‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 102 sur 176 · Arch. nat., W 547, n- 13 et · texte numérisé non relu

Arch. nat., W 547, n- 13 et

4. Ces détails nous ont été transmis par la fille d* Antoine Goojon, qui les tenait de son père.

5. Tissot, Souvenirs de prairial, p. 161, note. Le texte de ces paroles est approximatif; Ilssot en donne une version rimée qa'il avait insérée dans le chant funèbre composé plus tard par lai en mémoire de Goojon.

262 &. GUTOT ET F. THJIVARD.

quittant, il déposa entre ses mains ces quelques pages, suprême protestation d'innocence et dernier témoignage de tendresse^ :

J'ai vécu pour la liberté. Tai toujours fait ce que j'ai cru bon, juste et utile à ma patrie. Ce que j*ai fiait et dit a toujours été dicté par l'élan de la probité. Je ne m'en repens donc point. Je ne m'en repentirai point, dût la mort être le prix de mon intégrité. Si je me trouvais encore dans les mêmes circonstances, je ferais et dirais encore les mêmes choses, car j'ai toujours pensé que pour agir il ne faut pas consulter ce qui peut nous être avantageux, mais seulement ce que le devoir nous commande. Ma vie est entre les mains des hommes, elle est le jouet de leurs passions. Ma mémoire ne leur appartient pas, elle est à la postérité. Elle est le patrimoine des hommes justes de tous les temps, des cœurs sensibles et généreux, des amis ardents et vrais de la patrie, de la liberté et de Pégalité.

Ma mémoire demeure environnée de mes mœurs pures et sans tache, de ma pauvreté toujours la même, après tant et de si importantes fonctions que j'ai remplies, sans qu'il soit survenu contre moi une seule dénonciation. L'amitié à laquelle je fus toujours Adèle, et dont je ne fus jamais indigne, une famille à laquelle je donnais Texemple constant du bien, tant de malheureux que j'ai secourus, soutenus, défendus, aidés veillent autour de moi ; ils ne déserteront point ma cause et transmettront mon souvenir à la postérité, environné de l'estime et de la gloire dont je ne ftis jamais indigne, et surtout ils axeront sur moi les regards du malheureux, de l'opprimé, des hommes sensibles, justes, amis de l'égalité. J'aurai leurs larmes, c'est la seule ambition qui ait jamais fait palpiter mon cœur.

Je ne porte dans mon âme, approchant du terme, aucun des sentiments haineux qui appartiennent à la violence des passions, et si je fais un vœu ardent et sincère, c'est que ceux qui brûlent de m'assassiner ne justiflent pas devant la postérité, par une longue suite de crimes, qu'ils ne furent si ardents à me frapper que parce qu'ils m'avaient reconnu que pour un homme de bien, ami du peuple, et qu'il ne dépendait pas d'eux de corrompre. Puisse la patrie être heureuse après moi et ne pas demeurer affaissée sous la tyrannie dont j'aurai été l'innocente victime ! Mais je crains que ce jour d'injusUœ ne soit suivi de beaucoup d'autres qui lui ressemblent! Que je crains que le sang innocent n'obtienne une trop longue vengeance! Patrie, seras-tu donc baignée dans le sang et dans les larmes? Cette pensée compose ma plus grande peine. Fasse le ciel qu'elle soit

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