Journal de Paris et MoniteWi loc. cU
morte, étendus sur le carreau et baignant dans leur sang. Du Roy était très vivant. Bourbotte respirait encore. Soubrany agonisait presque, en disant : « Laissez-moi mourir. » Gomme leurs blessures ne saignaient plus, on ne prit pas la peine de les panser S et l'aide de Texécuteur leur ât la dernière toilette. Pendant qu*on lui liait les mains, Du Roy s'emporta violemment, injuriant les curieux et les journalistes qui l'entouraient : € Les assassins contemplent leur ouvrage I criait-il. Ahl pourquoi me suis-je manqué? Ces mains-là étaient-elles donc faites pour être liées par le bourreau? Jouissez, messieurs les aristocrates^! » On les chai^^ea tous trois sur la charrette. Du Roy faisait bonne contenance, Soubrany ne bougeait plus^ Bourbotte parut revenir à la vie. Il s'assit au fond de la voiture et regarda tranquillement autour de lui. A trois heures, escortés par un escadron de cavalerie, ils arrivèrent sur le lieu du supplice. La place de la Révolution était presque vide. On porta Soubrany sur Téchafoud ; il était mort déjà, et Sanson n'exécuta qu'un cadavre. Du Roy mourut ensuite avec fermeté et sans rien dire. Bourbotte cependant parlait au peuple et aux soldats : « Je meurs innocent, criait-il, vive à jamais la République^ 1 » On emporta les cadavres au cimetière de Monceaux. Les trois autres corps y furent aussi portés le soir. Les valets du bourreau les dépouillèrent, suivant Tusage, et vendirent au fiîpier leurs pauvres hardes.
R. GuYOT et F. Thjimard.
1. Procèft-Terbal de l'officier de santé (Arch. nat., W547, n* 138).