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CHAPITRE PREMIER LES RECHERCHES D'UNNA

Préambule. — Depuis longtemps déjà les dermatologistes connaissaient au point de vue clinique une éruption relativement fréquente qui siège surtout sur le devant de la poitrine et entre les deux épaules, et qui coïncide assez fréquemment, comme l'ont indiqué les premiers E. Vidal et E. Besnier, avec des lésions analogues du cuir chevelu. C'est une affection sans grande importance, mais particulièrement tenace chez les sujets qui portent delà flanelle ; elle est essentiellement caractérisée au point de vue objectif par de petits éléments à évolution excentrique, variables de forme et de dimensions, qui ont au début la grandeur d'une petite tête d'épingle, qui s'étalent peu à peu, et

arrivent à avoir la largeur de l'ongle, d'une pièce de un franc, et même davantage : ils sont arrondis, circinés, figurés, à bords légèrement saillants, assez nettement arrêtés, d'un rouge assez vif, parfois quasiacnéiques d'aspect, recouverts de squames un peu molles et comme graisseuses, à centre affaissé, jaunâtre ou à peine teinté, quelquefois normal d'aspect ; ils sont parfois indolents, parfois très prurigineux, et le sont souvent par crises.

Willan et Bateman ont très probablement décrit cette dermatose sous le nom de lichen circumscriptus, Cazenave et Biett sous le nom de lichen gyratus, E. Wilson sous celui de lichen annulatus serpiginosus; Weyl sous celui de lichen acnéique, Bazin et Lailler sous celui d'eczéma acnéique; Duhring sous celui de seborrhœa corporis ; Payne sous celui de circinaria; les médecins de l'hôpital Saint-Louis sous le nom d'eczéma flanellaire, etc. . . (voir l'article d'Elliot pour toute cette synonymie; Journal of cutaneous and genito-urinary diseases, juin 1893), et celui de L. Tôrôk (De la séborrhée du corps (Duhring) et des rapports avec le psoriasis vulgaire et l'eczéma : Archiv f. Dermat. und Syph., 1899, t. LVII, p. 69 et 203).

C'est cette dermatose, dont, avec nos maîtres français, nous avons toujours affirmé la nature parasitaire, qui a été le point de départ en 1887 de toute une série de travaux des plus importants qui ont révolutionné l'étude de l'eczéma et qui sont dus à l'infatigable et éminent dermatologiste de Hambourg, P. G. Unna. Les divers mémoires de ce maître ont été analysés dans tous les recueils de dermatologie, ce qui nous dispensera de les reproduire. Nous nous bornerons à en rappeler les traits principaux.

Analyse succincte des travaux de Unna. — Il semble que ce soit en recherchant ce qu'il faut réellement entendre sous le nom de séborrhée (Monatshefte fur praktische Dermat., n° 15, 1887) qu'Unna ait été amené à la conception de ce qu'il a appelé Feczéma séborrhéique (seborrhoïsche Ekzem), et c'est en 1887, au Congrès de Washington, qu'il a pour la première fois fait connaître ses idées sur ce point (1).

Voici comment on peut résumer sa doctrine à cette époque :

D'après lui, on a confondu deux groupes de faits très différents sous le nom de séborrhée : 1° une véritable hypersécrétion graisseuse des glandes sudoripares qui constitue la maladie vraiment digne du nom de séborrhée ; 2° des processus inflammatoires chroniques de la peau, qui répondent à ce que l'école de Vienne a décrit sous le nom de séborrhée sèche et en particulier au pityriasis capitis. Ce sont là, pour Unna, des dermatoses inflammatoires bien définies qui peuvent s'accompagner de la production d'une

(1) Voir également l'article du Dr PHILIPPSON sur l'Eczéma seborrhoïcum paru en 1893 dans les Annales de Dermatologie ; bien que cet article ait été désavoué par Unna, il est intéressant à consulter parce qu'il met bien en relief les phases successives par lesquelles est passé le maître allemand à mesure qu'il creusait davantage la question.

quantité anormale de graisse provenant d'une hypersécrétion des glandes sudoripares et non des glandes sébacées. C'est à ces dermatoses spéciales qu'il donne le nom d'eczéma séborrhéique, et tous les processus morbides cutanés qui présentent le caractère d'être des catarrhes chroniques de la peau avec hypersécrétion graisseuse doivent rentrer, pour lui, dans cet eczéma séborrhéique. Tel est le principe qui l'a guidé en 1887.

Aussi, dès cette époque, le domaine de cet eczéma séborrhéique est-il singulièrement vaste. Sans entrer dans des détails inutiles, puisque nous engageons ceux de nos lecteurs qui ne seraient pas déjà très au courant de ces questions à se reporter aux travaux originaux de Unna, qu'il nous suffise de faire remarquer que ce nouveau cadre morbide comprend : 1° tous les pityriasis du cuir chevelu dénommés antérieurement séborrhée sèche ou alopécie pityrode ; 2° les croûtes graisseuses du cuir chevelu avec ou sans infiltration rosée ou rouge visible sous-jacente des téguments, avec ou sans « corona seborrhoïca », avec ou sans envahissement des régions voisines telles que les oreilles, le cou, le nez et les joues ; 3° des dermatoses humides suintantes avec prurit, tension et rougeur des téguments, caractérisées par des squames graisseuses, par un aspect rappelant tout à fait celui de l'eczéma vulgaire et par une prédilection marquée pour les plis rétro- auriculaires, articulaires, pour le cuir chevelu, pour les régions médianes thoraciques antérieures et postérieures, etc. ; 4° l'eczéma dit flanellaire et ses diverses variétés objectives ; 5° ce qu'Unna appelle l'acné rosée érythémateuse et que caractérisent de petites papules rouges plus ou moins volumineuses sur fond rouge, éruption des plus fréquentes chez les femmes qui ont des troubles utérins ou de l'entérite muco-membraneuse ; 6° enfin des états squameux répondant, au visage, aux dartres volantes des anciens auteurs, ailleurs à des formes légères de psoriasis.

Au point de vue anatomo-pathologique, l'eczéma séborrhéique est essentiellement caractérisé, pour Unna, par une altération spéciale d'une nature purement œdémateuse des couches épithéliales, altération qui commence dans les dernières rangées des cellules épineuses et qui se continue dans les rangs des cellules cornées ; il y a de l'œdème interépithélial et des dépôts fibrineux interépithéliaux (1).

Ces premières publications d'Unna eurent un retentissement d'autant plus considérable qu'on crut tout d'abord y trouver un commencement sérieux de démembrement des eczémas, et la constitution d'un véritable type morbide bien établi au point de vue clinique et histologique. Elles provoquèrent donc des adhésions et des critiques assez nombreuses dont nous dirons plus loin quelques mots ; mais nous devons auparavant, pour plus de clarté, terminer l'exposé succinct des recherches du dermatologiste de Hambourg.

Son mémoire de 1890 (2), sur les parakératoses, ne laisse pas que de troubler un peu l'esprit du lecteur, car on y trouve le cadre de l'eczéma

(1) Cette dernière caractéristique histologique a. été donnée par Unna en 1889 dans une communication faite au Congrès de Paris.

(2) Unna, Santi et Pollitzer. Ueber die Parakcratosen ein allgemeinen irad eine neue Form derselben (Parakeratosis variegata). Monatshcfte f. prakt. Bar mat. t. X, 1890.

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séborrhéique singulièrement étendu ; on y rencontre en effet des propositions comme la suivante : un certain nombre seulement des modifications de l'eczéma séborrhéique affectent la forme d'une véritable parakératose de caractère graisseux, tandis que d'autres formes importantes de la même dermatose, provenant temporairement et localement des premières et ne pouvant par suite en être séparées, offrent les caractères connus de l'eczéma papuleux vésiculeux, infiltré, humide. Il en conclut que la plupart des eczémas sont de nature séborrhéique : ils le sont chez tous les sujets qui ont du pityriasis capitis ou de l'alopécie pilyrode. Mais, en outre, on y trouve nettement exprimée une autre proposition qui existait déjà en germe dans le mémoire de 1887, c'est que la plupart, sinon la totalité des psoriasis, doivent rentrer dans l'eczéma séborrhéique.

Résumant sa doctrine du moment dans un tableau, il divise les eczémas et les affections du même type en deux grands groupes ; l'un, celui des catarrhes secs, auquel il donne le nom de parakératose, et qui comprend le pityriasis capitis, les formes sèches du catarrhe séborrhéique, le psoriasis, le pityriasis rubra pilaris, l'ichtyose, le pityriasis rubra, le pityriasis rosé, la trichophytie ; l'autre, celui des catarrhes humides, auquel il donne le nom d'eczémas, et qui comprend : l'eczéma scabiéique, l'eczéma séborrhéique, l'eczéma prurigineux, l'eczéma folliculaire, l'eczéma tuberculeux.

Parlant de la question si ardue de la délimitation à établir entre les parakératoses et les eczémas, Unna déclare qu'elle dépend entièrement de la définition de l'eczéma. Si l'on s'en tient à celle qu'en a donnée F. Hebra, et si l'on admet avec lui que le véritable eczéma n'est qu'un mode de réaction de la peau traumatisée par les agents les plus divers, rien n'est plus facile que de distinguer, par ce caractère de traumatisme pathogénique, les eczémas des parakératoses qui ne sont jamais d'origine traumatique. Unna ne peut plus, à l'heure actuelle, admettre cette opinion ; il sépare les dermatites artificielles des eczémas; il déclare qu'il considère les eczémas comme des éruptions d'origine externe, mais provoquées et compliquées par la présence persistante dans l'épiderme d'organismes et de micro-organismes variables suivant les divers types de ces affections. Les eczémas dits professionnels sont le produit de deux facteurs, d'une cause d'eczéma (organique) préexistant chez le sujet à l'état latent depuis plus ou moins longtemps, et d'une cause nocive déterminante (chimique ou mécanique). Partant de ce nouveau point de vue, Unna ne peut plus guère tracer de ligne de démarcation bien nette entre les eczémas et les parakératoses. Après avoir retranché des eczémas les dermatites traumatiques, il reste des dermatoses eczémateuses parasitaires qui viennent se ranger tout naturellement à côté des parakératoses également parasitaires sous la dénomination commune plus large de catarrhes de la peau : ce groupe énorme se subdivise naturellement en catarrhes secs (parakératoses) et catarrhes humides (eczémas) ; mais il y a des types que l'on hésite à ranger parmi les catarrhes secs ou parmi les catarrhes humides. D'après lui, le principal avantage de cette théorie consiste précisément à rapprocher les états eczémateux et psoriasiformes, car ce rapprochement correspond à l'analogie naturelle des processus.

En 1892, Urina fait connaître, à la Société de médecine de Hambourg, le résultat de ses patientes recherches bactériologiques et expérimentales sur les eczémas. Dans tous les cas d'eczéma — et nous ne disons plus eczéma séborrhéique, mais eczéma tout court, — il trouve un microbe auquel il donne le nom de morococcus, et qu'il considère comme pathogène; car il a pu le cultiver, et, par inoculation de la culture à deux sujets, reproduire la vésicule de l'eczéma.

Enfin en 1893, il couronne ses travaux par son mémoire définitif sur l'eczéma séborrhéique, et il les confirme en 1894, dans son magnifique ouvrage sur l'histopathologie des maladies de la peau.

Rappelons les grandes lignes de son travail de 1893, que l'on trouvera reproduit in extenso dans presque tous les recueils de dermatologie (1).

L'eczéma séborrhéique ou catarrhe séborrhéique de la peau est histologiquement caractérisé par les quatre facteurs histologiques de tous les eczémas: 1° une paràkèratose de l'épiderme; 2° une prolifération épithéliale de la couche des cellules épineuses ou acanthose ; 3° la formation, par suite d'un œdème intercellulaire, d'un état spongoïde &q la couche épineuse, d'où résultent de petites cavités intercellulaires et plus tard de vraies vésicules par refoulement ; 4° une inflammation du derme qui s'étend plus on moins profondément. En outre, il présente un cinquième caractère histologique,qai lui est spécial, c'est une augmentation de la graisse normalement contenue dans la peau, ce qui est un signe de la suractivité des glomérules.

« Les vésicules, dit Unna, forment le point culminant de l'exsudation ; mais leur manque d'existence n'exclut jamais le diagnostic d'eczéma : il suffit pour le poser qu'il y ait paràkèratose.

« L'eczéma séborrhéique est d'origine parasitaire. Les micro-organismes qui pullulent dans les croûtes de l'eczéma séborrhéique se réduisent surtout à deux espèces que l'on rencontre fréquemment. Ce sont les bacilles en forme de bouteille (Flaschenbacillen. Spores de Malassez) et les morococci.

« Dans beaucoup de cas les deux espèces végètent ensemble dans les lames cornées ; mais les Flaschenbacillen se trouvent de préférence et en masse dans les squames du cuir chevelu, tandis que les morococci se tiennent de préférence massés dans les squames et les croûtes du reste du corps, et spécialement dans les formes humides et suintantes que l'on dénomme formes eczémateuses du catarrhe.

« D'autres recherchesifaites sur les préparations des coupes de peau eczémateuse, diminuaient encore le nombre des micro-organismes, en montrant que le morococcus en nombre prodigieux apparaît comme le compagnon constant du catarrhe séborrhéique...

« J'ai pu déterminer l'éclosion de vésicules chez l'homme par inoculation du morococcus, et elles se sont comportées histologiquement tout comme les vésicules de certaines éruptions aiguës d'eczéma; on y trouvait le morococcus exactement à l'intérieur des leucocytes, comme dans cette forme particulière primaire d'eczéma aigu. J'ai vu, de plus, par l'inoculation du morococcus chez des lapins, se produire des rougeurs avec chute des poils. L'action pathogène et plus exactement eczématogène de ces organismes est bien prouvée dans tous les cas.

(( Je n'ai pu encore obtenir jusqu'ici la même chose par inoculation des cultures pures des Flaschenbacillen.

(1) P. G. Unna. L'eczénja séborrhéique. Traduction française du Dr Menahem Hodara. Journal des maladies cutanées et syphilitiques, mars, avril 1894.

« Ces bactéries, étudiées d'abord par Malassez, existent en si grande abondance dans chaque catarrhe séborrhéique du cuir chevelu qu'on est toujours poussé à admettre pour ces organismes, au moins au cuir chevelu, le rôle d'un facteur nuisible, capable de produire un léger pityriasis, préparant ainsi la voie au morococcus, ou bien aidant à fragmenter la couche cornée déjà ramollie par le morococcus, ou encore produisant finalement un flux de graisse, une séborrhée. La constance de leur apparition chez toutes les espèces du catarrhe séborrhéique du cuir chevelu, ne s'accorderait pas avec une existence purement saprophytique.

« L'avenir nous fixera. Mais, d'après mon expérience, il ne peut être admis déjà dès maintenant que les Flaschenbacillen représentent l'unique et véritable cause des affections séborrhéiques, même si on les trouve sur des parties séborrhéiques de peau glabre.

« Ils manquent trop souvent pour remplir un tel rôle, tandis que le morococcus ne manque jamais . Je penche plutôt à leur attribuer un rôle auxiliaire dans cette maladie.

« Le morococcus a été pris jusqu'ici pour le staphylococcus albus, et on l'a négligé. Cette méprise a consacré l'erreur tout à fait répandue que le staphylococcus albus et le staphylococcus aureus sont toujours présents sur la peau saine.

« C'est une idée aussi fausse que celle qui veut que l'épiderme loge une quantité innombrable de saprophytes. Certes, ces saprophytes existent bien sur l'épiderme en grand nombre, mais presque toutes leurs espèces sont passagères et se rencontrent en individus isolés. On les trouve donc bien développés dans des cultures des squames, mais infiniment rares dans les coupes des squames.

« Ainsi, dans l'eczéma séborrhéique, c'est seulement le morococcus qui prédomine dans les produits de sécrétion, et, à son côté, sur le cuir chevelu, le Flaschenbacillus. Dans le cas de suintement plus fort apparaît, mais rarement, un streptococcus. Au quatrième rang, en même temps que quelques espèces de bacilles, nous trouvons le véritable staphylococcus de la suppuration, mais il est rare.

« Le morococcus se distingue du staphylococcus par sa fine, mais ferme enveloppe muqueuse, qui forme le grain régulier des amas, par la tendance à la formation de diplococci, tetra ou octococci, et même de cocci gigantesques, et finalement de grandes masses d'aspect mûriforme, qui trahissent l'existence du morococcus déjà à un faible grosissement.

« Sa croissance dépend de la présence d'oxygène ; dans les cultures, il ne croît pas dans la profondeur de la piqûre d' inoculation, et il se trouve dans les squames et les croûtes toujours proche de la superficie.

« Nous ne pouvons comprendre ses effets que par la nouvelle doctrine de la chemo. taxis (1).

« En proliférant partout où il trouve un terrain favorable, il ramollit un peu la couche cornée environnante, sa toxine trouve une entrée dans la couche épineuse et cause toujours un exsudât de caractère séro-fibrineux mêlé seulement à un peu de leucocytes à l'aide d'une hyperhémie artificiellement produite. Il entretient ainsi la parakératose qui s'accentue çà et là, et la formation des vésicules. Grâce à l'exsudation, il produit une nutrition exagérée de l'épithélium et des cellules du derme, ainsi qu'un œdème modéré.

« Par l'expérimentation artificielle de l'inoculation dans la couche cornée, nous savons que le morococcus peut produire, outre l'eczéma chronique, une affection aiguë vésiculaire sur un épiderme non parakératosique, entièrement sain, laquelle n'est point du tout ce que Hebra nommait eczéma aigu.

« Sans recherches bactériologiques et histologiques, aucun dermatologiste ne pourrait connaître ces vésicules comme appartenant à l'eczéma, car il y manque la para- Il) Unna. Entzùndung und chemotaxis. Berlin, klin. Wochens., 1893, n° 20.

kératose, c'est-à-dire la caractéristique de l'eczéma chronique. Cette seconde forme de vésicule paratypique, qui ne se développe pas sur un épiderme parakératosique, peut être produite seulement par une forte attaque de la peau par le morococcus, par une inoculation soudaine de celui-ci. Le morococcus, naturellement, diminue vite en virulence sous la couche cornée, et est reçu par les leucocytes dans lesquels il s'augmente d'abord, mais il périt bientôt, et avec cela la vésicule paratypique est guérie ; ou bien le morococcus se conserve en partie dans les croûtes et occasionne plus tard un véritable eczéma chronique.

« Mais comment interpréter le quatrième symptôme capital, l'amuence graisseuse vers la superficie ? Là-dessus, je ne puis malheureusement pas donner de réponse satisfaisante. D'après nos idées modernes, je tiens pour possible qu'il existe une influence à distance chémotactique.

« De même que la sérotaxie et la fibrinotaxie sont les conséquences du séjour des organismes dans la couche cornée, de même il peut exister une sébotaxis...

« Mais si nous admettons qu'il existe une sébotaxis. est-ce le morococcus qui en est la cause ? Avec cela la dernière question, la question principale de l'eczéma séborrhéique est posée. Il n'en est rien. Le morococcus ne peut pas avoir toujours un effet sébotactique,car il se trouve non seulement dans les eczémas séborrhéiques mais, aussi loin que mes recherches actuelles s'étendent, dans tous les eczémas vrais (mais non dans les dermatites artificielles), accompagnés de parakératose, même s'ils ne sont pas de nature séborrhéique. Certainement, j'ai trouvé tout d'abord le morococcus dans l'eczéma séborrhéique ; mais, après avoir constaté sa présence constante dans ce cas, je l'ai trouvé ensuite dans tous les eczémas que j'ai examinés, soit histologiquement, soit bactériologiquement.

« Alors on se trouve devant les trois hypothèses suivantes, qui toutes peuvent être défendues :

(( 1° Ou bien la sébotaxis n'est pas du tout nécessaire. La séborrhée est chez certains individus un symptôme indépendant des parasites. Le morococcus se coloniserait seulement sur les places séborrhéiques, et provoquerait ici un eczéma d'un habitus singulier, l'eczéma séborrhéique.

« 2° Ou bien le morococcus produit sur beaucoup de personnes seulement un eczéma ordinaire, sur d'autres en partie celui-ci, mais sur certaines places en outre une sébotaxis ; en conséquence, il produirait chez les unes l'eczéma séborrhéique, chez les autres l'eczéma ordinaire seulement.

« 3° Ou bien le morococcus détermine çà et là un eczéma ordinaire, mais il se combine avec un organisme encore inconnu, par exemple le Flaschenbacillus, ou bien un très petit bacille que j'ai souvent trouvé, lequel aurait un effet sébotactique : l'eczéma séborrhéique serait d'après cela une infection mixte.

« Dans la première hypothèse, l'étiologie resterait tout à fait obscure, car on ne peut expliquer aujourd'hui, par l'hypothèse d'une diathèse séborrhéique générale, uneséborrhée restant limitée à une région ou se produisant soudainement au lieu où se développe une emorescence. Je ne puis me ranger à cette idée, soutenue par beaucoup d'auteurs, par Brooke et Brocq en particulier, car je crois qu'on peut et qu'on doit distinguer Fhyperidrose huileuse de la séborrhée des sujets séborrhéiques, même si elle existe sans eczéma. Pour moi, ce n'est pas Fhyperidrose huileuse bien connue qui se joint à l'eczéma, mais quelque chose d'une autre nature.

« Dans la deuxième hypothèse, le morococcus, qui se trouve partout dans l'eczéma séborrhéique, serait aussi le seul générateur de la parakératose, comme de l'amuence graisseuse, mais la production de deux symptômes en même temps ou de l'un des d'eux dépendrait de particularités locales ou individuelles de la peau qui restent encore à examiner.

« Il y aurait à considérer ici, par exemple, le nombre et la grandeur des glandes stéatogènes, la grosseur de la couche cornée, les pratiques habituelles de dégraisse-

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ment ou de graissage artificiel, le fonctionnement plus grand ou plus petit des sécrétions normales, selon les professions ou les circonstances. Il résulterait de cette étude que le symptôme de sébotaxis existerait ou non. Une pareille idée me sourit plus que la première ; elle est du moins accessible aux recherches aussi bien cliniques qu'expérimentales. Mais si sa vérité était prouvée, elle conduirait à regarder l'eczéma séborrhéique comme étant l'eczéma parfait : l'eczéma non séborrhéique serait un eczéma incomplet.

« Dans la troisième hypothèse, la fibrinotaxis et la sébotaxis seraient le résultat de différents organismes. . . Comme toujours, dans les cas où un symptôme compliqué peut être ramené à l'enchaînement de plusieurs simples causes, je serais le plus satisfait par cette explication. Entre autres choses, il semble établi que, l'eczéma terminé, une séborrhée du cuir chevelu persistante montre ordinairement d'autres organismes que les morococci, spécialement le Flaschenbacille.

« Un examen futur déterminera la décision à prendre entre ces deux dernières conceptions, qui me paraissent seules possibles.

ce II en découlera une détermination de la position de quelques formes douteuses du catarrhe séborrhéique... D'après la 2° opinion, le pityriasis capitis non graisseux, par exemple, serait seulement un catarrhe séborrhéique imparfait, chez lequel la sébotaxis ne peut pas se former, grâce à des circonstances défavorables; d'après la 3e opinion, ce serait au contraire étiologiquement une autre affection qui, lorsque vient s'adjoindre la cause de la séborrhée, serait le point de départ d'une affection séborrhéique commençante (1). »

Au point de vue clinique, Unna insiste sur ses conceptions précédentes, les développe, les précise, les affirme de la manière la moins équivoque.

« Parfois, dit-il, l'éruption est monomorphe, presque toujours elle est polymorphe, et l'on peut constater une transition graduelle des formes pityriasiques, papulo-squameuses, papulo-croûteuses sèches, graisseuses, suintantes, les unes aux autres. Cependant, jamais on n'observe de grosses vésicules faciles à voir à l'œil nu, ni de papules acuminées semblables à celles du prurigo. »

Il insiste avec raison sur les différences d'aspect de l'éruption suivant les régions ; il fait observer que son aspect graisseux ne tient pas exclusivement aux régions où elle siège, car parfois on peut trouver des éléments couverts de squames graisseuses ou de croûtes humides graisseuses en des points qui sont parfaitement secs à l'état normal ; il existe donc, d'après lui, dans ces cas une séborrhée locale, limitée à Pefïlorescence, séborrhée qui n'a rien à faire avec la fonction stéatipare régionale.

D'ailleurs, Unna proclame l'influence du terrain de culture sur la genèse des éruptions, sur leur évolution, sur leur intensité; et, par terrain, il comprend l'état général des sujets, l'état de la peau, le fonctionnement de ses glandes, les phénomènes vaso-moteurs dont elle est le siège. Il admet par suite l'utilité possible d'un traitement interne persévérant dans l'eczéma séborrhéique, quoique pour lui ce soit une affection de nature microbienne.

Nous laisserons complètement de côté l'étude descriptive des formes

(1) L'intérêt majeur et l'importance absolument capitale de cette anatomie pathologique et de cette étiologie nous ont déterminé à les reproduire in extenso. C'est là en effet la base même de toutes les discussions si passionnées de l'époque actuelle, c'est le nœud même de la question moderne des eczémas. Quel que soit le sort ultérieur que l'avenir réserve à ces constatations et à ces théories, on doit être reconnaissant à Unna d'avoir soulevé ces problèmes et d'avoir tenté de les résoudre. Nous allons maintenant résumer le reste de son mémoire. L. B.

cliniques de l'eczéma séborrhéique que nous nous contenterons d'énumérer pour fixer les idées :

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