‹ La question des classiques en prsence des rectifications et des critiques de M. l'abb Chandonnet, par un "Chrtien"Chapitre 7 sur 7 · CAR LEURS PRÉCEPTES DE JUSTICE SONT DES' FABLES ET RIEN · texte numérisé non relu

CAR LEURS PRÉCEPTES DE JUSTICE SONT DES' FABLES ET RIEN

" AUTRE CHOSE QUE DE VIEILLES NIAISERIES. Car la sagesse " du monde, à cause de l'harmonie des paroles, est un airain sonnant et une cymbale retentissante. C'est pour cela qu'autrefois les

" hommes se nourrissaient des écrits des Païens^ incapables de " prêter aucun secours pour la réforme de la vie." (1)

Ailleurs il dit : " Les auteurs païens brillent par la faconde et la splendeur de leur diction ; niais il n'y a rien d'' utile en eux. Car ils n'ont point connu celui qui est Dieu par sa nature, et créateur, et ils ont introduit dans le monde un nombre infini de dieux." (2)

M. l'abbé prétextera-t-il enfin qu'avec la méthode chrétienne on ne saurait donner aux enfants une instruction aussi solide, aussi brillante que celle que l'on donne au moyen des auteurs païens ?

Les faits, l'expérience seule peuvent ici dirimer la question. Eh bien, interrogeons les faits ; que disent-ils ? Pour ne pas être trop long, nous n'en citerons que deux.

Dans un mandement, envoyé à tous les évêques d'Italie, l'illustre évêque d'Aquila rend compte de la manière suivante de l'expérience qu'il a faite de la méthode chrétienne :

" Nous ne voulons pas le dissimuler ; en inaugurant un nouveau " système d'études, nous éprouvâmes un moment d'hésitation. " Nous craignions que la pureté de nos vues n'eut pour résultat un " tardif et irréparable mécompte. Mais, d'une part, soutenu par " la bonté de la cause et par la haute raison des hommes illustres " qui la défendent, nous étions d'autre part, poussé par les motifs " irrésistibles qui rendent nécessaire, dans les temps actuels, la ^' réforme chrétienne de l'enseignement. Ainsi nous attendions " avec empressement, dans le silence des plus longues et des plus " sérieuses réflexions, l'effet que nous devions nous en promettre.

Grâce à Dieu, l'expérience est faite. Nous sommes désor- " mais en état de l'affirmer hautement : " Le succès est aussi " heureux qu'il est incontestable," et nous pouvons en toute con- " fiance, prescrire d'une manière invariable la pratique de cette " méthode d'enseignement, suivie jusqu'à ce jour à titre d'essai."

(1) {In Lucam, p. 341.)

(2) (Fragm. centre Julien, p. 491.)

Dans son discours synodal du 25 Juin 1858, Mgr. de Salinis, expliquant les derniers actes du concile d'Amiens, s'exprime en ces termes :

" Je me suis occupé aussi de développer l'élément chrétien dans l'enseignement des lettres, et j'ai cru que cette amélioration, si importante sous d'autres rapports, ne pouvait être que favo- " rable aux études profanes elles-mêmes. L'expérience faite à ^' Saint-Riquier est bien significative. Ceux de nos élèves, et ce " ne sont pas les plus distingués, qui se sont présentés pour le " baccalauréat ont été reçus dans une proportion plus forte que " celle qu'on observe dans d'autres collèges. Ce résultat ne m'a " pas étonné. Le commerce journalier avec les auteurs chrétiens " fortifie la raison des élèves, parce qu'il la nourrit de notions " plus saines, et aussi parceque ces notions touchent à toutes les " réalités de la société au milieu de laquelle ils doivent vivre, " tandis qu'ils rencontrent dans les auteurs païens une foule de choses qui ne sont pour eux que des abstractions stériles, des idées mortes, tout-à-fait étrangères au monde social créé par le ^' christianisme. Leur esprit acquiert plus de sève, parce qu'il " plonge ses racines dans un sol plus fécond, et il s'opère en eux, " sous ce rapport, une plus grande végétation intellectuelle, qui " se fait sentir à toutes les branches de leurs études."

Voilà des faits, et M. l'abbé aura beau raisonner, argumenter, il ne pourra absolument rien contre eux ; ils resteront toujours là pour protester de la vérité de la cause que nous défendons.

Toutefois, nous le savons, tant de preuves accumulées ne produiront pas une grand efi'et sur l'esprit rétif de M. l'abbé, non plus que sur celui d'un certain nombre d'autres à parti pris, comme lui. Ils veulent avoir raison envers et contre tous, et fallut-il pour cela organiser de nouvelles persécutions, ils ne reculeront pas ; ils sacrifieront talents et vertus. Mais les jours mauvais passeront ; l'avenir en ramènera de plus sereins. Que diront ceux d'alors ? Pourront-il croire qu'il s'est rencontré des hommes, des chrétiens assez singulièrement bâtis, assez peu raisonnables pour déclarer une guerre à outrance aux défenseurs

d'une méthode qui ne tend qu'à la plus grande gloire de Dieu, au salut des âmes. Ah ! c'est bien ici le lieu de répéter ce que disait un orateur célèbre :

" La postérité ne s'expliquera pas que des ecclésiastiques haut " placés, n'opposant que le scandale du silence et de l'indifférence " aux ravages de l'incrédulité, n'aient élevé la voix de leur zèle " que pour défendre l'idée païenne contre l'idée chrétienne ;

qu'ils n'aient lancé des censures et des anathêmes que contre de " courageux catholiques, et qu'ils aient persécuté comme des " Liither et des Calvin, des hommes qui ont voulu restaurer une " méthode patronée par les plus grands personnages de l'Eglise. "La postérité ne s'expliquera pas enfin que des chrétiens se

soient acharnés avec tant de fureur contre des chrétiens, pour

les punir d'avoir voulu christianiser l'enseignement social, et " qu'ils aient en particulier voulu écraser c'est le mot, l'un des " saints et des plus savants prêtres de son époque (Mgr. Gaume), " pour avoir osé dire dans un temps d'apostasie universelle, quon " ne peut avoir une société chrétienne à moins élever chrétienne- " ment la jeunesse, et qu'ils aient voulu traîner aux gémonies cet " homme vénérable, auquel, dans l'intérêt de la morale publique, " Platon, Cicéron et Quintilien auraient décerné des autels."

Que M. l'abbé Chandonnet réfléchisse sur ces graves paroles en attendant que nous ayons occasion de le revoir.

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