Ha mmurabi's GeseU, Leipzig
LE GODE DE HAHMOURiBT. 273
L'hîslorien du droit, sUl ne veat pas bâtir sur une base fragile et ebancelante, n^a donc d'autre ressource que de maîtriser lui-même la langue des documents. Et comment bésiterait-il devant des décou- Yertes qui reculent de milliers d'années les bornes de l'histoire juridique de rhumanité? Pour ma part, je n'ai pas craint de tenter Teffort, et la traduction de Hammourabi, que je publierai très prochainement, permettra de juger de son fruit.
Mais le Gode de Hammourabi n'est pas un monument qui puisse se suffire à lui-même. Il veut être étudié dans ses sources, son milieu et ses prolongements. Il a derrière lui toute une antiquité juridique dont il est l'aboutissant. Nous en avons la preuve directe dans l'eiistence de fragments de lois beaucoup plus anciennes et qui paraissent même visées par ce Gode, les fameuses lois dites sumériennes, dont sept articles nous ont été conservés dans des exercices de grammaire. Nous en avons d'autres preuves dans les contrats antérieurs à Hammourabi, qui se réfèrent très visiblement à des lois écrites et, sans doute, à une sorte de code ou de compilation dont ils reproduisent des formules, puis dans la circonstance que Hammourabi lui-même se sert de formules identiques, identiques donc non seulement à d^anciens contrats, mais à des lois plus anciennes encore.
Qu'était cette législation antécédente? A quelle date pouvait-elle remonter? Comment était-elle née? Si à toutes ces questions nous n'avons pas encore de réponse satisfaisante, nous pouvons du moins entrevoir des lignes directrices et tenter des travaux d'approche.
Tout d'abord, la religion et la magie chaldéennes ne laissent aucun doute sur la grande part qui revient dans la formation des coutumes ou des lois, d^une part aux rituels, d'autre part aux oracles; les premiers donnant naissance à des prescriptions à la fois religieuses et civiles, les seconds constituant des jugements qui avaient force de loi pour l'avenir. Mais nous voudrions davantage, nous voudrions savoir pour quels hommes, dans quelles dtés ces lois embryonnaires virent le jour. Est-ce au nord, au centre ou au sud de la Ghaldée que se place leur lieu d'origine?
Jusqu'il y a trente ans, tous les regards se dirigeaient vers Babylone ou vers Ninive. On espérait trouver autour de ces deux grandes métropoles, autour de la première surtout, la clef de l'antiquilé chaldéenne. On se trompait. On se trompait en principe en cherchant dans le nord et dans Tintérieur des terres les débuts d'une civilisation qui devait être née beaucoup plus au raidi et Rev. Histor. XGIV. 2« pasc. 18
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à proximité de la mer, de la mer qui, indépendamment du trafic qu'elle sollicite, fournit un aliment indispensable à Phomme, le sel. On se trompait encore, parce que les terribles dévastations dont les capitales chaldéennes avaient été la proie et la durée relativement récente de leur existence étaient autant de causes d'échec, autant de sources de déception. Ce quil fallait trouver, c'était unecité importante remontant à la plus haute antiquité et enfouie, disparue depuis une époque extrêmement reculée, quelque chose comme une Pompéi chaldéenne. Et c'est là ce que trouva notre admirable explorateur, mort à la peine après onze campagnes de magnifiques fouilles (4877 à 4900), H. de Sarzec.
La cité de Lagaâ, dont H. de Sarzec a exploré les ruines à Tdlo, a été, avant Tépoque où le nom de Babylone apparaît pour la première fois dans l'histoire^ dès le v* millénaire avant J.-C, tantôt dominatrice, tantôt dominée par les rois d'autres cités chaldéennes, si bien que temples^ inscriptions, monuments de toute nature dus à des conquérants étrangers nous renseignent sur eux, leurs villes, leurs mœurs ou leurs lois, et, par une réciprocité heureuse, les monuments des rois indigènes de Lagaâ ne concernent pas seulement la cité elle-même, mais les autres cités qu'ils dominèrent. De plus, par une rare fortune, les dévastations ont été ici moins profondes : dès le temps de Hammourabi, par son avènement même, l'hégémonie passa définitivement au nord de la Ghaidée, Lagaâ rentra dans Tombre, des alluvions, en guise de lave, recouvrirent ses ruines.
Après Lagaâ, Suse a livré ses trésors aux pionniers de la science firançaise. Capitale de l'Ëlam qui, par la civilisation et les armes, rivalisa avec la Ghaidée, ses alternatives incessantes de victoire et de défkite l'ont transformée en musée triomphal de la Ghaidée vaincue et ont amoncelé en couches profondes sur son sol les témoins de son propre passé.
Il est aisé de voir comment les origines du Gode de Hammourabi s'éclairent par les découvertes de Lagaâ et de Suse, pour ne parler que de celles-là. Grâce aux premières, nous pouvons étudier les éléments nombreux et divers qui sont entrés dans la composition des coutumes antécédentes : mœurs, actes royaux, rites magiques, etc. Nous pouvons nous représenter leur naissance, comme celle des nôtres, en des lieux distants, leur contingence, le droit commun qui s'élabora en elles par le passage de Thégémonie d'une cité à une autre. G'est ce fonds commun, tout ensemble local et généralisé, traditionnel et pratique, qui a été compilé, coordonné, codifié, placé sous la protection des dieux, comme de ses inspirateurs, par le puissant conquérant, le Napoléon chaldéén qui porte nom Hammourabi. Et