DANS LES ECZÉMAS
Norman Walker (2) déclare que le mot eczéma est devenu pour ainsi dire synonyme d'éruption, et il dit que la définition la plus exacte qu'il puisse en donner est la suivante : il fait remarquer qu'il n'a nullement l'intention de « se moquer en la donnant » :
<(. L'eczéma est le terme communément employé pour désigner toute inflammation de la peau, humide ou squameuse dont l'observateur ignore la cause ou la nature. »
Néanmoins il décrit dans un chapitre à part l'eczéma séborrhéique sous le nom de seborrhœic dermatitis.
Duhring (3) définit l'eczéma :
« Une maladie de la peau, aiguë ou chronique, inflammatoire, multiforme, caractérisée par son début par de l'érythème, par des papules, des vésicules ou des pustules, et par leurs modifications, souvent par la combinaison de ces éléments, accompagnés d'une infiltration plus ou moins marquée, par du prurit, de la cuisson, se terminant par du suintement séreux ou purulent avec formation de croûtes ou de squames. »
(1) Voir pour plus de détails tout le chapitre de l'eczéma dans l'Histopathologie d'Unna. Voir en outre le livre III de ce travail (Pathogénie de l'eczéma) pour la discussion de la valeur du morocoque.
(2) Norman Walker. An introduction to dermatology , 1899, p. 88»
(3) L. A. Duhring. Cutaneous Medi&lne, t. I, p. 311»
L'auteur croit qu'il faut étendre la signification du mot eczéma, qui comprend maintenant des affections que l'on décrivait autrefois à part. Il y fait rentrer le lichen simplex sous le nom d'eczéma papulosum ; cependant il n'admet pas complètement les généralisations de Unna et toute sa conception de l'eczéma séborrhéique.
Au point de vue histologique, il croit que la caractéristique de l'affection est la parakératose, qui est toujours présente à un degré quelconque. Lorsqu'elle existe à peine marquée et seule, elle correspond au degré le plus léger de l'affection. Lorsqu'elle s'exagère, elle correspond aux formes pityriasiques qui s'observent surtout à la face et au cuir chevelu. Lorsque l'acanthose s'ajoute à la parakératose, il se forme une élevure avec desquamation sèche à la surface. S'il survient la transformation spongoïde de la couche épineuse, on a les processus vésiculeux avec formation de croûtes, avec ou sans vésicules visibles.
Remarques. — Duhring a évidemment subi l'influence de Unna. Son anatomie pathologique est celle du maître allemand. Il n'ose cependant pas encore adopter toutes ses idées sans quelques protestations.
G. -T. Jackson (1), J.-N. Hyde (le disciple de Kaposi) (2) professent des opinions analogues.
A. van Harlingen (3) n'hésite pas à considérer l'eczéma comme une affection parasitaire et donne la définition suivante, des plus satisfaisantes pour l'esprit :
« L'eczéma est un catarrhe parasitaire chronique de la peau caractérisé par de la desquamation, du prurit, et une tendance, lorsqu'il y a de l'irritation, à l'exsudation et à des phénomènes marqués d'inflammation. »
Il range le lichen simplex dans l'eczéma, mais il décrit à part l'impétigo et le pityriasis capitis.
Remarques. — Comme on le voit, les idées de Unna ont pénétré en
Amérique : elles y sont adoptées en grande partie, sinon en totalité.
ce L'eczéma, dit M. le Dr Tenneson (4), ne peut être défini ni par sa cause ni par ses lésions. La cause — je veux dire 3a cause essentielle, sine qua non — est inconnue ; et ses lésions histologiques appartiennent à d'autres dermatoses, elles n'ont rien de caractéristique. Il ne peut donc être distingué que par l'ensemble de ses caractères cliniques : symptômes et évolution. Or un tel ensemble est élastique ; on peut à volonté, dans une certaine mesure, en étendre ou en restreindre les limites. Il est des formes dermatologiques qui sont de l'eczéma pour tout le monde ; il en est qui sont de l'eczéma pour les uns et n'en sont pas pour les autres... Le conflit quant à présent n'a pas de sanction possible; et il en sera de même tant que des éléments scientifiques nouveaux n'interviendront pas dans la question. »
Il fait d'ailleurs rentrer dans son type eczéma, les séborrhées, le pityriasis capitis, l'eczéma circiné, le pityriasis rosé, les lichens des anciens auteurs, les kératodermies plantaires et palmaires, la dysidrose.
(1) G.-T. Jackson. Discases of the sUn, 1892.
(2) J. Nevins Hyde. A practical treatise on diseuses of the shin, 1898, et Tiveii' tieth century P.ractice, vol. V, p. 1G9.
(3) Arthur van Harlingen. Handhook of tlie diaynosis and treatment of skin diseases, 1895, p. 165.
(4) H. Tenneson. Traité clinique de Dermatologie, 1893, p. 1.
Remarques. — On ne saurait mieux poser le problème que ne le fait Téminent médecin de l'hôpital Saint-Louis. Il est évident que l'on ne peut le résoudre à l'heure actuelle d'une manière définitive. Néanmoins il est utile de préciser la valeur des recherches déjà faites.
CHAPITKE III