LES DESSOUS D'UNE CRISE
Pour bien comprendre la situation, il est nécessaire de connaître ce qui s'est passé entre les ministres français et leurs collègues anglais et irlandais autant qu’il est possible de contrôler les mille rumeurs contradictoires qui
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circulent. Vendredi dernier, après plusieurs jours de délibération, le conseil des ministres adoptait unanimement une déclaration qui devait être faite aux chambres, Lorsque les ministres se séparèrent, ils étaient parfaitement d'accord, et les catholiques pouvaient se déclarer satisfaits, car ils avaient obtenu la reconnaissance complète et sans ambiguité des droits de leurs compatriotes.
Samedi, lorsque le conseil se réunit de nouveau, l'accord était disparu. Grâce à un travail occulte, un certain nombre de ministres avaient changé leur manière de voir, et quatre paragraphes importants furent retranchés de la déclaration, malgré l'opposition énergique des ministres canadiens-français qui refusè rent d'acce epter cette modification.
Le travail de plusieurs jours était perdu, et il fallait tout recommencer ; la discussion reprit donc de plus belle.
Enfin, lundi, les ministres anglais arrivèrent au conseil avec la déclaration qui à été lue à la Chambre. Ilest bon pour l'intelligence de la difficulté de rappeler les conclusions de ce document :
‘ Une session du présent parlement, y est-il dit, sera convoquée pour au plus tard le premier jeudi de janvier prochain. Si alors le gouvernement de Manitoba manque de faire un arrangement satisfaisant pour remédier aux griefs de la minorité, le gouvernement fédéral sera prêt à la prochaine session du parlement, convoquée comme susdit, à présenter et hâter l'adoption (press to a conclusion) telle législation qui apportera une juste mesure de réparation (relief) à la dite minorité basée sur le jugement du conseil privé et le remedial order du 21 mars 1895.”
A cette conclusion les ministres canadiens-français proposèrent un : amendement, portant que la loi remédiatrice n’apporterait pas seulement ‘‘une juste mesure de réparation,” ce qui laissait toute la question dans le vague et l'indéfini, mais qu’elle rétabiirait les écoles séparées dans le Manitoba.
La discussion devint des plus acerbes, et finalement l'amendement et plusieurs autres articles moins importants furent rejetés. Néanmoins, les ministres anglais déclarèrent que leur intention était de rétablir les écoles séparées tout en refusant de le déclarer à la Chambre :—#* Mais si le premier ministre résigne ou meurt, ou pour quelqu'autre raison disparait du cabinet, nous n’aurons plus de garantie que cela sera fait,” répliquèrent les ministres français à leurs collègues : ‘si vous êtes sincères, donnez-nous un engagement écrit qui vous liera tous, quoiqu'il arrive.’
Cela leur fut encore refusé par la majorité du cabinet. No pouvant rien obtenir de plus, les ministres français demandèrent un délai de vingt-quatre heures pour consulter leurs amis et les représentants de la minorité manitobaine, Là encore ils se heurtèrent à un refus formulé en termes tels qu'ils durent conclure à un parti pris de la part d’un certain nombre au moins des ministres anglais.
Dans ces circonstances il ne leur restait qu'une chose à faire: résigner, et c'est ce qu'ils firent tous les trois.