‹ La Question Des Bureaux De Placement: Loi De 1904, Ses RésultatsChapitre 31 sur 49 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Résultats de l’enquête de 1908 sur le placement des employés, ouvriers et domestiques à Paris depuis la promulgation de la loi du 14 mars 1904, et renseignements complémentaires.

Il avait été procédé, en 1893 et en 1901, à des enquêtes sur le placement des employés, ouvriers et domestiques ; une nouvelle enquête était nécessaire après les modifications apportées dans notre législation pour se rendre compte des effets produits par la loi du 14 mars 1904.

L'Office du travail comprenant l'importance primordiale de cette enquête chargea un de ses enquêteurs permanents d’y procéder, en limitant ses investigations à Paris. Pourquoi cette réserve ? Nous en trouvons l'explication dans la lettre adressée le 1° septembre 1909 par M. Fontaine, directeur du travail, à M. Viviani, ministre du travail et de la prévoyance sociale : « Paris, y est-il dit, présentait donc par l'importance de son agglomération, par l'acuité avec laquelle s’y est toujours discutée cette

question du placement et par l'application complète qui, dans les professions les plus spécialement intéressées, y élait faite de la nouvelle loi, un champ assez vaste pour juger des effets produits par cette loi et des réclamations et appréciations dont elle était l'objet. »

L'enquête en question fut confiée à M. Numa Ra- Îlin. Commencée à la fin de l’année 1906, elle fut terminée en septembre 1908 et conduite avec une conscience à la quelle il est juste de rendre hommage ; elle est pour nous une source précieuse de renseignements. Il est toutefois regrettable qu'elle soit restrente à Paris et ne nous permette pas, par suite, de nous faire une idée générale de la situation du placement en France (1). D'autre part, elle est déjà vieille de quatre ans. Mais elle présente cet immense avantage d'avoir un caraclère officiel et de ne contenir que des indications d’une authenticité incontestable. Nous nous proposons d'en résumer en quelques pages les résultats généraux ; mais nous ne croyons pas inutile de signaler auparavant la façon dont il a été procédé à cette enquête.

L'enquêteur crut devoir se rendre lui-même aux sièges de toutes les associations qui effectuent le placement. En outre, il adressa aux associations avec

(4) Nous verrons qu’une seconde enquête fut également effec-

tuée en 1909 en province, mais à plusieurs égards elle est moins . complète que celle qui fut faite à Paris.

lesquelles il s'était mis en rapport une circulaire dans laquelle il leur demandait de lui fournir la statistique mensuelle des placements effectués avant et après la loi du 14 mars 1904, en lui indiquant quel est le personnel qui a été placé par le bureau (apprentis, demoiselles de magasins, ouvriers...) et en y joignant leurs observations personnelles.

L'enquête à laquelle il fut procédé est divisée en deux parties, selon la catégorie des professions sur laquelle elle portait.

La première catégorie embrasse les professions dans lesquelles les bureaux de placement payants ont été supprimés, c’est-à-dire les professions de boucher, boulanger, coiffeur, cordonnier, cuisinier, garçon d'hôtel, garçon limonadier, restaurateur, garçon marchand de vin, garçon nourrisseur, pâtissier et teinturier. Les statistiques les concernant comprennent les années 1903, 1904, 1905 et 1906.

La seconde catégorie porte sur les professions dans lesquelles les bureaux payants peuvent continuer à fonctionner en se conformanf à la loi du 14 mars 1904, à savoir : les professions d'employés de banque, de commerce et d'industrie, d'employés de marchands de comestibles, de domestiques, de garcons épiciers, de garçons meuniers et de membres de l’enseignement. Ici les statistiques comprennent les années 1903, 1904, 1905, 1906 et 1907.

Avant d'entrer dans le détail de chacune de ces catégories, nous croyons utile de faire connaître les résultats généraux auxquels a donné lieu l'application de la loi.

SECTION I. — Résultats généraux.

$ 4. — Bureaux autorisés.

En 1907, le total des bureaux autorisés s'élève à 236 se décomposant ainsi ;

Employés de commerce, de banque et d’in-

RER ES AR TS enr de 2 Employés de marchands de comestibles... 3 Domestiques en tous genres.........:.... 203 CE DIS N e n ee Lido mec sosie 3 PACS INReNNICrS AN TN AE nee 1

Membres de l’enseignement (employés et

UE LS er UT 15 Membres detlenseistemente.,..... 2... 9 Au total 236.

En 1897, le nombre des bureaux autorisés était de 232. Il y a donc eu une augmentation de quatre unités. Cette augmentation est due à la création dans la banlieue de Paris de 6 nouveaux bureaux, compensée elle-même par la disparition de deux bu-

reaux de Paris qui n’ont pas été remplacés.

Ces 236 bureaux se décomposent ainsi : 216 bureaux à Paris et 20 bureaux dans la banlieue. Hàtons-nous toutefois d'ajouter que, sur ces 216 bureaux, 29 ont interrompu leur fonctionnement, mais comme leurs titulaires ont volontairement cessé leurs opérations et que les arrêtés d’autorisation n’ont pas été rapportés, rien n'empêche qu'ils ne soient un jour à nouveau ouverts. Observons aussi que, depuis la publication de cette enquête, à la suite d'un arrêt rendu par Île conseil d'Etat, le 21 février 1908, plusieurs bureaux ont également cessé volontairement de fonctionner.

$ 2.— Bureaux de placement municipaux.

Il résulte de l'enquête qu'il n’y a guère que les employés de commerce et d'industrie et les domestiques en tous genres qui ont normalement recours aux bureaux municipaux. À raison de ce fait que les statistiques dressées depuis 1904 ne donnent plus que des totaux généraux pour les employés et gens de maison et se bornent pour les autres professions à enregistrer les offres d'emplois, et que, d'autre part, le conseil municipal de Paris a, dans le cours des années 1904 et 1907, décidé la création de quatre bureaux municipaux, dans les VIT, VIII IX° et XVI° arrondissements, il est assez difficile de se rendre un compte exact de l'influence qu'a pu avoir

la loi du 14 mars 1904 sur les chiffres des placements effectués par ces bureaux. On peut cependant constater un certain accroissement du nombre de placements par un simple rapprochement de chiffres

En 1904, les 16 bureaux municipaux avaient effectué 33.841 placements à demeure pour employés et domestiques et avaient reçu et affiché 47.900 offres de travail pour les autres professions.

En 1907, les 20 bureaux existants avaient effectué 39.106 placements à demeure pour employés et domestiques et avaient reçu et affiché 78.627 offres de travail pour les autres professions.

Il y avait donc une tendance incontestable, de la part des employeurs, comme de la part des employés et des domestiques, à délaisser les bureaux payants et à s'adresser, de plus en plus, aux bureaux muni- Cipaux.

Il faut, toutefois, observer que, d'après les renseignements qui nous sont fournis par l'Office du travail, les résultats sont moins favorables en 1909. En effet, au cours de cette année, les bureaux municipaux ont, d’après les statistiques officielles, effectué 35.896 placements à demeure, dont 9.611 pour les hommes et les jeunes gens, 26.160 pour les femmes et les jeunes filles, et 125 pour des ménages. Ce chiffre présente une diminution de 3.210 unités sur

celui de 1907. Il est vrai que, par contre, pour les placements professionnels, les bureaux municipaux ont reçu, dans cette même année 1909, 85.694 offres, ce qui constitue une augmentation de 7.067 unités sur le chiffre de 1907.

Il nous paraît indispensable, à raison de l'extension prise par les bureaux municipaux de Paris, d'entrer dans quelques détails sur leur organisation et leur fonctionnement. Nous puisons les renseignements qui vont suivre, dans le Bullelin de l'Office du travail de 1910 (1).

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