SŒUR CADETTE DE L'ORANGISME
Nos lecteurs connaissent l'Association protestante, le P.P.A., comme on l'appelle ordinairement. Elle est la sœur cadette de l’'Orangisme,
Le
dans les rangs duquel elle s’est recrutée, M. Birmingham, l'organisateur en chef du parti conservateur, parlant à Windsor, le 12 juillet 1894, avec M. Madill, Président de l'Association Protestante, déclara que l'Orangisime et la P.P.A. avaient le même but et les mêmes aspirations, L'Association Protestante fut l'arme principale dont se servirent les Torys d'Ontario dans la dernière élection provinciale.
Voici le serment d'admission que prête tout membre de l’Association Protestante :
‘ Je jure que je n’emploierai en aucune circonstance un catholique si je puis me procuier les seivices d’un protestant, et que je n’appuierai dans aucun caucus et dans aucune convention la nomination d’un catholique à aucune charge publique en ce pays, et que je ne voterai point ni ne conseillerai à d'autes de voter pour un catholique romain, mais qe je ne voterez
que pour un p'otestant; “Que je m'efforcerai toujours de mettre ies positions politiques du
gouvernement entre les mains de protestants.”
On le voit, le but de l'Association Protestante, comme celui de l'Orangisme, est d’exclure de toutes les charges publiques, et même des emplois privés, les catholiques romains. Le serment des deux associations est à peu près identique.
Pas un journal conservateur de la province d'Ontario, pas un membre du gouvernement fédéral venant de la même province, n'ont dénoncé en aucune circonstance l'Association Protestante, Au contraire, les uns et les autres se sont joints à cette secte de fanatiques pour renverser le gouvernement de Sir Oliver Mowat.
Le parti libéral de la province d'Ontario a été unanime, lui, à dénoncer la P.P.A., ses membres et ses œuvres. Sir Richard Cartwright, l'honorable M. Mills, Sir Oliver Mowat, M. J. D. Edgar ont protesté avec la plus grande vigueur contre la déloyauté des attaques de l'Association Protestante contre les catholiques. On se souvient des lettres magnifiques que M. Edgar adressa aux journaux en 1893 et en 1894 sur ce sujet.
L'Association Protestante vient de lancer un manifeste dans lequel elle se déclare violemment opposée à toute intervention du gouvernement fédéral dans l'affaire des Ecoles, et dans lequel elle demande aussi l'expulsion des Jésuites du Canada. Nous croyons devoir citer les lignes suivantes de ce manifeste qui est daté du 15 mars, et qui est signé au nom de l'Association par M. E,S. Busbey, son prési-
dent :
“Afin de prévenir de nouvelles tentatives de détruire le système sco- ‘laire des diverses provinces et pour rétablir /'karmonie parmi le peuple sans égard aux croyances, nous demandons à nos membres et à tous les ‘ citoyens patriotes de s'unir dans la juste demande de l'expulsion immédiate
“des Jésuites de ce pays.”
“ Nous demandons aussi que tout candidat aux honneurs parlementaires, “avant d'être accepté, s'engage à s'opposer de toutes ses forces à toute “intervention fédérale dans la législation scolaire de Manitoba. Les candi- “ dats qui refuseront de s'engager ainsi ne devraient pas recevoir l'appui de “ cette association, ni d'aucune association patriotique, ni d'aucune citoyen, “ sans acception de races, de croyances ou de partis politiques, s'ils placent “le bien du pays au-dessus des exigences de partis.”
L'Association Protestante et l'Orangisme constituent le gros du parti conservateur dans la province d'Ontario.
Quel est l'homme de bonne foi qui, en présence de ce fait politique incontestable, peut continuer plus longtemps à rester l’allié d'un parti composé d'éléments aussi dangereux? Les dernières résolutions adoptées par les loges orangistes demandent, comme on le voit, l'abolition de la langue française et des écoles séparées dans toute la Puissance. Laisser le pouvoir entre les mains des adeptes de l'Orangisme, c’est marcher de cœur joie à un épouvantable cataclysme national.
L'OPINION DE Mgr, TACHE.
A CHACUN SES RESPONSABILITES,.
Les orateurs et les journaux ministériels n’osent point défendre ouvertement l’Orangisme et l'Association Protestante,—leurs deux alliées. Cependant, il y a quelques jours à peine, M. Ouimet, dans un discours à Eastman'’s Springs, n’a point rougi de parler de la tolérance des orangistes.
L'argument favori de nos adversaires est que ce sont les libéraux de la province du Manitoba qui sont les vrais coupables dans l'affaire des Ecoles. En supposant que tel serait le cas, cela n'aurait point déchargé de ses responsabilités le gouvernement fédéral, spécialement chargé par la Constitution de protéger les minorités contre les injustices des majorités dans les provinces.
La vérite à ce sujet est que les hommes politiques d'origine anglaise et de croyances protestantes, se sont coalisés au Manitoba pour abolir les Ecoles séparées et l'usage officiel de la langue francaise. Ceci est tellement certain que, durant l'élection de Winnipeg, en 1894, Mgr. Taché a eu avec le rédacteur de la 7ibune l'entre tien suivant qui a fait le tour de toute la presse du pays à l'époque. Cette entrevue est en date du 11 novembre 1893. Nous citons mot pour mot de la 7ribune :
‘ La personne reçue par Monseigneur osa lui demander comment il pensait que serait le vote catholiques dans l'élection de Winnipeg. L'Archevêque répondit qu'il croyait que le vote serait divisé. Il en serait autrement siles deux candidats étaient avocats des écoles séparées, mais dans les circonstances beaucoup de catholiques qui veulent des réformes au tarif voteront pour M. Martin, bien qu'il puisse y avoir des abstentions par ressentiment, 11 a dit que les catholiques étaient parfaitement libres de voter comme ils l'entendent.”
En d'autres termes, l'Archevêque de St. Boniface déclarait en face du pays, daïis une circonstance solennelle, que les conservateurs du Manitoba étaient, au sujet de la question des Ecoles, dans la même position que les partisans anglais du cabinet Greenway. Là-bas la question des Ecoles n'est pas une affaire de parti. Les protestants sont d’un côté, les catholiques de l’autre.
Ce sont les Torys d'Ontario qui sont la cause de l'agitation qui s'est produite au Manitoba. N'oublions pas que le Manitoba et les Territoires du Nord-Ocest ont reçu un fort contingent d'émigration du Haut Canada. Les luttes que le Toryismeé livre depuis quinze ans à nos écoles séparées dans Ontario ont eu leur écho là-bas, Mais, il y a plus : c'est l’un des chefs même du parti Tory qui a ouvert la campagne au Manitoba contre la liberté de l'enseignement. L'on sait que M. Dalton McCarthy a été jusqu'à tout récemment l'un des esprits dirigeants du parti conservateur dans Ontario. Or, le 8 mars 1893, M. Daly, l’un des membres du cabinet fédéral, disait en Parlement :
‘“ Aucune pétition n’a été adressée à la Législature du Manitoba, aucune polémique n’a eu lieu dans les journaux, et personne n’a jamais der:andé un changement, Il appartenait à l’hon. député de Simcoe-Nord (M. Mc- Carthy) de venir dans ce pays en 1889 et de semer la discorde parmi nous ; à l'honorable député qui vient de prononcer un discours si énergique, et aux auttes qui se proposent d'appuyer la motion de l'hon. député de l'Islet (M. Tarte), je recommande l'honorable député de Simcoe-Nord. S'il n'était pas venu prononcer un discours à Portage La Prairie, nous n’aurions jamais entendu parler de cette question des Ecoles du M'initoba,