A LÀ FIN DU X7II' SIÈCLE ET DANS LE PREMIER QUART DU XYIII
L'histoire des relations de la Rassie avec la Chine peut être divisée en plusieurs périodes. Celle dont le traité de Nertchinsk^ (1689) marquerait le début se distingue de l'époque précédente par son caractère nettement pacifique, par la fréquence des rapports diplomatiques entre les deux pays, par l'établissement d'échanges commerciaux réguliers. Pour des motifs différents, la Russie et la Chine, Ters la fin du xyii* siècle, étaient animées, l'une et l'autre, d'un réel désir d'entente et de paix. La Russie se trouvait fatiguée par un siècle d'expéditions lointaines et aventureuses poussées à travers la Sibérie, jusqu'en Transbaïkalie et à l'Amour. Elle cherchait avant tout, — et l'on pourrait dire que c'était presque l'unique but de ses efforts dans la Sibérie orientale, — elle cherchait à étendre son commerce jusqu'en Extrême-Orient. Les courses des Cosaques en Sibérie a u xvii® siècle devaient ouvrir les voies aux caravanes et aux marchands. C'était aux diplomates que revenait la tâche de ménager les transitions entre l'état de guerre et la paix désirée, de chercher les moyens de conciliation et de créer une ère de relations pacifiques et commerciales. De son côté, la Chine aussi voulait la paix. Elle voyait avec inquiétude s'accroître la puissance des Kalmouks ou Éleuthes de Dzoungarie. Or, près d'eux, sur la Basse-Volga, vivaient d'autres Kalmouks, les Tourgoutes, groupés sous l'au-
1. D'après les archives rosses du ministère des Affaires étrangères à Moscou.
2. Le système de transcription des noms russes adopté dans cet article consiste À reproduire lettre à lettre l'ortliograplie rosse, sans tenir compte de la prononciation. C'est une transcription visuelle et non phonétique. Le signe dor n^est pas indiqué, mais le signe mou est représenté par une apostrophe. L' c y 9 russe est figuré par c ou >. On trouvera donc écrit Albazin, Golovin, Loginov, etc., des mots qui se prononcent Albazine, Galavine, Lognittof, etc.
46 GASTON GAHEIf.
torité suprême du grand khan, Aïouk. A l'est de la Dzoungarîe, dans les bassins de la Selenga, de l'Orkhon, de la Tola, du Kéroulen s'étendaient les Mongols du Nord ou Khalkhas. Qu'une alliance réussit à se conclure entre Tourgoutes et Dzoïmgares» aussitôt un immense empire se constituait qui aurait occupé toute la Sibérie occidentale et l'Asie centrale, de la Volga au Houang Ho, des portes de Moscou aux portes de Pékin. Si les Éleuthes, profitant de leur supériorité militaire, réussissaient à écraser les Mongols, c'était toute la frontière septentrionale de la Chine menacée par un peuple guerrier et redoutable. Enfin, le danger ne paraissait pas moindre pour la Chine si l'un ou l'autre de ces trois groupes de nomades, les Tourgoutes de la Volga, les éleuthes de Dzoungarie, les Mongols Khalkhas, — ou tous les trois, — se plaçaient sous la protection de la Russie. C'est la peur des Ealmouks, c'est la crainte d'une entente entre tous les nomades de la frontière septentrionale d'une part, et la Russie de l'autre, qui expliquent les longues et pénibles campagnes de la Chine contre les Éleuthes et les variations de sa politique envers la Russie au :Lvnf siècle.
A la fin du xvîf siècle, Chinois et Russes étaient aux prises sur l'Amour, autour de la petite place d'Albazin. Les Russes avaient élevé cette forteresse et l'occupaient. Les Chinois tenaient à l'enlever. Le 7 juillet 1684*, ceux-ci emmenèrent prisonniers à Pékin une trentaine des défenseurs. L'empereur K'ang-hi envoya à Moscou deux de ces prisonniers d'Albazin. Us y arrivèrent en novembre 1685. Ils apportaient des lettres en latin, en russe et en mongol où K'ang-hi posait l'évacuation définitive d'Albazin par les Russes comme condition d'une entente. Dans le même temps, le siège de la place continuait. Le 12 juin 1685, les Chinois ofiraient au gouverneur, Tolbouzin, de capituler. Sur son refus, la ville était prise le 1*' juillet et Tolbouzin contraint de se réfugier àNertchinsk (10 juillet). Mais, dès le mois d'août de la même année 1685, Tolbouzin repartait avec Athanase Beïton et quelques renforts pour relever Albazin. Il y réussit, et cette opiniâtreté exaspéra les Chinois. Ils revinrent avec de l'artillerie le 7 juillet 1686; huit jours après, Tolbouzin, blessé, succombait. Malgré ces combats acharnés, — ou plutôt à cause
1. Les dates sont toutes citées daos cet article snirant le calendrier juUen, employé ea Russie. Il faut ajouter dix au quantième du mois pour aToir la correspondance aTCc le calendrier grégorien.