RELATIONS DE LÀ RUSSIE ATEG LÀ CHINE
sioDs kalmoukes. La Russie eut aussi Tidée d*utiliser un chemin par rirtych, à travers les états du Kontaicha, et la Chine aurait favorisé ce dessein, — la proposition de K'ang-hi à Izmaïlov semble l'indiquer — : c'eût été une occasion de conflits perpétuels entre ses deux voisins. Parvenus à Pékin, les deux cents membres de la caravane ofScielle (la Chine n'en tolérait pas davantage) étaient entretenus, comme le personnel de la mission orthodoxe, aux frais du Bogdy Khan. Ce n'est pas la crainte de la concurrence qui rendait méfiants les Chinois : leurs exportations semblent dépasser de beaucoup leurs achats. La Chine recevait de la Russie des fourrures, des objets manufacturés en étain ou en plomb, des montres ; ses sujets mongols se fournissaient de draps européens à Ourga. La Russie, en Chine, recherchait surtout les damas et soieries, les lingots d'or et d'argent nécessaires au Trésor ; les porcelaines ne venaient qu'en seconde ligne. Les plantes formaient un objet d'échange important : le thé, à cette époque, apparaît à peine ; par contre, les plantes médicinales sont fort prisées, l'anis et, en particulier, la rhubarbe. Le tabac chinois ou « boule chinoise », « kitaiiskii char », fait sur les marchés de Sibérie une concurrence acharnée à la « nicotiane », introduite d'Occident par les Anglais. Cependant le commerce officiel de Sibérie est peu actif. L'ambassadeur français Campredon, généralement bien informé, l'évalue, en 1721, à 200,000 roubles. Pour l'augmenter, malgré les tendances delà cour, vers 1726-1727, à supprimer le monopole d'un certain nombre d'articles, Sava Vladislavitch fit prévaloir ses idées : suppression absolue du commerce en Mongolie, privilège exclusif de la Couronne à Pékin et marché d'échanges à Kiakhta. La Chine, bien pourvue de fourrures par la contrebande de Mongolie, et qui avait toujours cherché à éloigner les Russes de Pékin, vit avec plaisir le commerce reporté à la frontière. Si Tsouroukhaïtou, près Nertchinsk, mal situé, ne tarda pas à disparaître, Kiakhta fut solidement établi et prospéra. Cependant, jusqu'au deuxième quart du xvnf siècle, monopoles, privilèges et peines les plus sévères n'avaient pu triompher du trafic clandestin : Sibériens, Boukhariotes et Mongols, à défaut du fisc impérial, y trouvaient leur intérêt.
Ainsi les rapports de la Russie avec la Chine s'étaient notablement modifiés de la fin du xvii® siècle à l'époque où nous sommes parvenus. Vers 1680-1689, toute la région de l'Amour, toute la
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Transbaïkalie même retentissait du bruit des armes : les Chinois cherchaient à refouler les Russes au delà du bassin de l'Amour, les Mongols aidaient les Chinois, les Brates, firères des Khalkhas de Mongolie propre, restaient menaçants en territoire russe. Golovin, l'ambassadeur de 1689, dut à la fois combattre et négocier. Alors la Chine tenait un langage hautain ; les ministres chinois à Nertchinsk se déclaraient prêts à la guerre : la Russie cédait dans l'intérêt de son commerce. En 1727-1728, c'est à l'ambassadeur de la Russie, Sava Yladislavitch , de montrer une assurance fière. C'est lui qui parle de guerre, lui qui obtient des concessions. L'histoire des luttes de la Chine contre les Kalmouks explique, semble-t-il, ce changement. Obligée contre eux à de longues campagnes, très pénibles, très coûteuses et sans cesse renaissantes, la Chine chercha des appuis soit auprès des Tourgoutes, qu'elle eût opposés aux Éleuthes, soit auprès de la Russie. Celle-ci sut, une fois au moins, profiter de ces conjonctures pour fixer la frontière au mieux de ses intérêts et surtout pour développer son commerce. Si, malgré privilèges et monopoles, il restait peu productif pour la Couronne, du moins faut-il reconnaître l'importance qu'y attachait la Russie et la continuelle activité des échanges grâce aux fraudes des gouverneurs, des marchands, des intermédiaires. L'histoire des relations de la Russie avec la Chine au xvm® siècle est étroitement liée à l'histoire des peuples placés entre les deux empires, les Boukhariotes, pour le commerce; pour les rapports diplomatiques, les Tourgoutes, les Kalmouks, les Mongols.
Gaston Cahen.