‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 35 sur 176 · Voir les comptes des receveurs · texte numérisé non relu

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3. c Sed ne hac quidem ratione numquam putaTi plene legibus esse satisfactnm » {Démanolatrie, p. 200-201).

mCOLAS RBMT ET LA SOECBLLERIE EN LORRAINE. 43

plapart des condamnés étaient pauvres, sans doute; mais il 7 en eut aussi de riches. On put soupçonner que le duc Charles lY envoya au bûcher Melchior de La Vallée, chantre de la collégiale Saint- Georges, non seulement pour compromettre sa femme Nicole, baptisée par le prétendu sorcier, mais encore pour acquérir son grand domaine de Sainte-Ânne, sur la route de Liaxou'. On a pu dire que les procès de sorcellerie étaient si Donl>reux en Lorraine uniquement parce que les biens des condamnés étaient acquis aux seigneurs*.

Nous avons ainsi suivi la sorcière depuis son arrestation jusqu'à son supplice. Le jour où arrivait à la justice la dénonciation anonyme, elle était presque sûrement perdue. Ck)mme ceux qui entrent dans les enfers, elle devait laisser toute espérance. Le drame que nous venons de raconter eut, au temps où Nicolas Remy fut échevin de Nancy, puis procureur général, de 1576 à 1606, soixante à quatre-vingts représentations par an'; et, après sa retraite et sa mort, l'impulsion donnée par lui dura. De 1606 à 1633, les bûchers s'allumèrent encore à mainte reprise ; pourtant, peu à peu, le mouvement se ralentit et les rôles des échevins de Nancy furent moins encombrés. Le total des sorciers et sorcières brûlés ne laisse pas que d'être considérable; et cette épidémie de sorcellerie qui sévit sur le duché a fait plus de victimes que la peste; la sottise de l'homme est plus nuisible que les plus terribles fléaux de la nature. En Tannée 1633, les Français occupèrent la Lorraine ; le tribunal des échevins de Nancy fut supprimé; les magistrats français qui remplacèrent les magistrats lorrains étaient plus éclairés; puis, au milieu des guerres et de l'occupation étrangère, d'autres préoccupations absorbèrent les esprits; on laissa les sorcières en repos. Quand le duc Charles lY rentra dans ses états, en 1661, il y eut encore de-ci

1. On eonsDltera, sar Melchior de La Vallée, Henri Lepage, les Chartreuses de Sainie-Anne et de Bosserville (Nancy, 1851), et un aotre article du même, Melchior de La Vallée et une gravure de Jacques Bellange^ dans les Mémoires de la Société darchéologie, 1882, p. 257. Un autre procès célèbre fut celui d'André des Bordes, maître d'armes du duc Henri H. Cf. Henri Lepage, André des Bordes, épisode de Vhistoire des sorciers en Lorraine^ dans les Mémoires de la Société d^ archéologie, 1857, p. 5-55. Nous comptons raconter prochainement l*hi8toire de ces deux procès.

2. En Allemagne, la confiscation n'était pas de règle. Voir Soldan, t. I, p. 453.

3. Il avoue avoir condamné à mort, de 1576 à 1592, comme échevin, 900 victimes : ce qui nous donne une moyenne annuelle de soixante, et les exécutions furent plt:s nombreuses après sa nomination de procureur.

44 CH. PFISTEB. — NIGOLiS REMI ET LA SORCELLERIB BU LOBRAIHE.

de-là quelques exécutions. En 1661, Jeannon Maronde, femme de Jean La Ronze; en 1670, Jeannon, femme de Georges Grandidier, furent brûlées à Saint-Dié^ en terre ecclésiastique, où les yieilles superstitions avaient poussé des racines plus profondes. Mais en 1682 fut rendu, sous Tinspiration de Ciolbert, Tédit qui défendait aux cours et aux tribunaux d'admettre dorénayant l'accusation de sorcellerie sabbatique; et cet èdit fut appliqué à la Lorraine, que la France avait occupée une seconde fois en 1670. Dans sa Lémonolatrie , Nicolas Remy écrit ces mots : « Malheur à ceux qui ont conclu un pacte avec l'enfer... Mais malheur aussi à ceux qui cherchent à diminuer l'odieux d'un crime aussi horrible et exécrable, qui admettent les circonstances atténuantes de la crainte, de l'âge, du sexe, de l'imprudence ou d'autres excuses analogues. » En conséquence, dans l'exercice de son ministère, il a toujours refusé les circonstances atténuantes. Certes, Nicolas Remy eût été bien étonné si on lui avait dit qu'un jour il serait l'accusé. Soyons plus indulgent que lui; rappelons tout ce qui peut être dit en sa faveur : ses opinions étaient celles de son temps, et c'est à elles plus qu'à sa personne qu'il faut nous en prendre; il croyait faire œuvre agréable à Dieu, sauver la religion et la société; il pensait paraître au tribunal suprême la conscience pure et tranquille ; il s'y serait même fait un argument des bûchers qu'il avait allumés. Mais pourtant il nous faut le condamner, parce qu'il lui manquait l'une des qualités que nous croyons indispensable au magistrat, la bonté. Peut-être avec plus de bonté aurait-il eu parfois des doutes et aurait-il été moins sûr de ses raisonnements. Avec plus de bonté, il eût été plus intelligent. Armé par la loi d'un pouvoir terrible, le magistrat doit se défier de lui-même et de sa raison, rechercher toujours les circonstances atténuantes et ouvrir son cœur à la pitié. Nicolas Remy ne fut pas un bon juge.

Gh. Pfister.

1. Gaston Save, la Sorcellerie à Saint-Dié, dans le BullêUn ds la Société philomaîMque de Saint-Dié, 1887-1888.

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