‹ La question des fausses décrétales, Volume 94Chapitre 88 sur 176 · CHARLES MOLINIER · texte numérisé non relu

CHARLES MOLINIER

une fois de plus. Non seulement les membres de l'église cathare, qui est la seule véritable, sont tenus de tendre à la pureté, mais il faut qu'ils y aient atteint. Non seulement les impies, les incrédules, les pervers de toute sorte en sont exclus, mais cette église exemplaire et immaculée ne peut se composer que d'adhérents arrivés à la perfection. Là-dessus, la pensée des hérétiques n'admet pas de moyen terme. « Dans l'Église de Dieu, dit un texte du xm^ siècle, il n'y a pas tout ensemble des bons et des méchants^ » Et ce jugement est celui de toutes les sectes dualistes sans distinction.

Ainsi qu'on doit s'y attendre, ce principe de la perfection nécessaire de la véritable église, les Cathares en font l'application rigoureuse à cette ennemie qu'ils ne perdent pas un instant de vue, l'église romaine. Gomment, s'écrient-ils, cette église pourrait-elle soutenir qu'elle est l'héritière authentique du Christ et de ses apôtres? Comment lui serait-il seulement permis de prétendre à la pureté et à la sainteté? En vertu de l'inamissibilité du caractère sacerdotal, elle garde dans son sein, malgré tous leurs crimes, des représentants imparfaits. Elle a chez elle des hommes adonnés à tous les vices, des hommes contre lesquels elle-même est obligée parfois de sévir. Surtout, elle méconnaît les saints, les fils légitimes de Dieu ; elle ne craint pas de les persécuter*.

Mais ce ne sont pas là les seuls reproches que les sectaires se jugent en droit d'adresser à cette église de Rome, selon eux si condamnable. « Dans l'église romaine, disent-ils, il y a nombre de misérables qui meurent presque de faim, de soif et de froid. Et les riches de cette église demeurent sans pitié pour eux ; ils les laissent se lamenter en vain et succomber sous le poids de leurs souffrances. Comment pourrait-on soutenir qu'en eux réside la charité divine^? » Ce n'est pas tout encore. < On ne voit point,

1. € In Ecclesia Dei non sunt boni et mal!. » Bibl. nat., ms. lat. 13151, fol. 348 D, et Maratori, Antiquitates italicaê medii aevi, t. V, c. 95, sons le nom de récrivain ferrarals du xv* siècle, Pellegrino Prisciani. Ce teite a été allégué également par Scbmidt, op, dt,, t. II, p. 105, n. 3.

2. € Item, nt plurimom locuntnr laycis de mala yita clericorum et prelatorum Ecclesie Romane, et specificant, et exponunt de snperbia, de cupiditate, de ayaritia et de immundicia vile et quecuroque mala alla scinnt; et ad hoc adducunt auctoritates, secundam suam expositionem et suum intellectam, Evangelil et Epistolarum contra statum prelatorum et clericorum et religiosorum, quos vocant phariseos et falsos prophetas qui dicunt et non fadunt. » Practica, V* pars, p. 241.

3. a ... In Ecclesia Romana muiti sunt egentes, qui famé, siti et frigore

l'église et la sociÉnf cathares. 231

poursuivent-ils, que ni le Christ ni ses disciples aient jamais infligé de persécutions à qui que ce soit, mais plutôt qu'ils en ont enduré. On les chassait, ils ne chassaient personne; on les flagellait> ils ne flagellaient qui que ce fut. On les incarcérait, ils ne mettaient personne en prison. C'est de façon toute opposée que se conduit l'église de Rome : elle expulse les malheureux; ce n'est pas elle qui subit l'expulsion ^ » Cette église coupable ne montre donc, en fin de compte, que dureté et insensibilité. Elle a fait l'abandon absolu de la mansuétude qu'avait prêchée le Christ.

Ainsi voilà les chefs de la société catholique accusés, convaincus auprès du peuple chrétien des pires défauts, l'avarice, la dureté, Toppression sanguinaire. C'est aux fruits, concluent les auteurs de ce réquisitoire, qu'il faut juger l'arbre. L'arbre est donc mauvais. Avec ses vices, avec ses tares, l'église romaine ne saurait prétendre à être cette association irrépréhensible que tout Adèle peut légitimement concevoir. On se tromperait, du reste, si l'on supposait qu'à ces seules indications s'arrête réellement la pensée des sectaires sur un point qui paraît leur tenir si fort au cœur. Suivant eux, deux églises, en réalité, se partagent ou plutôt se disputent le monde : l'une, bonne, vraie, sainte, c'est la leur, l'église légitime, authentique du Christ; l'autre, mauvaise, et c*est l'église romaine elle-même. Cette église funeste et ex^ crable, c'est, dans leur croyance, « la mère de fornication, la grande Babylone, la courtisane, la basilique du diable et la synagogue de Satan ». Ses partisans ne sont que des hérétiques. Le salut est impossible dans son sein'. On ne saurait trop prendre en considération l'importance qu'offre pour les Cathares la dualité qui vient d'être établie. Cette dualité, comme un lieu com-

qnasi moriuntar, qui bus divites Ecclesiae Romanae non compati antor, sed afDere, sed aflOigi praedictis passionibus sinunt ; quomodo ergo Chantas Dei manet in eîs? » Monéta, lib. V, cap. i, p. 394.

i. c ... Nec Christns nec ejas discipuU invenluntor fecisse persecationem, sed potius sustinuisse; fugabantor, non fugai>ant; flagellabantur, non flagellabant; incarcerabantnr, non incarcerabant; e contrario autem Ecclesla Romana... se habet, qâia eipellit, et non expeUitnr... » Ibid., lU êupra, Ub. V, cap. xin, p. 508.

2. c Item, duas confingunt esse ecclesias, unara benignam quam dicunt esse sectam snam, eamqne esse asserunt ecclesiaro Jhesn Christi; aliam vero ecclesiam Yocant malignam, quam dicunt esse Romanam Bcclesiam, eamque impudenier appellant matrem foruicationis, Babilonem magnam, meretricem et basilicam dyaboli et Sathane synagogam ; omnesque gradus et ordines ac ordinationes ejns et statnta despicinat et deprayant, et omnes qui fidem ejns tenent

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muQ cher à la secte, apparaît dans tous les documents du xm^ et du xiv^ siècle. Â peine est-il besoin de remarquer d'ailleurs qu'elle cadre absolument avec les conceptions dithéistes, &ites de l'opposition perpétuelle du bien et du mal, dans la divinité, dans la création, dans la nature humaine et jusque dans l'Écriture sainte.

Cependant, non moins importante et, sans aucun doute, de conséquence supérieure est la réprobation définitive de l'église romaine, dont les dualistes appuient l'exposé de théories particulières. L'écho doit en retentir à travers tout le moyen âge chez toutes les sectes insurgées contre l'unité catholique. Dans les mêmes termes, elle se répétera du catharisme à la Réforme, depuis le xif siècle jusqu'au xvi®, proclamée successivement par les Vaudois, par les disciples fanatiques de Gérard Segarelli et de Dolcino^ par leurs contemporains, les dissidents de l'ordre de saint François d'Assise.

€ Le pape, diront les premiers, et, avec le pape, les évoques, les prélats, les clercs, parce qu'ils détiennent les richesses de ce monde et se refusent à imiter la sainteté des apôtres, ne sont pas les pasteurs et les chefs véritables de l'Église de Dieu. Ce sont des loups rapaces et dévorants. Le Christ ne peut vouloir confier à de tels hommes l'Église, son épouse, H ne faut pas leur obéir ^ » Viendront ensuite les hérétiques, que les inquisiteurs ont qualifiés de Faux-Apôtres. < Toute l'autorité, diront-ils à leur tour, que Jésus- Christ avait conférée jadis à l'église romaine s'est trouvée annihilée et a pris fin par suite de la méchanceté de ses chefs. Cette église, qu'ont entre leurs mains le pape, les cardinaux, les prélats, les clercs, les religieux, n'est pas l'Église de Dieu. C'est une église condamnée et stérile^. » Enfin, parleront les mystiques, Spirituels et Béguins, nourris des rêves apocalyptiques de Joa-

appellant hereticos et errantes; nec aliquem posse salrari in fide Romane Ecclesie dogmatizant. » Practica, Va pars, p. 237-238. Voy. également lib. seniefU, Inquis. iholo$., fol. 40a (sentence de Pierre Autier, d'Ax, condamné an bûcher, à Toalonse, le jeudi 9 arrii 1311).

1. € ... Papa et episcopi, et prelati, et clerici, qui faabent diTitias hnjas mundi et sanctitatem apostolornm non imitantar, non snnt Ecclesie Dei veri pastores et gubernatores, set lupi rapaces et devoratores, nec talibns Ghristas dignatur committere Ecclesiam sponsam suam, et ideo eis' non est obedîendum. » Practica^ V* pars, p. 251.

2. « ... Tola auctoritas a Domino Jhesa Ohrislo collata dndom Ecclesie Romane est omnino eyacuata et jam cessaTit propter maliciam prelatomm... Ecclesia Romana, qnam tenent papa et cardinales et prelati et clerici et reli-

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chim de Flore, de Jean de Parme et de Pierre Olive. « L'Église, déclareront ces derniers, a soûlé du vin de sa fornication tous les souverains de la terre, c'est-à-dire les rois et les princes de la chrétienté, et avec eux les hauts prélats qui se sont attachés aux pompes de ce monde. Le pape n'est que le sanglier de la forêt, le sanglier sauvage qui renverse et détruit les murs de l'Église de Dieu, l'enceinte qui la protège, afin que puissent y pénétrer les chiens et les porcs, c'est-à-dire les hommes qui blasphèment et foulent aux pieds la perfection évaDgélique^ » Ainsi, d'un siècle à l'autre se propagera cette malédiction effrayante. Elle s'implantera dans l'oreille et dans le cœur des peuples. Justifiée par l'entêtement des pontifes à ne pas s'amender, à ne rien sacrifier de leurs visées et de leurs ambitions mondaines, elle préparera le déchirement final, dont Luther, Zwingle et Calvin seront les promoteurs triomphants.

Cette déchéance de l'église officielle, à cause de ses vices et de ceux de ses ministres, à cause de son infidélité au mandat dont elle avait été investie primitivement, elle ne date pas d'ailleurs d'hier. Les débuts en remontent jusqu'aux jours lointains où cette église, contrairement à la loi du Christ, à ses exemples ainsi qu'à ceux de ses apôtres, a voulu entrer en partage avec les puissances d'ici-bas de tout ce que le monde renferme de richesses, de jouis- , sances matérielles. Il y a plus : selon les Cathares, un moment précis peut être assigné, dans l'histoire du christianisme, à cette ' chute honteuse. C'est celui où le pape Sylvestre reçut des mains de Constantin la donation de biens et de territoires considérables. De ce fait est sortie la perversion morale de la papauté et de l'Église représentée par elle. Le Saint-Siège, prétendent les sectaires, s'est souillé par l'acceptation d'un pouvoir essentiellement temporel et terrestre. Le pontife qui n'eut pas le courage de repousser ce pouvoir n'est que l'Antéchrist.

Et cette explication donnée par les dualistes de la décadence,

giosi, noa est Ecclesia Dei, set reprobata ecclesia une fracto. » Ibid.y %U tuprOf p. 258.

1. c ... Ipsa Ecclesia de yino fornicationis sue potavit omnes reges terre, id est reges et principes cliristianitatis et magnos prelatos qai pompam mundi secantur... Item ipsam [papam] dicont esse apram de silva et singularem femm exterminantem et destraentem maceriam sea claasaram Ecclesle Dei, ita nt eam possint ingredi canes et porci, id est faomines qui perfectionem vite evangelice dilacerant et conculcant. » Practica, V" pars, p. 274, 276-

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évideûte suivant eux, de Féglise romaine obtient, auprès des autres hétérodoxes, leurs contemporains ou leurs successeurs, la même faveur qu'a trouvée la réprobation sortie de leur bouche sous une forme si terrible. Ici encore, il faut voir en eux les précurseurs d'une opposition irréconciliable, dont ils ne se contentent pas de donner le signal, mais à laquelle ils fournissent aussi des arguments qui seront reproduits à satiété. L'empereur Constantin, racontent en effet les Vaudois, a été atteint de la lèpre. Sur la foi d'un songe, il appelle Sylvestre, se fait baptiser par lui et guérit du mal qui le tourmente. Dans sa reconnaissance, il confère au pape la dignité et la couronne impériales et lui abandonne la ville de Rome, tandis que lui-même se retire à Byzance. Mais, à partir de ce jour où un pontife hérétique s'est élevé aux honneurs de ce monde, les maux se multiplient sur la surface de la terrée C'est à cette pensée que se sont arrêtés également les sectateurs de Segarelli et de Dolcino. « Tous les prélats de l'église romaine, affirment-ils, les plus grands comme les moindres, depuis les temps du pape Sylvestre et depuis qu'ils eurent renoncé à l'existence qu'avaient menée les saints des premiers jours, sont des prévaricateurs et des ministres de séduction. Un seul doit être excepté : c'est frère Pierre de Morrone, qui occupa le Saint-Si^ sous le nom de Célestin^. »

Comme cela devait être, la décadence, la corruption, dénoncées par les sectaires, sont allées augmentant sans cesse à partir du jour où elles ont commencé. L'Eglise, de déformations en déformations, a âni par devenir exactement l'opposé de ce qu'elle fut d'abord, de ce que l'avait faite son fondateur. Ce n'est plus qu'une maison où se débitent des mensonges et des impostures. Tout en elle est trompeur, les miracles dont elle se vante comme les ministres qui prétendent les accomplir. Ces derniers ne sont que les faux prophètes prédits par le Christ et par ses apôtres. Ses sacrements n'ont été institués que pour jeter les hommes dans l'erreur et les livrer à la domination de Satan. Ses coutumes sont mauvaises et aussi étrangères aux préceptes de l'Evangile qu'aux

1 . Voy. Ign. Yon Dôllioger, Beitrage zur Sektengeschiehte des MittelalterSf zweiter Theil : Dokumente vomehmlich zur GeschidUe der Valdesier und Katharer, p. 352. Voy. également p. 356.

2. « ... Omaes prelati Romane Ecclesie, tam majores qaam minores, a terapore sancti Sllyestri, postquam declinaverunt a modo TiTendi priorum sancto* ram, sant preyaricatores et seductores, excepto fratre Petro de Morrone, qui fuit papa Celestinug appellatus. » Praclicay V* pars, p. 259.

l'église et la soGiértf cathares. 235

maximes de la première société chrétienne. De connivence avec l'esprit du mal, elle travaille à égarer les âmes, à ruiner l'œuvre que Dieu avait voulue et dont il avait décidé l'exécution par l'intermédiaire du Rédempteur.

C'est là-dessus que concluent les Cathares, ou plutôt qu'ils reviennent aux prémisses posées tout d'abord par eux. Que l'on compare leurs principes, leur vie, leurs actes, à ceux de cette église qu'ils répudient. La qualification d'hérétiques qu'on leur inflige, à qui s'applique-t-elle légitimement? N'est-ce pas à ceux-là mêmes qui tentent de les en flétrir? Les hérétiques, ce ne sont pas eux, fidèles aux enseignements du Christ et surtout à son mépris du monde et des joies de ce monde. Ce sont les chefs et les membres d'une association religieuse qui a rompu avec ses traditions originelles comme avec les lois de la charité et de la justice. Ce sont ses adhérents obstinés, ceux qui s'attachent opiniâtrement à elle quand tout se réunit pour leur ouvrir les yeux, pour leur faire reconnaître dans cette société détestable l'église du dieu mauvais, la synagogue du démon, celle que l'apôtre a désignée et maudite dans son Apocalypse.

Mais si, après cela, un chrétien sincère doit désespérer de trouver le salut dans cette église déchue par ses crimes de son mandat primitif, où pourra-t-il le chercher et le découvrir? Ici se place pour le catharisme un nouveau triomphe. Ses fidèles, l'église qu'ils constituent représentent seuls la véritable église. Seule, cette église particulière possède le secret du bonheur éternel. Pour l'obtenir ce bien suprême, objet des aspirations de toute âme croyante, le moyen est bien simple. Il suffit de sortir de l'église catholique et d'entrer dans l'église cathare. Que l'homme adopte la secte. Qu'il se régénère par le baptême de l'Esprit et renonce à la terre pour mener l'existence AeB parfaits. Devenu membre de l'église qui est la seule authentique, il obtiendra le pardon de ses fautes. Il aura rempli toutes les conditions nécessaires pour sauver son âme. Il aura reçu le dieu consolateur et, avec la plénitude de ses dons, l'assurance de la vie éternelle.

LA SOCIÉTÉ CATHARE.

Nous avons essayé de définir l'église cathare, d'en marquer les caractères essentiels. Il nous faut passer maintenant à l'étude

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de la société qui se groupe autour d'elle et dont elle incarne Fidéal religieux. Cette société, comme il a été dit, comprend deux espèces distinctes et bien différentes d'individus, les parfaits^ seuls membres en réalité d'une église étonnamment fermée et exclusive, les croyantSy gens du siècle, Cathares de cœur et par la foi, mais forcément éloignés, par suite de leurs occupations quotidiennes, d'un ascétisme dont la secte fait à ses élus une obligation péremptoire. De ces deux catégories d'adhérents, c'est la première dont noUs nous occuperons tout d'abord.

1. Les parfaits. — A propos des parfaits, une question doit être examinée avant toute autre. C'est celle que soulève la diversité des appellations dont usent pour les désigner les écrivains catholiques du xn® et du xui^ siècle. De toutes ces appellations, la plus ordinairement employée sans doute, en même temps que la plus exacte, est celle dont nous nous sommes servi nous-même jusqu'ici. Mais il en est un certain nombre d'autres au sujet desquelles il est indispensable de présenter quelques observations.

Le nom de parfaits mis à part, l'un des plus anciennement usités pour désigner les sectaires dualistes c'est celui de Katharistae. On le rencontre, au xn® siècle, chez le bénédictin allemand EckbertS au xm®, chez le dominicain et inquisiteur français Etienne de Bourbon^. Mais l'emploi du terme indiqué par ces deux écrivains constitue en réalité un abus inacceptable. C'est une des conséquences de la confusion commune, surtout au xn* siècle, à nombre de controversistes orthodoxes, et en vertu de laquelle les Cathares ont été absolument identifiés aux Manichéens antiques décrits par leur adversaire saint Augustin, en même temps que tout ce qu'avait dit ce dernier des dualistes de son époque était appliqué sans réserves à ceux du moyen âge. Si la dénomination de Katharistae a pu convenir à des hérétiques du iv^ siècle, la seule forme de cette dénomination spéciale dont on doive légitimement se servir, quand il s'agit, sept ou huit cents ans plus tard, des parfaits, c'est celle de Cathari. Suivant Etienne de Bourbon, elle aurait été usitée en particulier par les

1. Le traité d'Eckbert figure dans la Bibliotheca maxima Patrum, t. XXXUI, p. 600-631.

2. € Item electi eoram Kathariste dicuntur, id est pargatores, qala dum comedunt aut bibunt, bonam illam natoram Dei admixtam cibo se purgare dicunt, at sursum redeat, et mala nalara *per secessum emittatar. » A. Lecoy de la Marche, Anecdotes hiitoriques, légendes et apologues tirés du recueil inédit d'Etienne de Bourbon (Soc. de THisl. de France), p. 301.

l'église et la SOGlili CATHARES. 237

Allemands^ Mais elle figure aussi dans des textes d'origine italienne et contemporains de son ouvrage à lui-même, dans les traités de Monéta, de Rainier Sacchoni, et, à une date probablement antérieure, dans l'œuvre à peu près inédite d'un auteur quelque peu énigmatique, 6. de Bergame'. On peut ajouter qu'elle a donné naissance à la forme de Gazari^y d'où est venu le mot allemand ketzer (hérétique).

Pour indiquer les dualistes modernes, d'autres appellations sont d'ailleurs aussi courantes et aussi authentiques, plus anciennes même, il semble, que celle de Cathares. Ce sont les termes de boni homines*, de boni christiania. Pour ceux-ci, la raison s'en découvre sans diflSculté dans tout ce qui a été dit de la conception qu'ont les sectaires d'eux-mêmes et de l'église chrétienne et dans la pensée qu'ils sont seuls à représenter légitimement cette dernière. D'autres dénominations paraissent moins ordinaires, celles, par exemple, de consolés et, s'il faut en croire quelques historiens, de consolateurs. Ce n'est pas qu'elles ne s'expliquent assez aisément comme les précédentes. La première viendrait de ce que la grâce qui tire les hérétiques de la foule des croyants, qui les élève au rang des parfaits, leur est transmise par le plus considérable de tous les sacrements que possède le catharisme, c'est-à-dire le consolamenlum. La seconde dériverait de ce fait, qu'investis d'un véritable caractère sacerdotal, ils ont efiectivement le pouvoir de communiquer la grâce qu'ils ont reçue, en accomplissant le même rite qui la leur a donnée^.

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