CH. PFISTER
Èyre, elle faisait amende honorable, une torche noire à la main. Le cortège sortait par la porte de la Craffe et se rendait sur les bords de la Meurthe, à quelque distance de la route de Nancy à Ghampigneulles, en un endroit appelé le Paquis, où aujourd'hui se dresse Tusine du Pont-Fleurie Là le bûcher était dressé. Il se composait d'un cent de fagots et d'une corde de bois'. Au-dessus se dressait un poteau où la victime était attachée. La sorcière n'était pourtant pas brûlée, à proprement parler. Â peine ayait-elle senti la flamme que le bourreau l'étranglait. Le corps était ensuite brûlé et les cendres dispersées. On ne jetait vivantes dans le feu que les sorcières endurcies, celles qui avaient refusé de Caire pénitence. Â ces exécutions assistait une foule gouailleuse, — la même foule ignoble qui se presse aujourd'hui autour des échafauds.
Suggérées par le juge, des mères avaient avoué qu'elles avaient emmené au sabbat leurs enfants, jeunes garçons et jeunes filles de sept à dix ans. Ces enfants eux-mêmes avaient parfois avoué leurs forfaits; ils avaient décrit le sabbat, répété les chansons licencieuses qu'on y chantait; ils soutenaient avoir tourné la broche de Satan! Leséchevins de Nancy n'osaient condamner ces malheureux; on se bornait à leur mettre les épaules nues et à les frapper trois fois de verges devant le bûcher où brûlait leur mère; et cette condamnation devint en Lorraine d'un usage courant. Mais Nicolas Remy s'élève contre ce qu'il regarde comme une faiblesse : « Je n'ai jamais pensé que de cette manière il était satisfait aux lois^. » Avec une férocité inouïe, dans un passage qui nous paraît le plus abominable de la Démonolatrie^ il réclame contre les pauvres êtres la peine capitale. Il rappelle l'histoire des quarante-deux enfants de Béthel qu'Elisée avait fait manger par les ours, uniquement parce qu'ils l'avaient nommé vieux chauve. Et il veut que toute graine de sorciers soit anéantie.
Les enfants des sorciers pâtissaient encore d'une autre façon, même s'ils n'étaient pas impliqués dans les crimes de leurs parents. Tous les biens étaient confisqués au profit de l'Etat, et les malheureux, repoussés partout, restaient sans ressources. La
1. Au débat da xvu* siècle, il y eut quelques exécutions sur la place du Marché.