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GROS PROBLÈME
Il est incontestable que plus d’une fois depuis longtemps, lorsque notamment ses relations diplomatiques avec les États-Unis étaient critiques, l’Angleterre aurait volontiers cédé le Canada à nos puissants voisins ou lui aurait permis de rompre le lien colonial. Plusieurs de ses principaux hommes d’État et de ses grands journaux ont souvent exprimé l’opinion que le Canada était pour elle une cause de faiblesse et d’embarras, de complications internationales. En 1871, lors de la crise provoquée par la question de l’Alabama, lord Thornton, ambassadeur anglais à Washington, disait au Secrétaire d’État américain, M. Fish, que l’Angleterre
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céderait volontiers le Canada ou lui permettrait de se séparer, s’il le voulait, mais qu’il ne voulait pas.
C’est pourquoi le gouvernement anglais ne se gênait pas de régler, à nos dépens, ses différends avec les États-Unis. Ne pouvant nous céder en bloc, il nous cédait en détail, par morceaux.
La situation est changée.
Depuis que l’Angleterre a constaté les progrès et le développement merveilleux du Canada et le profit qu’elle pouvait en tirer au point de vue commercial et militaire, elle tient plus que jamais à le garder, à le faire contribuer à sa prospérité, à sa puissance. Au Canada comme en Angleterre la guerre actuelle a eu l’effet de resserrer le lien colonial, de tourner le sentiment d’un grand nombre de nos concitoyens anglais vers une union plus intime avec l’Angleterre. Jusqu’où ira ce sentiment ?
Combien de temps durera-t-il ? La solution des grands problèmes et le poids des fardeaux écrasants que la
guerre va nous imposer, pourraient bien modifier nos relations avec l’Angleterre.
C’est peut-être chez les Canadiens- Français qu’on trouvera le moins de zèle pour un changement. La crainte de l’inconnu et des dangers que l’indépendance ou l’annexion pourraient offrir à nos institutions religieuses et nationales, devra nous inciter à la prudence. Comment pourrions-nous parer à ces dangers, si nous consentions à entrer dans ces voies nouvelles avec notre constitution actuelle, une constitution qui nous cause tant d’ennuis et dont l’interprétation est une source de discordes religieuses et nationales ?
L’histoire nous apprend à nous méfier des changements de constitutions si souvent funestes aux minorités.
La question de la fédération impériale ne pourra manquer de faire surgir celle de la fédération américaine et de provoquer des débats intéressants, émouvants même, sur leurs
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avantages et leurs désavantages respectifs. Naturellement la question de l’indépendance n’échappera pas à cette discussion intéressante.
Espérons que, cette fois, aucun changement constitutionnel n’aura lieu sans être soumis spécialement au peuple.
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