CHAPITRE PREMIER
CEUX QUI ADMETTENT QUE LE LICHEN DES ANCIENS AUTEURS ET QUE L'ECZÉMA SÉBORRHÉIQUE DOIVENT RENTRER DANS L'ECZÉMA
Ce groupe est constitué par Unna et par ses disciples directs.
D'après Unna, l'eczéma a deux caractéristiques, l'une anatomique, et l'autre, la plus importante, bactériologique.
Pour lui, la caractéristique anatomique de l'eczéma est avant tout la parahératose (1), qui est de beaucoup le symptôme le plus important. Elle ne manque jamais, même dans les formes les plus légères : elle est pathognomonique de l'eczéma. Lorsqu'elle existe seule, les lésions objectives sont constituées par ce qu'on appelle le pityriasis alba, lequel est parfois diffus,
(1) Nous renvoyons le lecteur pour plus de détails à l'Histopafeholpgie d'Unna.
parfois circonscrit, et qui est la première forme élémentaire de l'eczéma. La parakératose consiste essentiellement en un œdème de l'épithélium de transition : ce n'est pas un œdème interstitiel, c'est un œdème parenchymateux, c'est-à-dire un accroissement de l'afflux des liquides dans les cellules épithéliales elles-mêmes. Il se traduit par l'accroissement de volume des cellules de la couche épineuse, et surtout par celui des noyaux, qui deviennent plus arrondis et qui se colorent moins. Ce sont surtout les cellules de la couche granuleuse qui sont atteintes : souvent les granulations de kératohyaline y disparaissent, ou bien elles sont extrêmement fines. Toutefois ce n'est pas là un caractère constant, car dans la plupart des préparations la quantité de kératohyaline varie de papille à papille.
D'après Urina, ces modifications et cette variabilité des lésions sont réellement caractéristiques de l'eczéma : dans un espace aussi restreint et avec cette fréquence, ces variations ne s'observent dans aucune autre maladie.
A l'absence de kératohyaline dans la couche granuleuse répond dans la couche cornée un complexus de trois symptômes : 1° un épaississement de la couche cornée basale ; 2° un amas anormalement faible de graisse dans son épaisseur ; 3° une bonne conservation anormale des noyaux des cellules de la couche cornée.
La parakératose consiste donc en une simple anomalie de la cornification, c'est-à-dire en l'absence de la plupart de ses stades intermédiaires (séparation de la kératohyaline, dissolution du noyau, dessiccation du protoplasma) qui accompagnent la cornification normale. La paroi cellulaire se cornifie ou s'épaissit comme d'ordinaire, mais le contenu de la cellule ne subit pas de modifications notables.
Tout eczéma qui se prolonge aboutit à la prolifération épithéliale, c'està-dire à ['acanthose. Enfin toutes les formes humides de l'eczéma sont histologiquement caractérisées par ce que Unna appelle la transformation spongoïde de l'épithélium ; au début, cette dernière lésion consiste en une dilatation générale des espaces lymphatiques de la couche épineuse, c'est-à-dire en un œdème interstitiel de l'épiderme, tandis que dans la simple parakératose l'œdème est parenchymateux. Unna insiste sur ce fait qu'en des points où Tonne dirait pas macroscopiquement qu'il y a des vésicules on trouve des vésicules histologiques. (Donc, pour lui, le critérium clinique ne saurait exister pour l'eczéma.)
Il distingue deux variétés de vésicules: 1° les unes, qui peuvent être invisibles ou visibles à l'œil nu et qui ont un contenu séreux ou sérofibrineux ; 2° les autres, qui sont toujours visibles à l'œil nu et qui sont remplies de leucocytes. Ces deux variétés de vésicules sont toujours secondaires à l'état spongoïde et apparaissent toujours secondairement sur un épiderme déjà eczémateux. — En opposition avec elles, Unna décrit des vésicules qui apparaissent d'emblée sur un épiderme sain, qui ne sont pas comme les précédentes couvertes de croûtes ou de squames qui ne montrent pas de transition graduelle vers l'état spongoïde, et dont le contenu est un mélange de sérosité, de leucocytes, et de cellules épithéliales n'ayant pas subi la transformation cornée. Cette troisième variété
94 BROGQ 172
de vésicules constitue pour Unna son eczéma aigu vrai ; elle est due au développement des morococci sous la couche cornée et dans la couche épineuse, soit spontanément, soit par inoculation.
Nous arrivons ainsi à la caractéristique bactériologique et par suite étiologique de l'eczéma pour Unna. Elle est constituée par la présence du morocoque. Cet agent microbien existe à l'état pur et en grande abondance dans les éléments de son eczéma aigu vésiculeux vrai; il existe à un moindre degré dans les éléments de la forme qu'il appelle chronique : on ne le trouverait même pour ainsi dire jamais dans les petites vésicules purement séreuses et purement fibrineuses. Il y aurait donc probablement certaines différences étiologiques entre la forme aiguë et les formes chroniques : il n'en est pas moins vrai que pour lui l'unicité de toutes les formes de l'eczéma est établie par la présence dans tous ces cas en quantités plus ou moins considérables du microbe qu'il considère comme pathognomonique et auquel il a donné le nom de morococcus (1).
Remarques. — Il est impossible, quelle que soit l'opinion préconçue que l'on puisse avoir, de ne pas être frappé de l'apparente netteté de la conception d'Unna. Son eczéma a une caractéristique anatomique, la parakératose ; il a une caractéristique étiologique, le morocoque. On ne peut être plus précis.
Il s'agit de savoir : 1° si la parakératose est une lésion anatomique assez spéciale pour pouvoir être prise comme un critérium ; 2° si la valeur pathogène du morocoque est réelle. C'est ce que nous allons discuter dans le livre II de ce travail.