocratique. La Finlande, l'ontréeunpeuprimilive, mais, cependant, en avance >ur la Russie, sur la Roumanie, sur la Serbie, ne dépasse plus que d'une fraction le taux de 30 p. 1 000. Parmi les grands pays de l'ouest de l'Europe, 1 Allemagne fait encore exception en conservant une natalité élevée, mais dont la tendance à la décroissance est, cependant, très marquée. On a vu (jue de 1874 à 1877 la natalité allemande a dépassé le taux de 40 p. i.OoO, tandis qu'elle n'est plus en 1909 que de 31,1 p. 1.000 mort-nés non compris . On pourrait croir»' que la forte natalité de 1874 à 1877 doit son origine à la guerre de 1870-71 et à les retards antérieurs dans les mariages; mais cette cause n'expliquerait que partiellement ce grand écart. D'après les statistiques allemandes, qui diffèrent en ce point de celle de M. Bodio qu'elles comprennent dans les naissances les mort-nés, tandis que celle-ci les en exclut, le taux

moyen de la natalité annuelle, ainsi défini, a été de 38,8 p. 1.000 dans la période 1861-1870, 40,7 p. 1.000 de 1871 à 1880, 38,2 de 1881 à 18!J0, 37,0 de 1891 à 1895, et seulement 34,1 en 1900, 33,2 en 1907, 33 en 1908 et 31,0 en 1909; c'est encore une natalité élevée, même en tenant compte que les mort-nés y sont compris ; mais cela représente une très forte diminution relativement à la période 1871-1880 et même à celle de 1881-90; relativement à cette dernière, la chute est 4'environ 18 p. 100. Si l'on examine le taux de la natalité dans les différentes parties de l'Empire germanique, on voit qu'elle est surtout forte dans les provinces où la population est encore imbue de l'esprit primitif et où elle jouit de peu d'aisance. En l'année 1909, par exemple, la natalité nîoyennc (mort-nés compris), étant de 31,9, les provinces de Posen, de Westphalie, de la Prusse Occidentale, de Silésie fournissent respectivement une natalité de 39,5, 38,8, 38,5 et 36,2p. 1.000, dépassant considérablement la moyenne ; ce sont là des pays primitifs et à population ouvrière pauvre. Par contre, les pays les plus riches et les plus démocratiques offrent une natalité très inférieure à la moyenne : l'Alsace-Lorraine 27,1 pour 1.000 habitants, le grand-duché de Bade 31,4, la Hesse 29,3, le Nassau 28,7, la Saxe Royale et le Hanovre 29,7 (1), tous taux inférieurs au taux moyen de l'Empire; enfin, la ville de Hambourg n'a que 25.8 et celle de Berlin 22 naissances seulement pour 1.000 habitants, ce qui, si l'on tient compte de

(1) Voir le Statistisches Jahrbuch fur das Deutsche Reich, livraison de J887, p. 16, 1897, p. 27, J898, p. 17. 1908, p. 16 ot 1911, p. 20 [Zwei und dreizùjster Jarhqanfi).

LA NATALllÉ AUX ÉTAfS-UNIS 240

rc qu'il faut en déduire les mort-nés, se rapproclie lioaucoup de la natalité de la ville de Paris. Il est donc visible que l'Allemag^ne, au fur et à mesure du développement de l'aisance et de la pénétration (Je toutes les couches de la population par les influences diverses que nous comprenons sous la rubrique générale de civilisation moderne, voit sa natalité lléchir, notamment depuis le commencement du xx" siècle.

La Hollande est dans la même voie, le taux de la natalité s'y étant réduit de 36,7 pour 1.000 habitants dans la période de 1874-1876 à 32,4 dans celle de 189<i-98 et à 29,1 dans la période 1908-1910. Il en est de même aussi de l'Autriche cisleithane qui garde encore, cependant, une natalité élevée; lelte contrée contient des provinces très primitives, la Galicie par exemple : néanmoins, la natalité, qui était au début de la période envisagée (voir le tableau, p. 238) de 39,9 p. 1.000, est graduellement tombée à 33,2, comme moyenne des années 1908-1910 et même à 32,5 pour 1910 seule. La Hongrie, pays plus primitif encore, montre une Itiidance analogue : la natalité qui, au début de la période envisagée, v atteignait 44, o p. 1.000 en moyenne, est tombée dans la dernière période triennale (1908-1910; à 36,8 pour i.OOO habitants t't même à 35,7 pour 1910.

La natalité dans les anciens États de l'Union Américaine du Nord. Les renseignements relatifs aux Etats-Unis d'Amérique, recueillis par Bodio et déjà un peu anciens, ne portent que sur trois petits Ltats de l'Est : le Massachusetts, le Connecticut • t le Rhode Island. Le taux de la natalité v est

faible, peu supérieur k celui de la France, dans ces derniers temps. D'après le recensement de 1890, le Massachusetts comptait 2.233.407 habitants, le Connecticut 745.861 et Rhode Island 345.343 (1) ensemble 3.300.000 âmes, issues principalement de vieux habitants des Etats-Unis, avec un appoint d'immigrants irlandais ou allemands. La natalité moyenne de 26,2 par 1.000 habitants au Massachusetts, 22,6 au Connecticut et 24,3 à Rhode Island est caractéristique (2). Peut-être pourrait-on arguer qu'une partie des jeunes gens de ces Etats à territoire restreint émigré vers l'Ouest et que la natalité se trouve ainsi réduite. Cette explication, toutefois, serait peu plausible, car il ne s'agit pas là de pays délaissés et en décadence : la population du Massachusetts s'est accrue de plus de 50 p. 100 dans l'intervalle des recensements de 1870 à 1890, celle du Connecticut de 40 p. 100 et celle de Rhode Island de plus de 60 p. 100.

Il est curieux que les Etats-Unis recrutant une notable part do leur population par l'immigration parmi les races réputées prolifiques, les Allemands, les Irlandais, sans parler, dans la région du Nord-Est, des Franco-Canadiens, aient un taux de

(1) Census Bulletin w 12, octobre 1890 : Population ofthe United States by States and Territories, p. -2.

(2) Nous (lcvon.s dire, cependant, qu'une circonstance se raltacliant à la tenue nièuie des statistiques fait supposer que la natalité réelle doit être un peu ])lus élevée dans ces L^tats américains, tout en restant encore faible. M. Levasseur fait remari|uer que' les parents ou médecins ou sages-femmes ont un délai d'un mois pour fournir les déclarations des naissances. On est porté à croire que les enfants qui meurent dans cet intervalle ne sont pas enregistrés (Levasseur, La Population française, t. II, p. dST, note). Mais dût-on relever de quelques dixièmes pour mille les proportions indiquées dans le texte, ce serait toujours une natalité très modique.

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