LE GODE DE HÂMMOURABI
ET LA CONSTITUTION ORIGINAIRE DE LA PROPRIÉTÉ DANS l'ancienne CHALDÉE.
Fustel de Goulanges s'est voué à Thistoire des institutioDS avec une connaissance très imparfaite du droit : la critique lui en a fait grief et elle a pu le faire sans trop d'injustice. Jules Oppert regrettait une lacune analogue chez les assyriologues, ses confrères : c Pour rintelligence des textes juridiques, disait-il, des études de droit sont d'une nécessité inéluctable; sans elles, toutes les interprétations sont boiteuses. Ces études ne permettent pas seulement de reconnaître les particularités de certaines lois, elles façonnent l'esprit à discerner ce qui est possible et ce qui ne Test pas, ce qui est adéquat et ce qui est un non-sens \ »
La découverte du Gode de Hammourabi a mis en claire évidence la justesse de ces paroles. Malgré la science linguistique des interprètes, ni la traduction princeps de Scheil ni les traductions nombreuses, en toutes langues, qui Pont suivie n'ont échappé au double écueil qu'Oppert signalait. La collaboration même d'un jurisconsulte et d'un assyriologue de profession n'a pas sufQ pour en préserver. Voyez le résultat de l'association de MM. Peiser et Kohler^, voyez le biais auquel ils ont dû se résigner : une traduction mot à mot, — souvent inintelligible, impossible^ aurait dit Oppert, — et en regard une paraphrase où le sens devient plausible, mais où la version littérale est sacrifiée sans merci.
G^est que toute traduction d^un document de cette nature exige un corps à corps, un contact intime avec le texte. Faute de quoi, on pourra bien s^en approcher, le contourner, on ne l'enlacera pas.