LA SESSION
La session s’ouvrit, La presse conservatrice, les députés conservateurs, étaient bien sûrs que la loi remédiatrice allait être soumise à la chambre, sans une minute de retard, aussitôt que serait donnée officiellement la réponse de la législature du Manitoba, qui devait se réunir le 8 mai.
M. Belley, député de Chicoutimi, chargé de seconder l'adresse en réponse au discours du trône, rendit en ces termes grâces au gouvernement de sa politique :—
‘“ Dieu merci, aujourd'hui, grâce à l’esprit de justice de la population, grâce au bon sens qui règne partout dans la Confédération, et grâce surtout au courage que le gouvernement a montré sur la qui”tion des écoles, les esprits peuvent maintenant se calmer, les inquiétudes cesser, et l'espérance revivre parmi toutes les nationalités qui habitent ce pays, Pour ces motifs, l'on me permettra d'offrir à l'exécutif, au nom des hommes justes de la Province de Québec, et même de toute la Puissance du Canada, nos plus sincères remerciements. Le gouvernement a droit à la reconnaissance, non pas seulement des catholiques, mais il a droit à la reconnaissance de tout homme juste, qu'il soit catholique ou protestant, mahométan ou turc.”
Le lyrisme du député de Chicoutimi était, comme on le voit, débordant, Le gouvernement allait rendre justice à la minorité !
M. Belley parlait pour la Province de Québec, pour les catholiques.
Qu'avait dit, cinq minutes auparavant, M. Bennett, le proposeur de l'adresse ?
‘ J'ai récapitulé tous les faits, j'ai récapitulé toutes les démarches qui ont eu lieu dans cette affaire ; et tout ce qui a été fait a été la transmission, de l’affaire au gouvernement de la Province du Manitoba par le gouvernement de la Puissance.”
M. Bennett parlait pour la Province d’Ontario, pour les torys pour les orangistes |
La politique de duplicité du gouvernement apparaissait au grand jour, sur le parquet de la Chambre même.
Mais le 8 mai approchait, la législature du Manitoba allait répondre par un refus à l'ordre en conseil du 19 mars. Et le gouvernement serait mis, aux débuts de la session, en demeure d'agir, de présenter la loi de salut promise à l'Episcopat, promise aux catho-
l'iques.