TION, ET X OUVRIR LE CŒUR À LA SÉDUCTION DES PASSIONS
" qu'à inspirer ces grandes conceptions qui ont honoré quelques " grands génies, auxquels il était loin de refuser son admiration."
Voici maintenant ce que dit M. le Correspondant :
" D'après son illustre historien (Beausset) l'aigle de Meaux ^' blâmait hautement l'imitation des auteurs païens, dont les qua- " lités brillantes n'étaient propres, selon lui, qu'à ajouter une " dangereuse séduction aux enchantements d'un culte qui n'offrait " à l'adoration des peuples que des tableaux voluptueux, des sou- " venirs coupables et de grands scandales. Il aurait voulu qu'on " préférât les grandes images, les nobles pensées, la richesse, la " force, l'originalité d'expressions répandues dans les Livres " Sacrés, à une poétique étrangère à la religion, à la morale, à la " législation, aux habitudes des peuples modernes ; et il mani- " festait des craintes sérieuses que cette poétique ne servit qu'à " égarer l'imagination des jeunes gens et à ouvrir leur cœur à la " séduction des passions."
M. l'abbé, après avoir mis en parallèle le texte 'de Beausset et la citation de M. le Correspondant, en appelle à la franchise de ce dernier et dit : " Soyons donc francs, M. le Correspondant. Donc, d'après son illustre historierij ce que l'aigle de Meaux a
blâmé, ce n'est pas, comme vous le dites, l'imitation lîïis AUTEURS PAÏENS, mais l'emploi des brillantes fictions que la mythologie a transmises aux poètes de tous les siècles. Donc, d'après son illustre historien, ce ne sont pas les qualités brillantes des auteurs païens, qui, selon Bossuet, n'étaient propres qu'à ajouter une dangereuse séduction, etc., mais l'aigle de Meaux désirait simplement que la poésie dans son langage
SUBLIME EUT DÉDAIGNÉ CES FRIVOLES ORNEMENTS, c'est-à-dire
l'emploi de ces brillantes fictions."
Que M. l'abbé nous permette de le dire : dominé par une idée fixe, il n'a compris ni Bcausset, ni M. le Correspondant ; peut-être ne s'est-il pas compris lui-même. En effet, dire comme Beausset que Bossuet hlâme remploi des brillantes fictions de la mythologie, et qu'il désire que la poésie dédaigne ces frivoles ornements, imaginés pour ajouter une dangereuse séduction aux enchantements d'un culte qui ne parlait qu'aux sens; ou dire avec M. le Correspondant que " l'aigle de Meaux blâmait hautement l'imitation des auteurs païens, dont les qualités brillantes n'étaient propres qu'à ajouter une dangereuse séduction aux enchantements d'un culte qui ne parlait qu'aux sens," c'est dire absolument la même chose en termes différents. Car, que sont ces qualités brillantes, propres à ajouter une dangereuse séduction aux enchantements d'un culte qui ne parle qu'aux sens, sinon les fictions mythologiques ; et qu'est-ce encore que V imitation des païens dont il est ici question, si ce n'est l'emploi de ces fictions de la mythologie ? De quoi en effet sont remplis les livres des auteurs païens les plus célèbres, Homère, Virgile, Euripide, Sophocle, Pindare, Ovide, Horace ? De fables mythologiques.
Analyser quelques phrases d'un auteur, remplacer certains mots du texte par leurs équivalents, voilà donc en définitive ce que M. l'abbé appelle falsifier. Ce n'est pas malin, comme on voit.
M. l'abbé ajoute : " Bien compris, Beausset n'entend pas exposer ici la pensée de Bossuet sur l'usage, même exclusif, des auteurs païens dans les études classiques, mais sur l'introduction abusive des fictions mythologiques dans la poésie en général."
M. l'abbé, nous aimons à le croire, a assez de philosophie, pour savoir que tout efifet a une cause, et que si les effets que produit nécessairement une cause sont déplorables, le blâme donné à ces effets rejaillit sur la cause elle-même. Or, d'où vient cet abus qu'on a fait des fictions mythologiques pour enflammer les passions d'une jeunesse imprudente, comme dit Beausset ? De l'usage trop exclusif des auteurs païens, évidemment. Donc, Bossuet, en blâmant cet abus, a blâmé par là même l'étude trop exclusive des auteurs païens, dont cet abus était la conséquence naturelle et inévitable.
Si M. l'abbé veut avoir un jugement de Bossuet plus précis sur les auteurs païens les plus célèbres et les plus admirés, qu'il lise ses lettres à Santeuil. Il verra là que Bossuet déclare avoir quitté depuis longtemps la lecture de Virgile et d'Horace ; qu'il n'aime pas les fables, et qu'étant nourri depuis beaucoup d'années de l'Ecriture Sainte, qui est le trésor de la vérité, il trouve un grand creux dans ces fictions de l'esprit humain et dans ces productions de sa vanité. Dans son traité de la Concupiscence, il stigmatise Virgile en particulier en l'appelant l'avocat du vrai et du faux ; un bon épicurien ; un adorateur de la vaine gloire et un contempteur de la vérité.
Une chose entr' autres a puissamment contribué à jeter ici M. l'abbé hors de la voie. C'est que, comme lui-même l'avoue naïvement, les citations dont fourmillent les écrits des partisans de la méthode chrétienne sont en si mauvaise compagnie, qu'à priori avant vérification, il les croit faites pour en imposer. Ecrivant donc d'après une idée qu'il s'est faite d'une chose bien plus que sur la chose elle-même, M. l'abbé fait de longues dissertations, de beaux raisonnements dont le seul défaut est d'aboutir à des conclusions absurdes.
Mo l'abbé, pour être d'accord avec nous sur le point qui nous occupe, voudrait peut-être que Bossuet eut été plus explicite encore sur les dangers de l'enseignement païen, et qu'il eut parlé du paganisme dans l'éducation dans les mêmes termes que Mo-r. Gaume. Ici, M. l'abbé oublie une chose : c'est que les hommes,
Tnême les plus clairvoyants, n'aperçoivent pas toujours les dernières conséquences d'une institution nouvelle ou d'une coutume qui s'dtablit ; il oublie encore qu'au temps de Bossuet l'expérience du système que nous combattons n'était pas faite, comme elle l'est de nos jours. Si Bossuet vivait aujourd'hui, s'il voyait, comme nour,, le paganisme déborder de toutes parts dans les idées et dans les mœurs, comme il débordait de son temps dans les lettres et les arts, s'il avait vu la révolution française, ce drame épouvantable qui dans chacune de ses phases, fut la parodie atroce ou ridicule du paganisme gréco-romain, et dans son ensemble la traduction litérale des études de collège ; s'il voyait enfin, comme nous, cette puissante organisation du mal, qui s'est constitué à l'état religieux et social, et qui, à chaque instant, menace de nous précipiter dans l'abime : dans quel camp pense-t-on qu'il combattrait ? Avec quelle énergie d'expressions fbudroierait-il ce système d'éducation païenne, source empestée d'où s'exhalent les vapeurs délétères qui ont porté la désolation et la mort au sein du monde actuel !
YI.