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La Question des Aveugles en 1910: Notes et Documents

Depuis vingt ans ((ne l’Association Valentin Haüy pour le Dieu îles aveugles a inscrit en tête de son programme : a Unir, seconder les personnes et les œuvres qui s’occupent des aveugles, étudier, propager, appliquer tout ce qui peut concourir à l’instruclion et au patronage des aveugles, et entin vulgariser la pro[)liylaxie de la cécité », son aciion, aussi énergique que persévérante, a parfaitement réussi. On commence à beaucoup parler des aveugles, on en parle un peu partout, et il se j)roduit une chose étrange au premier abord, bien qu’elle soit très humaine, partant, très naturelle et très pi'évue.

Ceux même qui doivent à l’Association Valentin Ilaüy l’idée de s’occuper des aveugles', qui ont puisé dans ses travaux leurs très récentes documentations,

non seulement oublient de lui en savoir gré. mais, clans leur zèle de néophytes, la crilic[uent violemment, la battent en brèche, trouvant ses allures trop modérées, sa marche trop pnidente. Une grande confusion règne dans l’esprit de ces typhlophiles souvent mieux intentionnés que bien informés. Parlant de notions inexactes ou iucom[)lètes, ils construisent hâtivement une théorie, s’y installent, et malheur à ceux qui essaient de leur montrer l’a jniori, la fragilité de cette construction. Immédiatement ces contradicteurs sont accusés d’être amis de la routine, ennemis du progrès. Car les tirades sur la routine, bien que passablement surannées, restent une machine de guerre qu’emploient volontiers certains amateurs d’amplifications faciles; du reste, ils ont peut être raison, à leur point de vue, puisque cela produit toujours de l’effet sur le public mal informé, sur les esprits simplistes. Un de mes amis, qui ne détestait pas le ])aradoxe, me disait un jour : (( Vous, gens spéciaux, ne valez rien pour pai'ler au public des choses dont vous vous occupez; car, pour lui dire d’une question ce qu’il a envie d’en savoir, il est essentiel de ne pas la counaître soi même... » Sans doute, la formule est exagérée, mais n’est il pas vrai que lorsqu’on est trop absorbé dans unealïaire.

011 tlislingiie malaisément les aspects pouvant le mieux frapper un public qui n'en connaît pas le premier mot et (|ui ne tient pas à en apprendre j^rand chose? En elïet, lorsque, du matin au soir, depuis de longues années, on ne s’occupe, pour ainsi dire, (|ue de questions touchant les aveugles, qu’on vil au milieu d’eux, étudiant les moindres détails se ratlachant à leur intéi'èt, on éprouve assez d’embarras loi’S(|u’il faut en parler j/endant une demi-heure ou en écriie loO lignes. Ce serait tout dilîérent s’il s’agissait d’écrire un volume de 300 pages ou de faire une série tle conférences : alors, on se scnlirait à l’aise.

Le choix à faire est obsédant. Vaut-il mieux l>arler de ceci ou de cela ? Qn’est-ce qui intéressera davantage? Tels détails ne sont ils pas déjà suffisamment connus ? Ne faut-il pas dire des choses plus neuves? Faut il enirer dans telle explication ? Convient il de passer ra|)idement sur tel point, d’insister sur tel autre, etc. ? Et l’on s’empêtre dans ces scnipnles, dans ces incertitudes, pendant que passent les heuies disponibles pour la préparation de la r*anserie ou de l’article.

Bien au contraire, celui qui d’hier seulement a|)proche la question, se trouve de plain-pied avec ses auditeurs ou ses lecteurs : ce qui l’intéresse a

chance d’intéresser son public, ce qu’il ignorait est très probablement ignoré par ce public, il est donc débarrassé du souci de choisir. Choisir, angoisse de riiumanité !... Enfin, pour peu qu’il ait souci d’exactitude, un vieux routier est constamment arrêté par des doutes. Peut-on, en toute assurance, affirmer ceci ? Cela est-il bien l’expression de la vérité ? Tel chiffre n’est il pas exagéré, n’a-t-il pas été faussé par telle circonstance accidentelle ? De semblables soucis ne hantent pas l’esprit du nouveau venu dans une question ; il va droit devant soi, sans même se douter des objections les plus capitales qu’on peut lui faire et qu’on lui fera certainement ; mais qui ? Les spécialistes : or, ce n’est pas à eux qu’il s’adresse, le public n’en demande pas si long, il veut ou qu’on ne lui parle pas des choses, ou, si on lui en parle, que ce soit brièvement, sans beaucoup d’explications ni détails, sans scrupules ni atténuations. Les affirmations nettes, même tranchantes, ne sont pas pour lui déplaire, quelle que soit, d’ailleurs, leur plus ou moins d’exactitude.

C’est pourquoi, pendant que nous étudions, tachant de mûrir les idées, d’en dégager ce qui est pratique, hésitant à publier des choses hâtives qui nous semblent trop superficielles, d’autres mènent

grand tapage, lancent dans Tair des bulles de savon brillaininent colorées parfois ; elles crèveront bientôt, c'est certain, mais, pour un moment, elles attirent l’allention.

Faisant table rase de ce qui existe, et qu’on ne connaît même pas toujours, on publie des plans d’organisation, de léorganisation, comme si toute chose allait dater de là, sans tenir compte de l’expérience acquise. Et malbeur à qui, dans une conversation, un comité ou une revue, se permet de dire:(( Prenez garde, telle chose n’est neuve que ])our vous... elle a été essayée sous cette forme ou sous une forme peu dilïérente qui n’eu modifiait pas l’essence, l’expérience l’a infirmée... ». Immédiatement, on est lapidé, taxé de rétrograde, de routinier, d’ennemi du progrès. Et d’autres, plus simplistes ou plus vulgaires, s’imaginent aussitôt qu’on a quebfu’intérét matériel à ne pas admettre ce qu’il leur plaît de qualifier de progrès.

Ici, volontiers, je saisis l’occasion d’insister, d’appuyer sur un point. Qu’on veuille bien ne pas me faire dire que je demande le stalii quo, assurant qu’il n’y a rien à faire, que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes... des aveugles ». Certes, depuis trente ans, j’ai dit assez de paroles et assez écrit de pages pour qu’il soit difiicile de me

prêter une telle opinion. Mais les gens ([ui s’intitulent (( promoteurs de progrès » n’ont rien lu, n’ont rien étudié. Ou bien, si d’aventure un écrit est tombé dans leurs mains, ils y prennent une phrase, l’isolent du contexte et s’en servent pour échafauder toute une théorie contre celui ou ceux qu’ils veulent desservir. Je répète donc ici ce que j’ai dit vingt fois ailleurs : je pense que le sort des aveugles est loin d’être heureux, qu’il y a beaucoup à faire pour l’améliorer, qu’il faut inviter tous les gens de cœur à s’y employer dans la mesure de leur pouvoir, que ce n’est pas trop du concours de l’Etat et de la bienfaisance privée pour se rapprocher du but. Mais je crois qu’il faut être véridique et pratique, ne pas promettre aux aveugles ce qu’on ne pounait pas tenir; qu’il ne faut pas perdre le temps à rêver de chimères, ne pas faire table rase de ce qui existe, démolir sans savoir au juste comment on reconstruira ; qu’il faut, tout au contraire, se servir de ce qui existe pour arriver à faire mieux. 11 y a, de par le monde, des esprits orientés de telle sorte que lorsqu’ils se trouvent eu [)résence d’une organisation quelcomiue, au lieu de la considérer avec symiiathie, étudiant ce fini s’y ti'ouve de bon alin de l’imiter, pi’êts à s’enq)loyer, au besoin, pour complélei’, perfectionner ce (lui est incomplet ou i)erfectible,

exniniiienl les choses pour les critiquer avec malveillauce, voulant immédiatement les changer, les rem[)lacer eu prenant le contre-pied de tout; car, dans rempressement à signaler les inconvénients de ce qui est, on oublie de prévoir ceux de ce (jui sera. C’est là une malheureuse tendance qui fait perdre beaucoup de temps et retarde beaucoup le vrai j)rogrès.

Lorsqu’une charrette est lourde à l rainer, on avance plus vite et mieux en se mettant délibérément à pousser à la roue ([u’en faisant de beaux discours sur la manière dont la charrette est construite ou chai’gée, et sur les avantages qu’il y aurait à construire un véhicule de modèle nouveau ou qu’on croit tel. 11 est rare que les bouleversements, les violences donnent tie bons résultats. Dans la société comme dans la nature, les choses durables ne sont elles pas celles qui, loin de surgir tout d’un coup, procèdent, au contraire, par commencement et par progrès, s’enchainent, se coordonnent, naissent les unes des autres? Rien de tlurable ne s’éditie sans le concours du temps, c’est une loi à laquelle il n’est pas possible de se soustraire; en matière d’économie sociale, elle se vérifie chaque jour. Par conséquent, les gens sages, avisés, qui agissent, non pour se faire une réputation

personnelle, pour recueillir des applaudissements, mais pour faire véritablement œuvre utile et durable, ceux-là ne peuvent marcher que pas à pas, et ils se trouvent fatalement en butte à la critique des inexpérimentés qui croient qu’en vingt-quatre heures la face des choses peut changer.

Nous sommes un certain nombre d’aveugles et de clairvoyants, qui, depuis un quart de siècle, travaillons de toutes nos forces au « Bien des Aveugles ». Certes, nous n’avons pas fait tout ce qui était à faire et même tout ce que nous voulions faire!.... Mais, précisément parce que nous avons fait quelque chose, nous savons aussi bien que qui que ce soit, et certainement beaucoup mieux que plusieurs, les besoins des aveugles. Nous ne pensons pas, toutefois, que le bon moyen pour parvenir à réaliser ce bien, soit de commencer par ameuter les aveugles contre ce qui existe, en leur disant que ce qui a été fait est mauvais, et en berçant leur imagination de conceptions idéales où, du jour au lendemain et comme d’un coup de baguette magique, tout deviendra facile.

Dans cette campagne de dénigrement et quelquefois d’attaques violentes, on a accusé l’Association Valentin Ilaüy d’être arriérée, routinière, ennemie du progrès; mais pour dire cela, il faut ou être de

mauvaise foi, ce qu’oii ne doit supposer qu’en dernier lieu, ou d’une ignorance inqualifiable. Il faut ne s’occuper des clioses des aveugles que d’aujourd’liui, pour ignorer que l’Association Valentin Haüy n’est pas une société centenaire, mais qu’elle date d’hier ; fondée en 1888, autorisée en 1889, reconnue d’utilité publique en 1891, elle a pris son essor il y a une quinzaine d’années. Il faut ne s’occuper des aveugles que depuis quelques jours ou quelques mois, il faut n’avoir rien étudié pour ignorer quelle était la situation, il y a vingtcinq ou trente ans, lorsque le Valentin HaUij, le Louis Braille, les Conférences Valentin Haüy ont commencé et, avec eu.\, tout ce groupement d’où est sortie l’Association Valentin Ilaüy qui a débuté sans aucunes ressources matérielles et qui, depuis cette épocjue encore si proche, a déjà tant fait pour les aveugles de tout âge et de toute situation, en ne distinguant parmi eux que le degré de malheur. Tout n’a pu être fait, c’est très évident ; il reste immensément à faire, c’est non moins incontestable; mais, je le répète — lorsqu’on ne redit pas les choses à satiété elles ne sont pas entendues — nul ne se rend mieux compte du chemin restant à parcourir que ceux qui ont déjà accompli une forte étape. Seulement, comme ils ont étudié les

questions et connaissent la route, iis ne veulent pas, sous prétexte de prétendus progrès, s’engager dans des impasses ou faire des choses qui ne peuvent que jeter de la poudre aux yeux des naïts, que profiter à quelques aigrefins tapageurs. De Ki, les attaques que subit l’Association Valentin Haüy ; mais dire qu’elle n’est pas amie du progrès est véritablement absurde, car s’il en était ainsi, elle n’aurait jamais fait ce qu’elle a déjà accompli (1).

Je crois l’avoir dit ailleurs : il ne faut pas, sous prétexte de faire scientifiquement le bien, s’enfermer dans une bibliothèque et passer des jours et des années à dépouiller des dossiers, étudier des statistiques, tracer des graphiques, pendant que les malheureux dont on prétend s’occuper souffrent et meurent en attendant qu’une solution totale soit

trouvée J’ai dit là ce que je pense de ces

(( pbilantbropes de cabinet » comparés à d’ (( bunibles gens de bien » qui, guidés surtout par leur cœur, mettent immédiatement la main à la besogne. Toutefois, il est dangereux de marcher à raventure sans (|uelqu’un pour vous guider si l’on ne connaît pas bien la route soi inôme ; il est naïf ou orgueilleux, dangereux en tous cas, de croire que tout date du

(P Voir Appendice VlII.

jour où l’on est, soi, entré en scène, et que, par conséquent, il s'agit de tout imaginer, de tout inventer. Non, rien n’est si nouveau que cela, pas

même la Queslion des aveugles Et parmi les gens

de bien, il y a des apliluiles variées. Les uns sont ])lus proj)i‘es à l’étude (|u’à l’aclion ; d’autres mieux faits pour l’action f[ue pour l’étude. Un des mérites de l’Association Valentin llaüy est d’avoir su trouver, attirer, retenii* en nombre important les gens d’action e( les gens d’étude; ils s’entendent, s’aident et se complètent mutuellement, en sorte qu’on est à l’abri des entraînements, des bévues qui peuvent résulter de l’ignorance. D’autre part, les gens iraction sont toujours là pour empêcher les gens d’étude de s’oublier dans leurs recherches et leurs combinaisons savantes.

Feuilletez les éci'its des typblo[)hiles à illumina lions subites — je veux [)arler des typhlophiles (jui, sans pi-éi)aration, sans étude, se mettent tout d’un coup à dogmatiser sur les matières concernant les aveugles — et vous serez frappés de leur intransigeance, de leur conliance invincible en leur propre jugement. Kapprochez les écrits des (( illuminés » d’il y a cinquante ans et ceux des « illuminés » d’aujourd’hui, et vous ven ez qu’en 1910, comme en 1860, c’est toujours la même manière de procéder Tout ce

qui a été fait avant eux ne compte pas, on suivait une mauvaise voie ; mais heureusement ils sont venus, ils ont trouvé la vérité, la voici : c’est leur

idée, leur système, leur appareil Grâce à eux, la

vie des aveugles sera changée, transformée, et ceux qui n’adoptent pas leurs idées sont « des méchants », routiniers malfaisants, voulant exploiter la misère

des aveugles, etc., etc Qu’il s’agisse d’un métier

nouveau ou prétendu tel, d’un type d’établissement, ou même d’un simple appareil d’écriture, le tranchant des affirmations, la violence des reproches est à peu près semblable. Mais continuez à lire, vous verrez que, quelques années passées, ces prétendus initiateurs ayant disparu de la scène, leur prétendue découverte disparaît également, souvent même elle disparaît avant eux. Or, avaient-ils raison ? ont ils été victimes de la routine, du préjugé, delà mauvaise volonté? leur idée était-elle géniale? aurait elle,

par malheur, été étouffée par l’obscurantisme ?

Non point! l’idée — au moins sous la forme

absolue qu’on lui donnait — était fausse : voilà tout ; elle n’a pu résister à l’expérimentation.

A ne remonter qu’à quelques années, n’a t on pas prétendu enseigner utilement l’accordage des pianos à des hommes de cinquante ans devenus aveugles et qui n’avaientété nullement préparés par leur métier

antérieur à cette profession quasi artistique ? X’avons-nous pas entendu certains typhlopliiles prétendre (lu’il fallait apprendre la musique à tous les aveugles, et que, grâce à telle méthode géniale, (( il était possible d’apprendre la musique même à un cheval de liacre »?... N’avons-nous pas entendu déclarer, il y a bien des années, que c’en était fini de la carrière d’organiste et de professeur pour les aveugles, l’étude de la musique ne pouvant faire d’eux que des mendiants, etc, etc; que le salut était exclusivement dans les travaux manuels, et que le moyen était trouvé de faire gagner aux aveugles, dans ces métiers, des journées bien supérieures au gain des musiciens? Or, à ne prendre que les musiciens anciens élèves de l’Institution nationale, on trouve 13 garçons et 9 fdles ayant obtenu des postes nouveaux en un an (1908 1909). Et au Centenaire de Braille, qui, l’an dernier, réunissait à Paris nombre d’aveugles venus de tous les points de la France, l’observateur le plus superficiel distinguait vite les musiciens des ouvriers à l’aspect d’aisance que la mise, la tournure des premiers révélait tout de suite ; on avait l’impression de gens gagnant très bien leur vie. Eb bien, s’il y a vingt-cinq ans, on avait écouté les contempteurs de la musique, ces aveugles musiciens auraient été appli-

quésaux métiers manuels (1). Ne voyons-nous pas aujourd’hui les aveugles allemands réunis à Dresde en Congrès (2) demander aux inslilutions d’aveugles de leur pays de se préoccuper de la musique en tant que carrière, parce qu’ils trouvent que, lorsqu’un aveugle peut réussir dans la carrièi-e de professeur ou d’accordeur, il gagne tout autrement sa vie que dans les métiers manuels ?

N’avons-nous pas entendu dire qu’il fallait n’employer dans l’enseignement des aveugles que les caractères vulgaires, en relief linéaire, et proscrire le Braille qui était une routine? N’avons-nous pas entendu dire que les écoles, les ateliers spéciaux pour les aveugles étaient des monstruosités, des aberrations, des inventions de gens voulant se créer des situations; que la vérité était d’élever l’enfant aveugle à l’école communale des clairvoyants ^t de le mettre en apprentissage chez un patron clairvoyant du village ou de la ville; qu’aiusi les aveugles ne seraient pas séparés de leur famille, de leurs camarades naturels ; que leur mentalité serait alors bien supérieure, etc.^ au lieu de les soumetireau régime exceptionnel de l’école ou de l’atelier spécial ; et que, seul, l’intérêt des directeurs

(1) Voir Appendice V.

(2) Voir page 82 et siiivaiiles.

ou professeurs s’opposait égoïstement à celte magnili(|ue et si simple solution de la question des aveugles? Kn même temps, d'autres typlilopliiles non moins aiïirmatifs, non moins tranchants, disaient (pie pour que l’aveugle puisse faire quelque chose de hon, il était indispensahle de le retirer de sa famille aussi jeune que possible, dès trois ans si Ton peut, et jamais après treize ans, et alors, le garder toute sa vie dans un établissement spécial : école, atelier, asile...

Oui, nous avons entendu dire cela et bien d’autres choses encore.

Nous avons été successivement, parfois simultanément analbémalisés par les outranciers de ces divers systèmes, traités par eux de routiniers, jiarce (pie nous ne voulions pas admettre leur intransigeance, parce que nous disions : « f.a vérité est au milieu... » Evidemment nous avions raison, le temps, les faits l’ont montré, mais au moment même le rôle des modérés est des plus ingrats. Devant le public, ils ont une position très désavantageuse. Les exclusifs, les violents impressionnent beaucoup plus, réussissent beaucoup mieux. Ils procèdent par alfirmations catégoriques ; « Ce que je vous présente est e.xcellent, c’est le bon; ce que je combats est détestable, c’est le mauvais, c’est le mal. » En deux

lignes, leur Ihèse est exposée, ils n’ont pas de distinctions à faire. Au contraire, les autres, les modérés ont besoin de beaucoup plus de temps et d’espace pour s’expliquer, ils sont obligés à des distinctions qui fatiguent, et avant qu’ils aient fini d’exposer la question, déjà on ne les écoute, on ne les lit plus : c’est peut-être ce qui m’arrivera aujourd’hui.

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