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CHAPITRE IV VUE D'ENSEMBLE DE LA lre PÉRIODE DE L'HISTOIRE DE L'ECZÉMA

Premier point . — Côté descriptif.

On voit donc qu'à l'origine, pour Willan et Bateman, qui ont été les réels créateurs de la terminologie dermatologique, le mot eczéma. désignait le prototype des affections vésiculeuses : la principale caractéristique objective de cette dermatose était la vésicule, et une vésicule spéciale.

A mesure qu'on a étudié de plus près les lésions cutanées, on s'est aperçu que les fines vésicules de l'eczéma, et que le suintement de sérosité citrine et poisseuse consécutif à leur rupture, pouvaient s'observer chez beaucoup de sujets qui, à un moment donné de leur maladie, ne présentaient pas ces symptômes ; on en a conclu que les eczémas pouvaient revêtir les aspects les plus divers, et que l'on devait faire rentrer dans ce groupe d'autres dermatoses qne les premiers observateurs en avaient écartées. Cette transformation des idées premières a été surtout l'œuvre de Hebra en Allemagne, de Hardy en France, d'E. Wilson en Angleterre.

Il est en effet des affections sèches comme le lichen circumscriptus des anciens auteurs (lichen simplex chronique d'E. Vidal ; névro dermite chronique circonscrite de Brocq et Jacquet), des affections vésiculeuses et vésiculo-pustuleuses comme l'ecthyma et l'impétigo, etc.. qui peuvent se compliquer sous certaines influences d'éruptions ressemblant tout à fait par leur aspect extérieur et leur évolution aux eczémas typiques, et qui d'ailleurs pour nous sont véritablement de l'eczéma. Dès lors, il était tout naturel, avec la tendance qu'a l'esprit humain à toujours généraliser, de faire rentrer toutes ces dermatoses dansle groupe des eczémas, et d'en faire de simples variétés objectives de ce type morbide.

Nous n'avons pu dans ce travail, forcémentlimité, et qui est déjàbeaucoup trop vaste, insérer tous les documents in extenso, mais nous engageons ceux qui veulent se faire une opinion complète et motivée, à lire dans les auteurs dont nous avons parlé les développements de leurs descriptions des eczémas; et l'on comprendra alors dans quelles vastes limites ils font varier cette dermatose.

C'est ainsi qu'examinant successivement les divers éléments constitutifs de l'éruption eczémateuse dite idéale, la rougeur, la vésiculation, la desquamation, ils soutiennent (et nous faisons ici aussi bien la critique des ouvrages récents, des nôtres en particulier, que celle des vieux auteurs dont nous venons de parler) que chacun de ces éléments peut prédominer ou disparaître sans que pour cela le diagnostic d'eczéma puisse être mis en doute : de telle sorte que les eczémas peuvent être caractérisés par des dermites profondes,

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intenses, moyennes, ou tellement faibles et superficielles qu'elles ne sont nullement perceptibles, et que les téguments conservent leur coloration normale ; de telle sorte que les vésicules peuvent être géantes, moyennes, minuscules, ou manquer complètement, d'où les eczémas dits secs, caractérisés par une simple desquamation sans rougeur, sans vésicules, sans suintement; de telle sorte que les vésicules peuvent parfois revêtir l'aspect de véritables pustules, eczémas pustuleux, impétigineux, etc. ; de telle sorte que la desquamation peut être presque nulle ou prédominer au contraire, eczéma squameux, lamelleux, pityriasique, etc., et, comme nous venons de le dire, constituer parfois toute la scène morbide, etc., etc.

Nous n'insisterons pas, car nous ne voulons pour le moment que faire toucher du doigt la facilité avec laquelle on peut arriver à englober la dermatologie tout entière dans le groupe des eczémas, en l'absence d'un critérium pathogénique qui permette d'en faire une maladie bien définie, quand on ne s'en tient pas avec fermeté à un type objectif bien convenu et quand on adopte ces deux principes si dangereux : 1° que toute dermatose dans le cours de laquelle il survient parfois de la vésiculation et du suintement eczémateux doit être rangée dans les eczémas; 2° que tous les aspects éruptifs que l'on peut observer pendant l'évolution d'un eczéma doivent être regardés comme caractéristiques d'une variété d'eczéma bien définie.

Deuxième point. — Côté pathogénique.

Si nous envisageons, à un point de vue un peu élevé, les diverses doctrines émises par les anciens auteurs sur la nature de l'eczéma, nous voyons qu'elles se réduisent à deux principales :

1° L'eczéma peut provenir de causes locales externes irritantes, parfois aussi de causes internes mal définies, mais en somme on n'en connaît ni la nature réelle, ni la pathogénie vraie : ce sont là les idées de Willan et Bateman, de Devergie, de F. Hebraet de ses nombreux élèves.

2° L'eczéma peut se développer sous l'influence de causes occasionnelles (excitantes) multiples externes ou internes ; mais celles-ci n'agissent que sur des individus préparés à la maladie par des causes efficientes antérieures (mauvaise alimentation, mauvaise hygiène, etc.), et en vertu de prédispositions spéciales inhérentes à l'individu, que ce soient l'arthritis, l'herpétis, ou la scrofule de Bazin, l'herpétisme de Hardy, la diathèse eczémateuse d'E. Wilson. Certes cette conception n'est peut-être pas formulée avec cette netteté par tous ces auteurs, mais au fond on peut la retrouver dans leurs écrits, quelque obscurcie qu'elle soit parfois par des hypothèses injustifiées.

Tel est l'exposé assez fidèle, quoique peut-être un peu trop succinct, des deux grands courants d'idées qui ont régné sur l'eczéma jusque vers 1880. On comprend donc qu'on ait été jusqu'à un certain point

fondé à dire que pour l'école allemande l'eczéma était une maladie purement locale, tandis que pour l'école de Saint-Louis elle était l'expression d'un état morbide général.

Ainsi formulée, cette appréciation des anciennes doctrines est cependant inexacte. En effet, jamais les maîtres français n'ont nié l'importance des agents extérieurs dans la genèse des eczémas, et d'autre part, l'école allemande admet de son côté qu'il y a des modifications de l'état général qui influent sur l'apparition de ces dermatoses.

Résumé. — En somme, dès maintenant, sont posés les plus importants problèmes que nous avons à examiner :

1° Comment faut-il comprendre l'eczéma au point de vue objectif ? Faut-il limiter cette dénomination aux seules affections vésiculeuses spéciales que Willan et Bateman et surtout Rayer et Bazin, puis Tilbury Fox décrivent sous ce nom ? Faut-il avec F. Hebra, Hardy et E. Wilson englober sous ce titre toutes les éruptions érythémateuses, squameuses, vésiculeuses, pustuleuses, papuleuses ?

2° Quelle est la nature de l'eczéma ? Doit-on essayer de la préciser ou pour mieux dire de la formuler en créant un mot qui ne signifie en réalité que prédisposition à l'eczéma? Doit-on considérer cette affection comme une maladie purement locale? Vaut-il mieux s'abstenir d'émettre sur sa genèse des hypothèses qu'il est impossible de démontrer?

Ce sont toutes ces questions palpitantes que nous allons maintenant examiner de près en exposant les travaux des auteurs modernes sur l'eczéma.

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