‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 12 sur 176 · Espagne 534, fol · texte numérisé non relu

Espagne 534, fol

40 ALFRED BOURGUBT.

rait, et ce pari a été fait dans le temps que cet ambassadeur me pressait si vivement de signer la convention et me disait des reproches du retardement que je mettais à la consommation de cet ouvrage. Alors il aurait voulu que j'eusse mis à la déclaration de guerre de TËspagne un terme plus rapproché. Je ne voulus pas, en lui disant que le roi d'Espagne serait toujours le maître d^entrer en guerre, que je pariais qu'il ne se déclarerait pas cette année et que f éloignais le moment de la guerre espagnole afin qu'elle fût sûre et que nous n'eussions pas, au premier pas de V alliance^ à nous plaindre de notre allié. M. de Grimaldi s'échauffa et paria que son maître serait en guerre cette année. Je pariai; croyez«vous à présent que j'ai gagné*?

La satisfaction d'avoir prévu ce qui allait se passer n'était pour Choiseul qu'un bien faible dédommagement à la tristesse de voir l'Espagne toujours si longue à se décider. Il avait bien senti d'avance toute la diflSculté qu'il éprouverait à faire entrer en guerre une nouvelle puissance. Voilà pourquoi, tant qu'il avait pu, il s'était borné à se servir d'elle comme d'un sujet de crainte pour l'Angleterre. Maintenant que les pourparlers de paix étaient définitivement rompus avec ce pays, il tâchait de stimuler le zèle du roi catholique, mais il n'entendait pas se rendre insupportable à l'allié de la France par une insistance trop vive. Les premières démarches du marquis d'Ossun auprès de Charles III ne semblant pas avoir donné le résultat espéré, Choiseul lui disait, à la date du 37 octobre 1761 : « Quoi qu'il en soit, pressez sans chaleur le ministère de S. M. C. Il doit connaître les possibilités de l'Espagne mieux que moi, et, quelque chose qui arrive, notre premier objet est d'être bien avec l'Espagne quand même elle nous abandonnerait. »

Quelques jours seulement se passaient, et d'Ossun lui donnait au contraire des nouvelles qui semblaient faire prévoir, pour une assez brève échéance, la rupture entre Londres et Madrid. Charles III avait, en effet, déclaré à l'ambassadeur qu'aussitôt informé du départ des renforts qu'il envoyait en Amérique, il s'expliquerait clairement vis-à-vis de la cour britannique. D'autre part, son ministre de la Marine travaillait à former le plan de l'expédition projetée contre la Jamaïque. C'étaient là des indices de dispositions belliqueuses.

1. Choiseul à d'Osson^ 27 octobre 1761, de sa main. Espagne 534, foi. 144,

CHOISBUI. ET l'alliance ESPAGIfOLB. 41

La condaite de M. Wall en présentait d'autres non moins évidents. L'ambassadeur anglais lui ayant demandé, par ordre de sa oour, s'il était vrai que l'Espagne avait fait un traité avec la France, le secrétaire d'État répondit qu'il n'avait rien à ajouter à ce qu'avait dit à Londres M. de Fuentès. Au surplus, continua M. Wall, le refus que venait de faire l'Angleterre des conditions avantageuses de paix que le cabinet de Versailles lui avait offertes montrait assez que le projet du ministère britannique était d'écraser entièrement la France, de même que sa conduite à l'égard de l'Espagne semblait annoncer l'intention de traiter ensuite cette puissance comme la première. Lord Bristol se récria naturellement très fort sur un pareil soupçon et protesta (les protestations en ce cas sont de rigueur) que sa cour en était bien éloignée. Mais M. Wall lui répliqua que, la chose étant sufSsamment démontrée par les faits, il avait conseillé et il conseillerait constamment au roi, son maître, « de périr s'il le fallait, mais de périr les armes à la main^ ».

Si l'Espagne se décidait à la rupture, un point qui avait bien son importance était de savoir ce que ferait le Portugal. Charles III n'entendait pas permettre à ce pays de conserver sa neutralité, et il déclara à d'Ossun qu'il obligerait le Roi Très Fidèle à prendre parti pour ou contre les Anglais.

Le souverain espagnol semblait d'ailleurs mépriser un peu trop les forces du Portugal. Ne dit-il pas à l'ambassadeur de Louis XV qu'il n'aurait qu'à permettre aux habitants de la Galice de prendre les armes et qu'ils auraient bientôt conquis ce royaume? A quoi son interlocuteur prit la liberté de répondre qu'il faudrait une armée de 30,000 hommes au moins pour assurer le succès d'une pareille expédition et qu'il serait surtout nécessaire d'avoir un train d'artillerie considérable. Or, sur ce dernier point, d'Ossun se montrait fort alarmiste. 4^ H n'y a pas actuellement, écrivait-il à Choiseul^ dix affûts en état de servir. > n est vrai qu'il ajoutait : « S. M. C. vient de nommer le comte de Gazo, qu'il a fait venir de Naples, inspecteur d'artillerie et de lui donner les pouvoirs les plus amples pour la mettre incessam-

Page 1