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La question de la tenure seigneuriale du Bas-Canada [microforme]

A Messieurs le Président et Directeurs de la Société d'Agriculture du Bas-Canada.

Messigurs &r CoLLecues,

La cause des progrès agricoles, à laquelle vous donnez le concours de vos recherches et de vos travaux, rencontre un obstacle qui rendra presque tous vos efforts sans fruit, tant qu’il ne sera pas écarté. Je veux parler de labsence des Capitaux pour l'usage des Agriculteurs (Comme je le dis ailleurs, la rotation de culture, l’emploi de fumiers, le drainage, les prairies artificielles, etc., etc., avec leur efficacité et leur excellence incontestées, ne seront toujours que des théories peu praticables, pour la masse des habitans du Bas-Canada, tant qu'ils seront privés des moyens pécuniaires pour en faire l’application.

Voilà ce que j'ai vivement senti dès avant même d’avoir été associé à vos travaux.

Une autre question tout aussi importante pour le Canada que l'amélioration de l'Agriculture et qui agite encore plus l'esprit

public, se discuté avec acharnement depuis plusieurs années,

et ne paraît pas devoir faire de progrès sérieux vers une solution désirable, arrêtée qu’elle est, elle aussi, par l’absence de Capitaux qui paralyse l'Agriculture,

La Tenure Seigreuriale ne peut subsister plus longtemps, dans l’état où se trouvent les esprits en Canada; nos sommes

arrivés au point où il est de l'intérêt des Seigneurs comme des Censitaires d’en finir au plutôt.

Il y a déjà longtemps que cela est admis par tout le monde ; mais quel pas a fait l’abolition depuis qu’elle est agitéé, quel

progrès fera-t-elle encore, tant que l’éternel obstacle que l’on rencontre dans l'absence de Capitaux, pour racheter les droits Seigneuriaux, ne sera pas levé ?

J’ai laissé volontiers à d’autres le soin de décrire avec plus ou moins d’impartialité ou de passion les abus auxquels la tenure a donné lieu ; je dis avec tout le monde : il faut que cela finisse ; et je ne regarde plus qu'aux moyens par lesquels il est possible d’arriver à cette fin.

Au point de vue sous lequel je prends la question, on ne trouvera, dans les considérations que je soumets à l'examen du public, ni l’égoisme étroit qui veille peut-être encore dans quelques vieux manoirs, ni la haineuse déclamation de quelques uns de ceux qui ont poursuivi l’abolition de la Tenure, ni la brigue de popularité qui en a peut-être inspiré certains autres. Je suis étranger aux passions qui se sont mêlées à cette grave question.

La justice est cosmopc'îte et de tous les pays. Soldat nomade de cette belle c::::° de la justice et du progrès, je la trouve noble sous le ciel hospitalier qui m’abrite depuis dix ans, comme sur le sol sacré et malheureux de mon pays natal, où je l’ai défendue au prix de lexil.

A l’œuvre de progrès à laquelle nous travaillons en commun, j'ai cru, Messieurs, que je pouvais donner le fruit de cette expérience qui ne s’acquiert qu’en s'associant intimement à la vie même des différents peuples que l'on peut mettre ainsi en comparaison de condition sociale ou politique.

A l’œuvre non moins grande qui doit rénover la condition de presque tous les habitans du pays, j’ai cru pouvoir offrir un mode de solution propre à concilier tous les intérêts et à opérer sans blesser les lois de la justice.

L’Agriculture à elle seule, tout importante qu’elle soit, aurait peut-être longtemps été un sujet d'importance trop mi-

neure, pour porter le public entier à rechercher de puissants

moyens de régénération et pour le disposer à accueillir un plan aussi vaste par ses résultats que celui que je soumets. Mais la Tenure Seigneuriale, dont l’abolition ne peut-être différée, peut devenir la source d’un bien immense, si elle était la cause qui dût porter à la poursuite de ces puissants moyens de régénération.

L’abolition de la Tenu:e Seigneuriale, envisagée au point de vue du mode de solution que j’indique, n’est plus seulement la cause des censitaires, elle devient par là la cause de tous les amis de leur pays, qui voient avec raison dans la culture du sol, la plus solide richesse de la nation.

Vous, Messieurs le Président et Directeurs, qui portez plus spécialement vos études sur l’exploitation du sol, vous apprécierez mieux que bien d’autres la nécessité d’un nouvel agent, dans le travail du progrès agricole, et j'ose croire que vous l’appercevrez comme moi, dans la création d’Institutions Financières, qui placent à la disposition du cultivateur des argents qu’il peut rembourser sans effort. Vous comprendrez l’impulsion vigoureuse que peut recevoir l'Agriculture par l’établissement d'institutions, que le sentiment général sur la Tenure Seigneuriale, est peut-être, seul, assez puissant pour créer dans le pays. L’Agriculture a besoin, indispensablement besoin de ce nouveau nerf; et si l'abolition de la Tenure en est la clef, saisissons-la, en rendant grâces à Dieu, de faire servir à la réhabilitation des populations rurales, une institution décrépite et condamnée. Du plus grand mal, peut ainsi sortir le plus grand bien, et l’on verra peut-être un jour, les Associations de Crédit Foncier, nées de la Tenure Seigneuriale, subsister encore et toujours pour alimenter l'Agriculture, après avoir effacé jusqu’aux derniers vestiges de la féodalité en Canada.

Après l'expérience que j’ai faite, Messieurs le Président et Directeurs, de l’ardeur de vos vœux pour l’amélioration du sort des classes agricoles, du zèle et du désintéressement que

vous portez dans vos travaux, j'ai regardé comme un honneur pour moi de soumettre mes réflexions au publiu, sous vos bienyeillans auspices. L'appel que je fais à tous les hommes graves et amis de leur pays de diriger leurs études sur les deux importantes questions de l’Agriculture et de la Tenure Seigneuriale, empruntera, j’en suis certain, en passant par votre entremise, de cette ardeur de patriotisme et de dévouement qui vous distingue à un si haut dégré.

J'ai l'honneur d’être, Monsieur le Président, et Messieurs. les Directeurs, avec une haute considération, votre serviteur très-obéissant,

À. KIERZKOWSKL.

Sr. CuHances, Riviere Ricuezrew, Juin 1862.

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LA QUESTION DE LA TENURE SEIGNEURIALE DU BAS-CANADA, RAMENÉE A UNE QUESTION

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